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Le début de la nouvelle saison de foot belge en cinq points clés

©Photo News

Le championnat de Belgique de football reprend ses droits ce vendredi soir. Avocat spécialisé en droit du sport, Sébastien Ledure, décrypte les enjeux en cours. Il pointe notamment le rôle prédominant des agents de joueurs dont il faut réguler à nouveau la profession.

Avocat spécialisé en foot business au sein du cabinet Cresta, Sébastien Ledure travaille notamment pour le Diable Rouge Romelu Lukaku, pour la Pro League dans des dossiers de licences, de rachat de clubs, etc. Footbelgate, agents, transferts, santé des clubs, retour de Vincent Kompany: cet interlocuteur privilégié jette un regard aiguisé sur l’actualité du ballon rond alors que démarre ce vendredi le nouveau championnat avec le match opposant Genk à Courtrai. Décryptage des enjeux économico-sportifs de la saison à venir.

1/ L’affaire Malines

"Je pense qu’il faut réécrire le règlement de l’Union belge avec une approche pragmatique."
Sébastien Ledure
Avocat spécialisé en droit du sport

Le FC Malinois pourra jouer en D1A alors que sa tentative de corruption de Waasland Beveren a bien été avérée. En revanche, il se voit privé de Coupe de Belgique et de Coupe d’Europe la saison prochaine. Absurde? "En pratique, le délai de prescription de falsification n’est donc que d’un mois, soit le 15 juin, ce qui est aberrant car on sait bien que les tricheurs essaient de truquer la fin de championnat", observe Sébastien Ledure.

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Mais le règlement, c’est le règlement! "La CBAS (Cour belge d’arbitrage pour le sport, NDLR) n’a fait qu’appliquer la sanction prévue. Plus fondamentalement, je pense qu’il faut réécrire le règlement de l’Union belge avec une approche pragmatique permettant d’avoir une latitude plus grande car aujourd’hui on s’enferme dans le formalisme."

2/ Les transactions records

Wesley a été cédé par le FC Bruges à Aston Villa pour 25 millions. ©BELGA

Tant dans le sens des transferts entrants (Van Heusden acheté pour 12 millions par le Standard, Okereke 8 millions par le FC Bruges, Vlap 8 millions par Anderlecht…) que sortants (Wesley cédé par le FC Bruges à Aston Villa pour 25 millions, Trossard transféré de Genk à Brighton pour 20 millions, Marin du Standard à l’Ajax pour 12 millions, etc), le mercato belge atteint des montants records. "C’est lié à l’explosion des revenus dans les grands championnats", analyse Sébastien Ledure.

"Il ne faut pas sous-estimer l’effet indirect des performances des Diables Rouges."
Sébastien Ledure

"Il ne faut pas sous-estimer non plus l’effet indirect des performances des Diables Rouges. Les grands clubs étrangers comprennent qu’on forme de bons joueurs chez nous." Mais il y a encore un décalage avec des championnats similaires, observe l’expert. "On a le même niveau que le championnat hollandais ou portugais mais l’Ajax parvient à vendre son meilleur joueur 75 millions et le Benfica Lisbonne, 125 millions."

3/ Des résultats financiers médiocres

Publiée en juin, une étude de Deloitte sur l’impact économique du foot professionnel belge révèle que seuls 7 des 24 clubs sont bénéficiaires. Mais or indemnités de transferts sortants ils ne sont plus que 2! "C’est évidemment très peu, d’autant que l’excédent de la balance des transferts, soit 141 millions de transferts entrants contre 175 millions de transferts sortants (chiffre de l’Union belge, entre le 1er avril 2018 et le 31 mars 2019, NDLR) représente un gain de 34 millions qui est anéanti par les commissions payées aux agents, soit 48 millions", détaille Sébastien Ledure "Ceci montre que nos clubs n’ont pas d’autre choix que de former des jeunes joueurs pour les vendre ensuite avec une plus-value."

Il note aussi que des systèmes à l’américaine sans indemnités de transferts, avec des salaires plafonnés et des conventions collectives relèvent davantage du rêve que de la réalité eu égard au droit européen.

4/ Des agents difficiles à réguler

Les agents pompent, on l’a vu, une bonne part des revenus des clubs (10% selon Deloitte). Au vu de ces chiffres et du footbelgate, ne faudrait-il pas réguler à nouveau une profession libéralisée il y a 4 ans? "Certains joueurs se mettent dans une position de dépendance totale par rapport à des agents qui sont souvent dans une situation de monopole. Ce n’est pas sain, ça génère des situations de conflits d’intérêt", observe Sébastien Ledure pour qui il faut canaliser le rôle de ces agents.

"Je ne suis pas sûr que tous les clubs veuillent que les choses changent dans le statut des agents."
Sébastien Ledure

La Pro League a sur sa table un projet en ce sens. Elle envisage la création d’une clearing house (où sont collationnées les commissions des agents), l’interdiction de la double représentation (un agent ne peut représenter un club et un joueur de ce même club), le paiement de l’agent par le jouer en cas de transfert, etc. Sébastien Ledure émet quelques doutes. "Je ne suis pas sûr que tous les clubs veuillent que les choses changent car précisément ces agents génèrent du chiffre d’affaires pour eux. Pour certains, c’est un aveu de faiblesse." L’avocat observe que si le footbelgate aurait dû placer la Belgique en tête dans la réforme du système, ce rôle reviendra à la Fifa qui planche sur la réintroduction d’un système d’agrément avec examen

5/ Le retour de Vincent Kompany

Après le flop de la première saison de son ère, faire revenir l’emblématique Diable Rouge formé à Anderlecht est un fameux coup de com’ de Marc Coucke, "d’autant qu’il a été annoncé le jour où Anderlecht achevait sa plus mauvaise saison depuis 55 ans. Du coup, personne n’a parlé de cette non-qualification historique pour une coupe d’Europe", relève Sébastien Ledure.

"L’important pour un club c’est d’avoir une vision à long terme. Cela donne de la crédibilité au club et si c’est bien géré (lisez si Coucke et Kompany, deux fortes personnalités, parviennent à bien se répartir les rôles, NDLR) cela devrait lui donner un nouvel élan. Kompany a une aura qui dépasse la Belgique. Son nom devrait permettre d’attirer des talents, comme cela a été le cas avec Samir Nasri, et accentuer le développement de jeunes joueurs. Mais l’impact ne se mesurera que dans la capacité à amener et à revendre des talents."

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