Le spectre de Mediapro plane sur la Pro League belge

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En défaut de paiement, la société qui détient les droits pour le retransmission du football français est en conflit ouvert avec la Ligue 1. Chez nous, les droits sont détenus par Eleven mais une joint-venture avec Mediapro pose question.

La situation est chaotique en Ligue 1 française. Mediapro, l’entreprise hispano-chinoise qui a récupéré les droits pour quatre ans fait défaut. Seulement quelques mois après avoir signé un contrat historique à 814 millions d’euros par an, la société ne paie plus son dû. Après un premier paiement en août, la société détenue à 54% par le holding chinois Orient Hontai Capital devait réaliser un deuxième versement de 172 millions d’euros. Mais à ce jour, toujours rien. Au point d’amener la ligue française à souscrire des crédits pour payer les clubs et entamer les premières démarches judiciaires.  "Le fait que la Ligue 1 prenne de telles mesures est mauvais signe. Il faudrait un miracle pour éviter la faillite", assure Pierre Maes, consultant et auteur du livre Le Business des droits TV du Foot.

"Le principe même d’une joint-venture est de partager entre deux entreprises le bénéfice et le risque liés à une activité."
Pierre Maes
Consultant et auteur du livre Le Business des droits TV du Foot.

Hormis pour les fans de Mbappé et de Neymar, cela peut sembler relativement lointain comme conflit. Mais à jeter un œil sur ce qui se passe en Belgique, la situation a de quoi poser quelques questions. L’entreprise présente chez nous pour effectuer de la production a peut-être un rôle bien plus important. La situation étant aussi complexe à expliquer qu’un hors-jeu, un petit saut dans le passé semble bien utile. Cet été, Eleven a remporté les droits pour la retransmission de la Pro League pour cinq ans avec une facture annuelle de 100 millions d’euros. Histoire de gagner des sous, Eleven est allé toquer chez tous les opérateurs afin de leur vendre la retransmission des matches. Le succès est au bout puisque tous les grands (Telenet, Proximus et VOO) ont dit oui, de même que les petits nouveaux Orange et KBC.

Un douzième joueur sur le terrain

Sur papier, tout semble clair. Ne reste plus qu’à produire le tout. Pour cela, Eleven a décidé de fait appel à Mediapro. Mais à y regarder de plus près, les deux acteurs vont plus loin que s’échanger des services. Le Moniteur belge indique la constitution le 10 juillet dernier de ‘12th Player’. Cette société est une joint-venture, détenue à parts égales par Eleven et Mediapro. Parmi les activités prévues, la nouvelle structure prévoit notamment "l'achat, la vente, la gestion, l'exploitation, l'administration, la représentation et le conseil de tous types de droits audiovisuels, et plus particulièrement dans le domaine sportif". Rien de dramatique à première vue. Sauf que plusieurs des opérateurs ont signé leur contrat de retransmission non pas avec Eleven mais avec cette fameuse joint-venture... A l’heure où Mediapro ne semble pas loin de la banqueroute, il y a donc de quoi s’inquiéter pour les droits télévisés belges.  

100
millions d'euros
Cet été, Eleven a remporté les droits pour la retransmission de la Pro League pour cinq ans avec une facture annuelle de 100 millions.

RAS pour la Pro League

Du côté de la Pro League, on ne voit toutefois aucun problème et on ne semble pas vraiment inquiet. "Je suis bien plus préoccupé par les conséquences du Covid-19 que par les questions des droits", assure Pierre François, le patron de la Pro League. "En ayant signé des accords avec cinq opérateurs contre trois auparavant, le risque est encore plus réparti. Pour l’heure, il n’y a pas le moindre problème de paiement", assure le CEO, qui indique qu’Eleven est le seul responsable des paiements. "Le principe d’une joint-venture est justement de partager entre deux entreprises le bénéfice et le risque liés à une activité", rappelle toutefois Pierre Maes.

"Nous ne souhaitons pas commenter les termes de nos différents contrats."
Le porte-parole d'Eleven

Contacté, Eleven reste plutôt évasif. L’entreprise botte d’ailleurs en touche lorsqu’il s’agit de justifier pourquoi certains opérateurs ont signé avec Eleven et d’autres avec 12th Player. "C’est une information confidentielle et nous ne souhaitons pas commenter les termes de nos différents contrats. Ceci étant dit, 12th Player a été créée en juillet 2020, soit après que des accords commerciaux aient été signés", explique le porte-parole. La joint-venture fait, elle, partie d’un "rapprochement stratégique à l’international" et est liée aux "compétences communes des deux entités". Le porte-parole assure également "qu’Eleven, et Eleven uniquement, a signé le contrat avec la Pro League, est le licencié exclusif de la Pro League et remplit seul ses obligations de paiement". Par ailleurs, La société n’a pas souhaité commenter la situation de Mediapro et assure avoir confiance en son partenaire.

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