Le foot professionnel belge accroît dangereusement ses pertes

Selon Pierre François, CEO de la Pro League, "il y aura un contrôle bien plus approfondi sur les flux d’argent avant la conclusion des transferts". ©Photo News

D'après la traditionnelle étude de Deloitte, le football professionnel belge accuse une perte qui frôle les 100 millions d'euros à l'issue de la saison dernière. Une situation que la crise du Covid-19 aggravera davantage.

Pierre François, le CEO de la Pro League, ne se voile pas la face : "Je tire la sonnette d’alarme car malgré des recettes en hausse, le football professionnel belge est occupé à dévisser." De fait, la troisième édition de l’étude de la Pro League (qui regroupe les 24 clubs professionnels) sur son impact sur l'économie belge révèle des chiffres inquiétants. 

A l’issue de la saison 2018-19, les clubs affichaient une perte de 91,3 millions. Près du double de la saison précédente (48 millions). "Le football belge vit au-dessus de ses moyens", tranche Sam Sluismans, associé chez Deloitte. Résultat : seuls cinq clubs sont bénéficiaires : le FC Bruges, La Gantoise, Charleroi - "soit les trois premiers du dernier championnat arrêté prématurément ", note Pierre François - Zulte Waregem et Waasland Beveren. 

"Le football professionnel belge vit au-dessus de ses moyens."
Sam Sluismans
Partner chez Deloitte

Le poids des agents

Trois facteurs expliquent ces mauvais chiffres. D’abord, une balance nette entre transferts sortants et entrants, certes positive à 22,4 millions, mais bien inférieure à un an plus tôt (73,3 millions). Les clubs ont moins bien vendu et dans le même temps se sont montrés plus dépensiers. "Cela montre qu’ils ont tout intérêt à investir dans la formation de jeunes", observe Sam Sluismans.

Ensuite, l’inflation salariale. En 2018-19, le footballeur professionnel gagnait en moyenne 233.000 euros par an, soit 22.000 de plus qu’en 2017-18. Cette inflation est dictée, d’après les clubs, par la nécessité de rester sportivement concurrentiels. Là aussi c’est un calcul à court terme car, comme l’indique Sam Sluismans, "investir dans les jeunes permet aussi de diminuer la masse salariale".

45 millions d’euros
de commissions
En 2018-19, 45 millions d’euros de commissions ont été payés à 289 agents. Cinq d'entre eux se sont partagé 37% du gâteau.

Enfin, le poids toujours plus grand des agents. 45 millions d’euros de commissions ont été payés à 289 agents, soit 8 millions de plus qu’en 2017-18. C’est près de 12% des revenus des clubs. A eux seuls, cinq agents se sont partagé 37% du gâteau.

L’opération "mains propres" lancée fin 2018 pour réguler le secteur aurait-elle fait chou blanc ? "Nous avons adopté un nouveau règlement sur les intermédiaires qui sera introduit dans celui de la Fédération le 1er juillet, répond Pierre François. Il y aura un contrôle bien plus approfondi sur les flux d’argent avant la conclusion des transferts."

Revenus en hausse

Ces chiffres sont d’autant plus désolants que les revenus récurrents des clubs sont tous en hausse. Le chiffre d’affaires global a bondi de 18% à 378,5 millions, qu’il s’agisse de la billetterie (99,3 millions), malgré une érosion du nombre de tickets vendus (de 3,83 à 3,74 millions), des droits TV (84,3 millions), du sponsoring et de la publicité (76,2 millions, +12%) et des primes de l’UEFA qui ont doublé (63 millions) grâce à de bonnes performances en Coupe.

+18%
de hausse de chiffre d'affaires
Le chiffre d’affaires global des clubs a bondi de 18% à 378,5 millions.

Si bien que le football professionnel a généré pour la première fois un impact socio-économique de plus d’un milliard (1,1 milliard contre 943 millions un an auparavant). C’est la bonne nouvelle de l’étude, aidée il est vrai par de nouveaux multiplicateurs économiques définis par le Bureau du Plan. Pour arriver à ce chiffre, Deloitte a additionné le chiffre d'affaires des clubs, les plus-values sur les transferts et les revenus propres de la Pro League, soit l'impact direct.

A cela s'ajoutent; l'impact indirect via les fournisseurs (transport, logistique, horeca…) et l’impact induit. Autrement dit, l'argent injecté dans l'économie par les secteurs précités. Par ailleurs, l’étude montre aussi que si le foot professionnel bénéficie d'un régime fiscal favorable, il a contribué aux finances publiques à hauteur de 88 millions sous forme d'impôts et 112 millions via la TVA.

L'impact du Covid-19

Déjà fragile, le football belge est aujourd’hui occupé à encaisser la crise du Covid-19. "La clôture anticipée de la saison 2019-20 devrait entraîner un recul d'environ 25% des revenus des clubs", indique Sam Sluismans. Un recul similaire est également à attendre pour la prochaine saison (matchs à huis clos, réticence à aller au stade, perte de revenus de sponsoring…). Aussi, Deloitte estime que pour limiter la casse les clubs devront surtout veiller à diminuer la masse salariale, qui absorbe 55% des leurs revenus.

Pas question cependant de lâcher la bride, selon Pierre François. "Il y a des pressions pour que les exigences du fair-play financier (qui impose que les clubs ne dépensent pas plus que ce qu’ils gagnent, certains dépassements étant autorisés, NDLR) soient amoindries. Je suis au contraire en faveur de son maintien, bien nécessaire pour l’avenir du secteur, en ce compris les possibles sanctions qui l’accompagnent." Fixé au 12 juin, le prochain conseil d’administration de la Pro League aura à trancher cette question.

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