Publicité
analyse

Le sport aux JO toujours plus proche des limites physiques

Le Kényan Eliud Kipchoge lors de son record, non homologué, en marathon. ©AFP

Les exploits s'enchaînent à Tokyo. Mais les records du monde sont-ils encore battables ou avons-nous atteint une limite physique? Elle semble en tout cas de plus en plus proche.

Ce week-end, les fans de sport auront les yeux rivés sur le stade de Tokyo, où se déroule une bonne partie des finales d'athlétisme. Les Borlée, Allyson Felix et autre Trayvon Bromell espèrent bien revenir avec l'or autour du cou. Histoire de rendre le moment encore plus savoureux, décrocher le record du monde en parallèle est l'exploit ultime. Reste encore à savoir si cela est possible. Il paraît que les records sont faits pour être battus. Mais jusqu'où? Visiblement, les marges sont de plus en plus minces.

"Usain Bolt a le record sur 100 m mais les dix autres meilleurs temps derrière lui sont moins bons que ce qui se faisait dans les années nonante."
Aurélien Claes
Médecin à la clinique du sport de Namur et membre du staff médical du Standard de Liège

"Il y a effectivement une limite physique qui s'explique notamment par des facteurs biologiques", confirme Aurélien Claes, médecin à la clinique du sport de Namur et membre du staff médical du Standard de Liège. "Par exemple, pour le saut en hauteur, afin de se défaire de la gravité, il est nécessaire de développer certains muscles. Mais au-delà d'un certain stade de développement, ils déstabilisent la charpente du corps et provoquent des blessures", explique Aurélien Claes.

Dans les faits d'ailleurs, les performances ont tendance désormais à stagner. "Il y a encore des exploits et des records mais qui sont basés sur des individualités hors du commun. Lorsque l'on se penche sur la masse, on constate que pour deux tiers des sports, les performances sont moins bonnes. Usain Bolt a le record sur 100 m mais les dix autres meilleurs temps après lui sont moins bons que ce qui se faisait dans les années nonante", poursuit le médecin. Avec un niveau moyen en baisse, les sportifs hors du commun seront donc, eux aussi, de moins en moins nombreux.

Marge féminine

Aujourd'hui, du côté de l'athlétisme, une cinquantaine de disciplines bénéficient d'une homologation reconnaissant un record du monde. Chez les hommes, sur les cinq dernières années, seulement 11 records ont été battus, dont 7 sur des courses de fond ou sur route.

11
Records battus
Chez les hommes, sur les cinq dernières années, seulement 11 records ont été battus, dont 7 sur des courses de fond ou sur route.

Du côté des femmes, les résultats de référence n'ayant pas encore fêté leur cinq ans sont en revanche plus nombreux. 16 records ont été réalisés après 2016. Là encore, les courses de moyenne distance sont visiblement les disciplines les plus accessibles à l'exploit avec 12 records battus. "Cela s'explique notamment par le fait que ce sont des sports fort pratiqués durant les meetings, ce qui augmente les possibilités de record. Pour ce qui est des femmes, historiquement, elles ont un retard dans le monde du sport professionnel, ce qui laisse plus de marge", nuance le spécialiste.

La tendance ne devrait pas s'embellir avec le temps. Les athlètes ont le désavantage de partir avec de moins bonnes facultés. "Une série de facteurs entrent en jeu. Par exemple, pour la taille moyenne.  Elle a été en croissance durant tout le XXe siècle mais on constate désormais qu'elle stagne, voire baisse." La cause? Une nutrition moins efficace en raison d'aliments de moins bonne qualité mais aussi la pollution. "Les bébés qui naissent aujourd'hui sont aussi plus légers, ce qui pénalise la croissance. Des études montrent également que la VO2 max moyenne chez les jeunes (un indicateur de référence pour évaluer l'aptitude  physique, NDLR) a chuté de 30% en deux générations", explique encore le spécialiste.

"Les bébés qui naissent aujourd'hui sont aussi plus légers, ce qui pénalise la croissance."
Aurélien Claes

Mais si cela devient difficile, ce n'est certainement pas une raison pour ne pas essayer. Surtout lorsqu'on a le soutien des sponsors, forcément à la recherche de la belle histoire pour faire vendre davantage. Si la physique atteint ses limites, il reste une zone grise du côté des équipements utilisés. À ce petit jeu, Nike semble plutôt bien inspiré. Ses chaussures Vaporfly font, par exemple, des miracles et permettraient un gain de 4% à 18km/h. Énorme sur de longues distances.

Ces dernières ont notamment permis à Eliud Kipchoge de passer sous les deux heures symboliques en marathon. Le record n'est toutefois pas homologué, car il a bénéficié de l'aide d'une cinquantaine de lièvres, de ravitaillement sans limite et même d'une voiture lui indiquant par laser la cadence à suivre. Le record déjà détenu par Kipchoge est toujours celui réalisé au marathon de Berlin en 2h01 39'. En attendant, Kipchoge et surtout Nike se contenteront largement du coup marketing que cela a amené. Comptez 250 euros la paire de Vapofly.

Où est le dopage?

Déjà en vente, le comité d'athlétisme semble avoir été pris de court par le phénomène et a accepté les chaussures miracles aux JO. Il a ensuite bloqué toute nouvelle innovation. Un groupe d'experts sera désormais en charge d'examiner chaque évolution. Faire le tri s'annonce être un joli casse-tête. Le débat pris à l'extrême pourrait considérer que le simple fait de courir avec des chaussures, plutôt qu'à pieds nus, est déjà un facteur influant la performance. Le débat peut être le même pour le revêtement des pistes, par exemple.

D'autres éléments sont encore améliorables. "Récemment, on a pu observer que la régulation thermique est un aspect important qui, si elle est influencée de la bonne façon, permettrait d'améliorer les performances. Mais reste à savoir comment et si ce genre de progression peut toucher la masse des sportifs ou juste les pros. Il faudra alors voir si l'on considère cela comme du dopage ou non", illustre encore Aurélien Claes. Si les records se raréfient, les débats sur ce genre de questions risquent par contre de se multiplier.

Le résumé

  • Les athlètes de haut niveau sont de plus en plus proches de la limite physique du sport.
  • Au fil du temps, le niveau moyen a désormais tendance à stagner.
  • Certaines marques poussent toutefois parfois jusqu'à la limite du dopage technologique.
  • En athlétisme, un comité d'experts analysera dès la fin des JO chaque nouvelle technologie.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés