Le mercato fou de la NBA, pilier d'une compétition équilibrée

Russell Westbrook, superstar du Thunder d'Oklahoma City, a été transféré à Houston dans la nuit de jeudi à vendredi. ©Photo News

Contrairement aux grands championnats sportifs européens, la NBA est habituée à voir sa hiérarchie bouleversée. Le mercato de l’intersaison participe à la redistribution des forces entre les équipes et constitue un élément clé à la popularité, sans cesse croissante, de la plus grande ligue de basket-ball au monde.

Chaque année, c’est le grand chambardement. Quelques heures à peine après la clôture officielle de la saison, remportée cette année pour la première fois par une équipe canadienne, les Raptors de Toronto, le microcosme sportif et médiatique de la NBA s’emballe et se prépare à la "free agency", le grand marché de la NBA. Au coup d’envoi de cette période de (re)négociations de contrats, fixé cette année au 30 juin à 18h01 précises, les 30 équipes composant la grande ligue étaient dans les "starting-blocks", prêtes à se ruer sur les meilleurs joueurs disponibles, c’est-à-dire libres de tout contrat. En 6 heures, plus de 3 milliards de dollars étaient "dépensés", un record absolu pour une nuit historique qui redistribue une nouvelle fois les cartes d’un championnat toujours plus compétitif.

3
milliards
3 milliards de dollars on été dépensés dans les 6 premières heures de l'intersaison. Un record absolu.

Parmi les contrats les plus juteux signés cet été, citons Kevin Durant, la star des champions déchus de Golden State (Oakland), s’engageant avec les Nets de Brooklyn pour 164 millions de dollars sur une durée de 4 ans, Kawhi Leonard, le taciturne leader des Toronto Raptors, fraîchement couronnés du titre suprême, prenant ici la direction de Los Angeles et des Clippers pour 103 millions sur 3 ans, ou encore Klay Thompson, qui décide, lui, de prolonger avec son équipe actuelle (Warriors de Golden State) pour un montant de 190 millions sur 5 ans.

À l’hystérie des signatures s’ajoutent les transferts de joueurs encore sous contrats, eux aussi autorisés depuis le coup de sifflet final de la saison 2018-2019. Le dernier en date a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi, envoyant Russell Westbrook, la superstar exubérante du Thunder d’Oklahoma City, à Houston en l’échange de Chris Paul et de plusieurs "choix de draft" (nous y reviendrons).

Si, lors de cette période mouvementée, les grandes villes (Los Angeles, New York, Boston) restent, on le constate, les destinations favorites des joueurs les plus convoités, la NBA espère pouvoir compter sur son architecture particulière et une série de mécanismes destinés à garantir un certain équilibre dans la distribution des forces entre les équipes pour continuer à proposer un championnat toujours plus compétitif, élément essentiel à sa popularité.

Les 5 plus importantes (re)signatures de contrats de l'intersaison. ©MEDIAFIN

Un écosystème fermé

"La grande utopie de la NBA, c’est d’avoir 30 équipes de niveau équivalent, mais c’est encore mieux si les Lakers gagnent à la fin."
Bastien Fontanieu
Cofondateur de TrashTalk.co

Pour comprendre comment la grande ligue s’octroie le pouvoir de limiter les actions des équipes les plus médiatisées – et donc des plus riches –, il faut commencer par le début. Bastien Fontanieu, cofondateur du site français spécialisé TrashTalk.co, nous le rappelle: "La NBA est une ligue fermée. Elle fonctionne comme une entreprise et chacune des 30 équipes, ou franchises, qui la composent sont ses filiales. En fin de saison, personne n’est relégué, les 30 équipes participent au championnat tous les ans et toutes essaient de renverser la hiérarchie."

Par ce constat seul, l’idée d’une transposition du système NBA à d’autres grands championnats sportifs européens paraît déjà limitée. En opérant comme une maison mère, la grande ligue s’autorise un plus grand contrôle sur les équipes qui la composent que la Premier League en football par exemple. Elle ne dépend d’aucune autre autorité supérieure et fixe ses règles selon sa volonté, et celle de ses parties prenantes (propriétaires d’équipes, joueurs, etc.), en poursuivant le seul but de rendre son championnat attractif (et profitable) et de séduire le plus grand nombre.

Par conséquent, il est évident que le maintien d’un certain niveau de parité entre les équipes participe au succès planétaire de la NBA, même si le rayonnement international des grosses écuries (Lakers de Los Angeles, Bulls de Chicago, Celtics de Boston) reste le vecteur principal d’intérêt pour les amateurs occasionnels de basket-ball. Comme l’explique Bastien Fontanieu: "La grande utopie de la NBA, c’est d’avoir 30 équipes de niveau équivalent, mais c’est encore mieux si les Lakers gagnent à la fin."

Les 3 piliers de la parité

De la théorie à la pratique, la NBA ne manque pas de ressources ni d’imagination. Parmi l’arsenal de solutions mises au point pour tenter de cadenasser un tant soit peu les velléités des équipes en quête du titre ultime et garantir un certain équilibre entre petits et grands, nous en avons retenu trois essentielles, sans trop entrer dans leurs (nombreux) détails.

  • "Salary cap" et "Luxury tax". Chaque équipe est soumise à un plafond salarial maximal à ne pas franchir (le "salary cap") sous peine de subir des pénalités financières (une "luxury tax"), au-delà d’un certain niveau de dépassement. Le montant de cette limite est fixé en fonction des "revenus liés au basket" (vente de tickets, droits de diffusion, merchandising) et est renégocié régulièrement. Selon la dernière convention collective de la ligue (le "CBA"), 49 à 51% de ces revenus sont redistribués de droit aux joueurs, sous la forme de ce "salary cap", ajusté chaque saison. Pour la saison 2019-2020, le plafond salarial par effectif est fixé à 109,14 millions de dollars.
109,14
millions
Pour la saison 2019-2020, le plafond salarial par effectif est fixé à 109,14 millions de dollars.

  • "Draft" et loterie. L’autre grande attraction de l’intersaison, c’est la "draft". Lors de cet événement, lui aussi hyper-médiatisé, les équipes sélectionnent, les unes après les autres, des jeunes talents qui intégreront leurs effectifs la saison suivante parmi un pool de joueurs issus du championnat universitaire américain (la NCAA) ou de ligues étrangères. L’ordre de sélection est préétabli par une loterie, offrant aux équipes les moins bien classées de l’exercice précédent de plus grandes chances de choisir en priorité. Cette année, les New Orleans Pelicans (ayant terminé 22e sur 30 en 2018-2019), lauréats de la grande loterie, ont ainsi pu sélectionner le jeune prodige Zion Williamson (19 ans), censé devenir la pièce maîtresse de l’avenir de la franchise.
  • Contrats créatifs et échanges de joueurs. En NBA, les joueurs ne se transfèrent pas contre compensation financière, ils s’échangent, et leurs contrats avec. Nous l’avons dit, la grande ligue est un écosystème fermé et les équipes qui le composent s’alimentent mutuellement, s’échangeant joueurs et "choix de draft" (ceux des équipes faibles sont très prisés), pour bâtir un effectif en ligne avec leurs objectifs, tout en veillant à respecter les contraintes imposées ("salary cap", "luxury tax"). Autre élément essentiel à la construction des effectifs, les contrats sont eux aussi lourdement réglementés, en fonction de nombreux facteurs (expérience, récompenses individuelles, loyauté) qui influencent le salaire maximal (et minimal) auquel chaque joueur peut prétendre. Là aussi, tout est une question d’équilibre.

Petits et grands marchés

Toujours dans un but de parité et pour encourager la pérennité des effectifs construits par la draft, la NBA prévoit ainsi des plafonds salariaux par joueurs plus élevés, et des exceptions au dépassement du "salary cap", pour les équipes décidant de prolonger les contrats de leurs vedettes. Seulement, l’argument financier contractuel seul n’est souvent pas suffisant pour convaincre les joueurs stars à prolonger leurs séjours dans des équipes moins médiatisées – des "petits" marchés – les lumières des grandes villes pesant toujours lourd dans la balance des choix de carrière.

Les Lakers de LeBron James (photo) restent l'attraction numéro 1 de la NBA. ©AFP

De leur côté, les "grands" marchés sont dotés d’une force de frappe financière, fonction de leur visibilité et de leur popularité. De la sorte, les équipes de New York ou de Los Angeles peuvent s’affranchir des amendes liées au dépassement du plafond salarial plus aisément que celles du Minnesota ou de l’Indiana par exemple.

Ces mécanismes égalitaires ne suffisent donc pas à pouvoir considérer la NBA comme étant une compétition complètement "équilibrée". Selon Bastien Fontanieu, "la NBA reste plus paritaire que d’autres championnats mais les grands marchés restent favorisés, et cela sera toujours le cas. Los Angeles reste Los Angeles et New York reste New York."

 Même si l’arrivée massive de joueurs étrangers et la stratégie expansionniste de la ligue permettent de mettre en lumière les équipes habituellement moins médiatisées tout en réduisant sensiblement l’écart entre "petits" et "grands" marchés, les franchises des grandes métropoles restent les plus à même d’empiler les noms ronflants de par l’intérêt brûlant qu’elles suscitent. Bastien Fontanieu ironise d’ailleurs à ce sujet: "Le jour où un joueur permet à New York de remporter le titre, il peut se présenter aux présidentielles 6 mois plus tard et avoir une vraie chance d’être élu."

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