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Les lièvres entrés dans les mœurs sportives mais exclus des JO

Grand favori du 10.000 m aux JO, l'Ougandais Joshua Cheptegei a été battu par l'Éthiopien Selemon Barega, malgré une course tactique menée avec un de ses deux compatriotes dans le rôle du faux lièvre. ©Photo News

Ils font partie de l'armada des champions de courses de demi-fond et fond en quête de records, mais ne sont pas les bienvenus aux Jeux. À tort ou à raison?

Recourir aux services d'un ou plusieurs lièvres est devenu monnaie courante lorsqu'un organisateur de meetings d'athlétisme prépare le terrain pour qu'un champion établisse sur ses terres un nouveau record du monde. Ces coureurs de l'ombre sévissent dans les compétitions de demi-fond (de 800 à 3.000 mètres) et de fond (du 5.000 m au marathon). Comptez en général un lièvre pour un 800 m, deux pour un 1.500 et trois pour les distances supérieures: chacun d'entre eux est engagé pour mener le train au service du champion sur une partie préétablie de la distance, avec des temps de passage prédéterminés. Seulement voilà, ces "adjuvants aux records" n'ont pas droit de cité aux Jeux olympiques. Un interdit édicté par des principes de fair-play ainsi que par le fait que, contrairement aux grands meetings, on y oppose des équipes nationales, mais qui, dans les faits, apparaît discutable.

Le premier lièvre s'appelait Séraphin Martin: le 5 octobre 1930, celui-ci a tiré le champion français Jules Ladoumègue pour l'aider à battre le record du monde du 1.500 m.

Les lièvres sont déjà une vieille institution. Le premier s'appelait Séraphin Martin: le 5 octobre 1930, celui-ci a tiré le champion français Jules Ladoumègue pour l'aider à battre le record du monde du 1.500 m. Quelques coureurs de fond belges ont également joué ce rôle à la fin du siècle passé. En 1972, Willy Polleunis a ainsi aidé notre champion national de l'époque, Gaston Roelants, à battre à la fois le record du monde des 20 km et celui de l'heure sur piste au Heysel. Au passage, le lièvre Polleunis a tout de même empoché à titre personnel le record du monde du 10 miles à la place de Gaston, puisqu'il menait toujours le train à cet instant...

Vincent Rousseau s'est également prêté à l'exercice lors d'un marathon, ce qui lui a permis de découvrir... qu'il était lui-même très doué dans l'exercice des 42 km 195 m!

Payés pour être réguliers

C'est une des bizarreries du "métier" de lièvre: rien ne l'empêche de poursuivre sur son élan si, parvenu dans le temps demandé à la distance prévue, il s'estime en état de continuer. C'est ainsi que le Britannique Jake Smith a surpris les édiles d'Albion en avril dernier: engagé comme lièvre au marathon du Cheshire, avec pour mission d'atteindre les 25 km au rythme de 3'05 au km, il a continué jusqu'à la ligne d'arrivée, qu'il a franchie en 2h10'58'': un temps qui lui permettait d'être sélectionné pour les Jeux de Tokyo!

"Plus la distance à courir s'allonge, plus la régularité est importante."
Thierry Zintz
Professeur en management des organisations sportives, UCLouvain

"Au plan physiologique, la régularité dans l'effort est un gage de performance. Et plus la distance s'allonge, plus la régularité est importante", explique Thierry Zintz, professeur de management des organisations sportives à l'UCLouvain.

Si le milieu reste très discret sur les salaires que touchent ces lièvres, on parle d'une fourchette de 1.000 à 15.000 dollars par course, avec une prime en cas de record du monde. On sait par exemple qu'en 1999, le Kényan William Tanui a reçu 15.000 dollars pour avoir aidé à battre le record du monde du mile à Rome.

De 1.000 à 15.000 dollars
prime du lièvre
Le sujet est rarement évoqué, mais on cite une fourchette de 1.000 à 15.000 dollars pour évaluer la paie des lièvres.

La population des lièvres reste maigre, on parle de 100 à 200 coureurs en tout et pour tout au niveau mondial. Ces lièvres sont parfois d'anciens champions sur le retour, comme Tanui, parfois des jeunes en devenir, comme Smith.

Ces machines à records ne sont autorisées ni aux Jeux ni aux Mondiaux. Ce qui n'a pas de sens, selon Thierry Zintz: "Regardez la finale du 10.000 m à Tokyo: les trois Ougandais ont mené une course tactique en envoyant l'un d'eux loin en avant sur les cinq premiers kilomètres. C'était clairement une tactique d'équipe". Avec une sorte de lièvre propre à une des équipes nationales représentées. "Les Kényans et les Éthiopiens font souvent la même chose", ajoute-t-il. "Pourquoi dès lors prohiber les lièvres, mais pas ces courses d'équipe?" Beau débat...

Le résumé

  • Les lièvres censés aider les coureurs de demi-fond et de fond à réaliser de hautes performances ne sont pas autorisés aux Jeux olympiques.
  • Le premier lièvre de l'ère moderne est apparu en France en 1930.
  • Quelques coureurs belges s'y sont essayés, tels Willy Polleunis en 1972 et Vincent Rousseau en 1993.
  • Les Ougandais ont joué une course très tactique lors de la finale du 10.000 m masculin à Tokyo, ce qui interpelle quant à l'interdiction des lièvres.

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