Le Racing Genk, le petit futé du foot business belge

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La dernière journée des Playoff 1 ne livrera plus de secret: le Racing Genk est chamion depuis jeudi dernier. Le "Petit" des grands clubs belges a un modèle économique très particulier.

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Le Racing Genk est devenu champion de Belgique jeudi soir. Si ce titre est mille fois mérité, il n’a rien de surprenant. C’est déjà le quatrième en 21 ans, auxquels s’ajoutent quatre coupes de Belgique. Seul Anderlecht a fait mieux (10 titres). Alors que le Sporting mauve et blanc, Bruges et le Standard sont considérés comme des clubs historiques, le Racing Genk, né de la fusion entre Waterschei et Winterslag en 1988, est, lui, solidement installé dans l’informel "G5", les clubs les plus costauds du pays (le 5e étant La Gantoise).

Cette saison sans faute, c’est le résultat d’une politique réfléchie et axée sur le long terme, dont certains clubs pourraient s’inspirer. Le club évolue toujours sous le statut d’ASBL. C’est le dernier du genre en D1. Interviewés peu avant les play-offs par De Tijd, ses dirigeants concèdent toutefois que cela les empêche de lever du capital à risque… avant d’ajouter qu’ils n’en ont pas vraiment besoin. Comme ASBL ils n’ont pas d’actionnaires à rémunérer, toutes les recettes sont réinjectées dans le fonctionnement du club. "Le Racing Genk, n’appartient à personne mais au peuple", lance ainsi le bourgmestre de la ville Wim Dries (CD&V). Des mots qui frappent dans cette région frappée par la fermeture des mines il y a près de 30 ans.

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Le business model du Racing est basé d’abord sur un centre de formation performant au sein duquel on trouve d’anciens joueurs du club qui en distillent les valeurs. Il a ainsi vu éclore des Diables Rouges stars comme Thibaut Courtois et Kevin De Bruyne, ainsi que Steven Defour et Dennis Praet qui ont quitté le club à 16 ans après y avoir passé leur formation. Jelle Vossen et Siebe Schrijvers, tous deux aujourd’hui à Bruges, en sont aussi issus. Dans le noyau actuel, un tiers des joueurs ont été formés à Genk, dont l’espoir international Brian Heynen, solidement installé dans le "11 de base".

Bonnes pioches

Ensuite, les dirigeants ont un flair certain pour dénicher les bonnes pioches à l’étranger: jeunes en devenir, joueurs confirmés mais sur une voie de garage… Le tout en se basant sur leur cellule de recrutement, sans recourir aux agents de joueurs. Cela leur donne une indépendance totale et leur permet de s’épargner le paiement de coûteuses commissions.

Les dirigeants du Racing Genk ont le flair pour dénicher des joueurs pour une croûte de pain et les revendre avec une solide plus-value.

La vente de ces joueurs (formés au club ou acquis ailleurs) à des clubs plus huppés a permis au Racing d’engranger de jolies plus-values. Partis très tôt, De Bruyne et Courtois n’ont rapporté "que" 17 millions, mais des joueurs moins renommés comme les Diables Kabasele, Benteke et Castagne lui ont permis d’encaisser plus de 21 millions de bénéfice selon les données de Transfermarkt. Que dire alors des joueurs étrangers cédés ces cinq dernières années. Ensemble, Koulibaly (Naples), Minlinkovic-Savic (Lazio Rome), Bailey (Leverkusen), Ndidi (Leicester) et Pozuleo (Toronto), acquis pour une croûte de pain, ont rapporté plus de 62 millions.

Rien qu’avec tous ces joueurs on est à une centaine de millions de plus-value. L’équipe sacrée championne jeudi est dans la lignée. Le jeune milieu norvégien Sander Berge, acheté 2 millions il y a deux ans, en vaudrait 17 aujourd’hui, L’attaquant tanzanien Mbwana Samatta est valorisé 9 millions après avoir été recruté pour moins d’un million. Idem pour Leandro Trossard: le capitaine est arrivé au club à 16 ans. Il est valorisé 14 millions.

Résultat: le Racing a les poches bien remplies. Ses fonds propres dépassent les 47 millions, la quasi-totalité provenant de bénéfices reportés (46,8 millions). Il est assez peu endetté (17 millions). Revers de la médaille, il est fort dépendant des transferts sortants. Ils représentent environ plus de 50% de ses revenus. Ces derniers s’élèvent au total à une grosse cinquantaine de millions à l’issue de l’exercice 2017-2018. Son chiffre d’affaires a atteint 19,3 millions, constitué des recettes aux guichets (7,5 millions), des droits TV (6 millions), du marketing (2,5 millions) avec Beobank comme principal sponsor (aux côtés de Carglass, des Assurances Fédérales, Nike, etc.)

Cette saison-là, le club n’avait pas participé à une coupe d’Europe. Mais son nouveau titre de champion le qualifie d’office pour les poules de la prochaine Ligue des Champions, soit la garantie de toucher un chèque de plus de 15 millions auxquels s’ajouteront des primes en fonction des résultats. La viabilité de Genk est donc plus qu’assurée. Reste à ses dirigeants à rester aussi efficace sur le marché des transferts alors que plusieurs de ses vedettes pourraient le quitter pour des cieux plus rémunérateurs.

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