Le football européen et ses milliards à l'heure du choix

Le Real Madrid (en blanc) fait partie des clubs les plus ouverts à l'idée de la mise en place d'une Super League. ©REUTERS

L'association des clubs de football européens se réunit ce vendredi pour se positionner par rapport à une réforme de la Champions League. Les changements semblent indispensables pour tempérer les envies d'ailleurs des géants d'Europe.

Le football européen a un nouveau rendez-vous important ce vendredi. Il ne se fera pas dans un stade vide, mais en vidéoconférence entre les membres de l'European Association Club (ECA). Le syndicat des clubs regroupant près de 200 matricules (dont cinq belges) se réunit pour se positionner par rapport à la proposition de réforme de la Champions League. Cette dernière devrait voir le jour dès la saison 2024.

Elle prévoit une série d'adaptations pratiques. Mais plutôt qu'enjeux sportifs, il est surtout question ici d'argent. Si l'UEFA ressent le besoin de réinventer sa compétition reine, c'est surtout parce qu'elle est largement poussée dans le dos par quelques géants européens. Quelques grands clubs, menés notamment par le FC Barcelone et le Real Madrid, ont des envies de grandeur. Depuis des mois se trame un projet de Super League, un championnat entre la crème de la crème du ballon rond européen, indépendant de l'UEFA.

6
milliards d'euros
La Banque JP Morgan serait prête à suivre les initiateurs d'une Super League en prêtant 6 milliards d'euros.

D'abord discuté en toute discrétion, ce projet de Super League n'a cessé de prendre de l'ampleur. La réflexion inquiète particulièrement les pontes de l'UEFA depuis qu'elle est passée de la simple idée à un projet bien construit, estimations chiffrées comprises. Les frondeurs ne se cachent plus et s'entourent. La Banque JP Morgan a même récemment été invitée sur le terrain et pourrait devenir le partenaire financier pour lancer la compétition. La banque se dit prête à avancer les six milliards d'euros, indispensables pour amorcer la première édition.

Toujours plus de concessions

Face à cette menace, l'UEFA n'a d'autres options que de s'adapter et faire des concessions. La réforme proposée n'est certes pas le modèle imaginé par les frondeurs, mais elle bouleversera largement l'organisation actuelle. Une simple étape avant le passage à la Super League, analysent les plus sceptiques. Il faut dire que les concessions faites aux plus grands n'ont cessé de se multiplier. La nouvelle mouture de la Champions League prévoit ainsi de faire passer le nombre d'équipes inscrites de 32 à 36. Le grand changement concerne toutefois le déroulement de la compétition. Fini le système actuel de poules. Chaque équipe jouera 10 matches, à chaque fois contre une équipe différente. Au bout de ce premier tour, un seul classement sera construit. Les huit premiers passeront au tour suivant tandis que les équipes classées de la 9e à la 24e place se disputeront les huit tickets restant pour le deuxième tour.

La réforme est loin de faire l'unanimité. Au fil des années et des réformes, la Champions League n'a fait que creuser le fossé entre une poignée de clubs du top et les matricules plus modestes. Avec son système de primes colossales pour chaque qualification et tour passé, le système renforce par lui-même les différences. La nouvelle réforme ne devrait pas améliorer les choses. Notamment via le système prévu pour les équipes entre la 9e et 24e place, permettant aux plus grands clubs de rattraper en dernière minute un mauvais départ. L'arrivée de quatre nouvelles équipes invitées ne devrait pas non plus changer la donne, puisque celles-ci devraient être issues des cinq plus gros championnats.

Co-entreprise européenne

Les négociations durent désormais depuis des mois. Invité à prendre une position il y a déjà plusieurs semaines, le CEA n'est jamais parvenu à parler d'une seule voix. La faute à qui? Le Financial Times pointe quelques clubs dont Manchester United et l'AC Milan, toujours pas convaincus par les efforts de l'UEFA. Ils en voudraient encore un peu plus, notamment concernant la manière dont seront gérés les revenus issus de la compétition.  Selon le média, la nouvelle version prévoirait ainsi la création d'une coentreprise détenue par l'UEFA à 51%. Le reste étant aux mains des clubs qui disposeraient notamment d'un droit de véto et joueraient un rôle important dans la réparation de la manne financière dégagée par la compétition.  

La Super League imagine notamment une formule fermée, sans descendant comme cela se fait notamment en NBA ou en NFL

Une nouvelle étape donc dans l'emprise des clubs dans une compétition à laquelle pourtant, ils n'étaient à l'origine qu'invités à participer. Les clubs en seront désormais l'un des organisateurs. De quoi interroger l'UEFA sur la prochaine étape exigée. Car les partisans de la Super League y vont sans détour.

Dans sa version la plus franche, la Super League imagine notamment d'en faire une formule fermée, sans descendant comme cela se fait notamment en NBA ou en NFL. Un bon moyen pour définitivement enterrer les clubs hors du top 20.

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