Le succès d'un canard qui ne roule pas sur l'or

©BELGA

Le club de hockey du Waterloo Ducks est devenu cette semaine champion d’Europe. Une première pour une équipe de notre pays.

Un exploit de plus. Quelques mois à peine après la victoire des Red Lions en Coupe du monde, le hockey belge s’illustre encore. Cette fois en club. Lundi dernier, le Waterloo Ducks a remporté l’EHL, l’équivalent de la Ligue des champions. 4-0 contre Cologne. Bon d’accord, les trois derniers buts ont été plantés quand l’équipe adverse avait sorti son gardien pour évoluer à onze dans le jeu. Mais l’exploit reste exceptionnel.

Les Brabançons n’étaient d’ailleurs pas vraiment favoris. "J’ignore quels sont les moyens financiers de Cologne, mais quand je vois l’équipe affichée, ce ne sont certainement pas les mêmes que chez nous", sourit Géry Dohmen, le président du Watducks. S’il n’a pas les mêmes moyens que les Allemands, il peut quand même compter sur une équipe de joueurs capables de tenir un stick de hockey en main. Dans les rangs de son équipe, on retrouve plusieurs Red Lions dont son fils John-John Dohmen, le gardien Vincent Vanasch ou encore Simon Gougnard.

L’exploit de ces champions a aussi permis au club de ramener un peu d’argent. Mais vraiment un tout petit peu: 10.000 euros. "Cela nous a coûté le double pour y aller avec toute l’équipe et le staff", sourit le président.

Peu à peu, l’argent s’installe dans le monde du hockey. Au Watducks, tous les joueurs de l’équipe première sont désormais payés. Géry Dohmen préfère toutefois le mot "défrayé", les montants ne permettant pas encore d’en vivre. "Puis de notre côté, nous préférons plutôt miser sur notre école de jeunes que sur des transferts. En finale, ils étaient beaucoup à être passés par notre formation", explique le président. C’est bien pour le prestige du club mais aussi pour son portefeuille. Des jeunes doués, ce sont autant de joueurs à ne pas devoir faire venir d’ailleurs et payer grassement. La saison prochaine, le club devra d’ailleurs se passer des services du Red Lion Gougnard qui part à Louvain. "Nous n’avions pas les moyens financiers pour le retenir", admet Géry Dohmen.

Les banquiers aiment le hockey

"Ce sont toujours des bénévoles qui gèrent le Watducks mais ça n’a plus rien d’amateur."
géry dohmen
président du watducks

Les caisses de son club de hockey ne sont pas encore très garnies. Le Watducks tourne chaque année avec un budget de 1,3 million d’euros pour environ 1.300 membres. Pour faire rentrer l’argent, il y a évidemment le bar, géré par un indépendant qui paye un loyer. Mais les deux sources de revenus principales sont les cotisations d’environ 500 euros par membre et le sponsoring qui s’élève lui à environ 300.000 euros. "Il y a dix ans, il devait être à environ 40.000 euros", précise Géry Dohmen. Un sacré bond en avant.

Son principal soutien se nomme la Deutsche Bank. Le "main sponsor" a signé l’an passé un contrat de trois ans avec le club, remplaçant Degroof-Petercam. Les banques apprécient visiblement le sport au stick. "Sur les douze clubs de division d’honneur, la quasi-totalité est sponsorisée par un partenaire bancaire, explique Denis Henet, le responsable de la communication chez Deutsche Bank. C’est un sport qui nous correspond bien en termes de valeurs et qui attire un public disposant d’un certain pouvoir d’achat." La banque n’est d’ailleurs active de manière régulière que dans le hockey et soutient deux autres clubs en Flandre. Pour le Watducks , le contrat se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros. "Ce qui reste accessible pour nous, même si nous ne disposons pas des budgets de sponsoring des plus grosses structures."

