Le Mondial en Belgique? Un impact limité

Le Bureau du Plan évalue les retombées économiques d’un Mondial en Belgique à 1,2 milliard.

Série (3/5) Jean-François Sacré

Quel serait l’impact d’une Coupe du monde de foot sur l’économie de notre pays? C’est ce qu’a voulu savoir le gouvernement fédéral alors que la Belgique et les Pays-Bas ont déposé le mois dernier leur dossier de candidature pour 2018 à la FIFA (Fédération internationale de football), le verdict de cette dernière étant attendu le 2décembre prochain.

L a réponse du Bureau du Plan, chargé de plancher sur la question, est sans équivoque. "Les effets sont limités, l’impact serait de l’ordre de 0,13% du PIB en 2018, indique Didier Baudewyns, coauteur de l’étude. Ce qui n’est pas étonnant dans la mesure où les dépenses directement liées à l’événement sont étalées sur la période 2011-2018." Le gain cumulé de PIB durant cette période serait de 0,3% et le nombre d’emplois créés oscillerait entre 9.100 et 13.500. L’impulsion donnée à l’économie belge s’élèverait ainsi à 1,152 milliard d’euros.

Les principaux bénéficiaires devraient être la construction et l’Horeca. Les principaux postes de dépenses pour l’Etat au sens large (régions, communes…) seraient la construction des stades et la sécurité. Passage en revue.

Les stades. Ils nécessiteront 490 millions d’euros d’investissements pour six stades. A priori, cela paraît peu. En Afrique du Sud, ce budget s’est élevé à 1,8 milliard d’euros (pour dix stades). Mais les villes candidates construiront ou rénoveront de toute façon des stades, que la Coupe du Monde se déroule ou non chez nous. Plus aucun stade belge n’est en effet conforme aux compétitions internationales. Les 490 millions correspondent donc aux investissements nécessaires pour qu’ils répondent aux normes de la FIFA, soit 40.000 places minimum. Pour le futur stade du Standard, qui comprendra 40.000 places, le supplément serait donc nul. Pour celui de Charleroi (25.000 places), il faudra par contre compter 39 millions de plus. A lui seul, le futur stade national à Bruxelles, qui devra être complètement (re) construit, engloutira au minimum 360 millions pour 65.000 places.

Qui payera la facture? Sur base des informations dont il dispose, le Bureau du Plan estime que 2/3 devraient être pris en charge par les pouvoirs publics, le solde par les clubs et des partenaires privés. e L’organisation. Le comité d’organisation recevra une enveloppe de la FIFA pour mettre sur pied l’événement. En 2006, celle-ci s’élevait à 430 millions. Le budget alloué au binôme belgo-néerlandais serait, dit-on, moins élevé. Ce comité devrait dépenser environ 107 millions en Belgique, essentiellement dans l’Horeca, les transports et les services.

La sécurité. Après la construction, il s’agira de la plus grosse charge pour l’Etat: 150 millions, dont 85&flexSpace;% en personnel.

e Les équipes et les médias. Sur base des chiffres de la précédente édition, les sélections nationales (45 personnes: joueurs et staff) devraient dépenser environ 7 millions chacune. Chaque équipe draine en moyenne dans son sillage 750 représentants des médias (journalistes, techniciens…). En Belgique, le Bureau du Plan estime que ceux-ci dépenseront 84 millions d’euros.

e Les supporters. C’est d’eux que viendra le plus gros des recettes. Près de 1,4 million de tickets seront disponibles en Belgique, dont 2/3 devraient être alloués aux visiteurs étrangers. Un pourcentage basé sur des études allemandes effectuées lors du Mondial 2006 et de l’Euro 2008. Si la Belgique ne percevra rien sur cette manne (évaluée à 190 millions d’euros pour notre pays) pas plus que sur le merchandising et les droits télé, qui reviennent entièrement à la FIFA, en revanche, elle pourra compter sur les dépenses des supporters, que le Bureau du Plan évalue à près de 320 millions, dont les 3/4 dans l’Horeca.

A l’arrivée la facture devrait être indolore pour les caisses de l’Etat, selon le Bureau du Plan. "L’organisation pourrait générer un léger boni de 20 à 30 millions d’euros, mais c’est assez modeste vu l’ampleur de l’événement", estime Didier Baudewyns.

Par contre, la Coupe du Monde pourrait avoir des effets positifs en terme de fierté nationale et d’image du pays. Et générer ainsi des investissements étrangers ou doper le tourisme. Autant d’arguments martelés inlassablement par le sénateur MR Alain Courtois, ancien patron de l’Euro 2000 et cheville ouvrière du projet. Le hic, c’est qu’ ils sont difficilement quantifiables.

C’est une des raisons pour lesquelles, certains émettent des doutes sur la viabilité de ce projet alors que se profilent des mesures d’austérité. Le gouvernement fédéral a bien apporté sa garantie, mais il s’agit d’un acte formel permettant de rentrer le dossier à la FIFA. Aucun montant n’y a été associé. Or, selon un expert, "il faudrait qu’il s’engage à hauteur de 500 millions d’euros minimum. Dans le contexte budgétaire actuel, c’est peu réaliste". l

e Vendredi, 4e volet de notre série: l’impact pour l’Afrique du Sud

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