Pas question toutefois de mécénat, les attentes de retour sont bien réelles. "De ce côté, l’année dernière fut un succès avec la finale des messieurs en championnat de Belgique et les victoires des dames et des U19. Cela avait amené une très grande couverture médiatique. Ici, avec l’EHL c’est déjà aussi clairement rentabilisé, sourit Denis Henet. Nous avons même reçu des mails de clients pour nous dire que nous étions aussi un peu les partenaires de leur succès. On n’en a pas reçu cent mais c’est étonnant de voir des clients n’ayant aucun lien avec le Watducks prendre le temps de nous écrire, explique encore le responsable, visiblement ravi de son partenariat. À ce stade, nous nous réjouissons d’avoir encore une année de contrat car pour le moment, tous les objectifs sont remplis."

Si les sponsors ont le sourire, mettre en place ce genre de relation ne fut pas si simple pour le club. À la base, le Watducks est plus spécialiste de la petite balle blanche que des contrats de sponsoring. "On pensait qu’il suffisait simplement de signer un contrat et les laisser s’afficher. Mais c’est beaucoup plus compliqué et nous devons être imaginatifs", explique le président. Mais en une décennie, les dirigeants se sont fait la main et l’ASBL qui gère le club n’a rien à envier à une entreprise en matière d’organisation. "Ce sont toujours des bénévoles qui gèrent le Watducks mais ça n’a plus rien d’amateur. Il y a dix ans, on se demandait qui allait gérer la vente des gaufres lors du prochain tournoi. Maintenant, chaque personne dans le CA a une fonction précise qui correspond à ses compétences. On a un spécialiste des médias, un responsable marketing, une juriste…", détaille le président.

Mais aujourd’hui, le Watducks doit toutefois chercher d’autres sources de revenus. "Le sponsoring ne va sans doute plus autant évoluer. On ne doit pas s’attendre à décrocher beaucoup plus d’argent de ce côté car, même si la visibilité augmente, on ne peut pas offrir ce que le foot apporte", lance le président. Il faut donc chercher d’autres idées. Pourquoi pas les produits dérivés? Avec de tels champions, les enfants doivent rêver d’avoir le maillot de leur joueur préféré, non? "On a déjà essayé les maillots, casquettes, parapluies… ça ne marche pas, rit le président. La proximité est encore trop grande dans le monde du hockey, mais c’est ce que nous souhaitons aussi garder." Allez au club un mercredi, et vous vous en rendrez compte par vous-même. Dans le bar, on a compté au moins quatre champions d’Europe, occupés à refaire le match ou discuter avec le barman. Le star-system n’a pas encore touché le hockey.

Devenir un business club

Le club au canard cherche donc d’autres pistes. Les prochains travaux qui sont prévus pourraient bien être l’occasion de trouver de nouveaux revenus. Un projet existe d’abattre le bâtiment principal pour en reconstruire un flambant neuf. "Avoir un beau club peut permettre de rentabiliser les locaux. On pourrait profiter de notre site pour en faire un lieu pour des rencontres business, par exemple. On le fait déjà pour nos sponsors et certains de leurs clients mais on constate que ce n’est pas assez adapté."

En attendant que les ouvriers s’attaquent au bâtiment, ils vont d’abord s’occuper de l’extérieur avec un nouveau terrain mais aussi la construction d’une tribune couverte de 750 places. Une première en Belgique si on ne tient pas compte de l’infrastructure actuellement fermée du Racing de Bruxelles, qui nécessite des travaux colossaux. De quoi mieux accueillir la foule qui se presse chaque week-end et même, pourquoi pas, donner un nouvel argument pour passer à une entrée payante. Car oui, pour le moment, le hockey en Belgique, c’est gratuit. "Faire payer l’entrée des matches est une question qui se pose de plus en plus dans le milieu. À partir du moment où on accueille mieux le public, on pourrait demander une petite participation de cinq euros, par exemple. Cela se fait en P3 au football, je crois que ça pourrait se faire en hockey aussi."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect