Marc Coucke rachète deux golfs wallons

Marc Coucke ©Photo News

Marc Coucke est sur le point d’acquérir deux clubs de golf à Durbuy. Ce sport a le vent en poupe, mais les investissements sont lourds. Un club sur quatre en Belgique a du mal à garder la tête hors de l’eau. Radioscopie.

Depuis que Marc Coucke a sorti son portefeuille pour transformer Durbuy en lieu touristique de premier plan, il a déjà racheté un parc d’aventures, une société de location de kayaks, un camping, des hôtels et des restaurants, et 500 hectares de forêts. Deux perles manquaient encore à sa couronne: le club de golf de Durbuy dans la commune de Barvaux-sur-Ourthe, et celui des Five Nations à Méan, à un jet de pierre de la plus petite ville du monde.

Le club de golf Five Nations ©Anthony Dehez

Les deux terrains de golf sont aux mains du multimillionnaire néerlandais Eric Wilborts, cofondateur et ancien actionnaire des chaînes de fitness HealthCity et Basic-Fit. Mais des rumeurs circulent depuis plusieurs semaines sur la reprise éventuelle de ces clubs par Marc Coucke. Est-ce vrai? "Oui et non, répond le flamboyant investisseur dans un bref SMS. Le contrat est signé, mais pas encore clôturé."

Ce n’est pas un hasard si Coucke s’intéresse au golf. Le sport à la petite balle blanche est devenu un big business. Notre pays compte aujourd’hui 88 clubs de golfs, et depuis des années, le nombre de joueurs ne cesse d’augmenter. "Fin 2017, notre pays comptait 64.965 joueurs, soit près de 4% de plus qu’un an auparavant, explique Emmanuel Rombouts, président de la Fédération Royale Belge de Golf (FRBG). Je m’attends à ce que cette année, le cap de 67.000 joueurs actifs soit dépassé. Et le plafond est loin d’être en vue."

La Belgique, destination golfique

À l’étranger, notre pays est très recherché. "En tant que destination de golf, la Belgique est en plein essor", peut-on lire sur Leadingcourses.com, un site internet qui compare 24.890 terrains de golf dans 139 régions. À tel point qu’avec un rating de 8,6, nous nous classons mieux que des pays comme la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. "Cet intérêt agit comme un levier sur la croissance locale, explique le manager d’un club et administrateur de la FRBG, Piet Vandenbussche. Dans ce contexte, l’investissement de Marc Coucke est un choix logique."

À l’heure actuelle, le nombre de membres du Golf de Durbuy (27 trous) et de Five Nations (18 trous) oscille aux alentours de 600, ce qui est assez modeste. Mais les clubs de golf ne dépendent pas uniquement des cotisations de leurs membres. Ils gagnent également leur vie grâce aux green fees, en d’autres termes, le droit d’entrée payé par les non-membres pour une journée de golf. "C’est là que Marc Coucke va devoir faire la différence, poursuit Piet Vandenbussche. Il va devoir positionner ses clubs afin d’attirer les amateurs et les touristes."

"Les clients s’attendent à plus de qualité pour un prix raisonnable. Cela met beaucoup de clubs sous pression."
Piet Vandenbussche
FRBG

Le terrain de golf de Durbuy est le plus démocratique des deux. Avec des droits d’entrée de 64 euros en semaine et de 73 euros le week-end, il pourra attirer un public plus large. Le Five Nations est un peu plus élitiste. La ferme du XVIIe siècle, qui sert de club house et de restaurant, vient d’être agrandie avec la construction d’un hôtel de luxe de 35 chambres. Le green fee devrait être un peu plus cher.

Il est impossible de savoir à quelle hauteur Marc Coucke devra investir pour développer ses deux clubs et les faire prospérer. "Il faudra énormément de capitaux et de patience, poursuit Piet Vandenbussche. La concurrence ne reste pas les bras croisés et les clients sont devenus plus exigeants. Ils s’attendent à plus de qualité pour un prix raisonnable. Cela met beaucoup de clubs sous pression."

Chris Morton, directeur général des clubs de golf de Damme et de Tielt-Winge, confirme: "La gestion d’un club de golf n’est pas différente de celle d’une entreprise. Il est possible d’en faire un business rentable. Mais cela exige du sang, de la sueur et des larmes. Cela ne m’étonne pas que de plus en plus de clubs se retrouvent en difficulté."

Un golf sur quatre en difficulté

D’après une enquête de la rédaction, un club de golf sur quatre en Belgique arrive à peine à garder la tête hors de l’eau. Sur les 88 clubs de golf que compte notre pays, 53 proposent au minimum 18 trous et 25% d’entre eux (soit pas moins de 21 clubs) font face à des difficultés financières à cause de pertes structurelles. Dans cinq clubs, on ne parle même plus de réserve, et les fonds propres sont négatifs.

Une de ces lanternes rouges est le Golf Club de Hulencourt dans le Brabant wallon. "Il fait pourtant partie depuis des années des meilleurs terrains de golf de Belgique", explique Emmanuel Rombauts. Ce club plutôt élitiste – où des joueurs professionnels comme Nicolas Colsaerts et Jérôme Theunis vont volontiers frapper la balle– est la propriété de Patrick Solvay, un descendant de la famille actionnaire du géant de la chimie. Avec des pertes cumulées de 16,4 millions d’euros et des fonds propres négatifs de 10 millions d’euros, le club est virtuellement en faillite.

Mais cela ne semble émouvoir personne. Il ne faut pas s’en étonner si l’on sait que le slogan du club est "Nihil melius quam bona vita" ("Il n’y a rien de mieux qu’une bonne vie"). Tant qu’un descendant de la famille Solvay est disposé à injecter des millions dans l’affaire, le club reste à flot. Ces trois dernières années, il y a d’ailleurs déjà investi 5,3 millions d’euros. Non seulement dans le terrain, mais dans le magnifique club house qui abrite également un centre d’art et un orchestre de chambre de jeunes musiciens professionnels qui en a fait son port d’attache depuis dix ans.

Parmi les clubs de golf dont la survie est compromise à cause de fonds propres négatifs, on peut citer le Royal Amicale Anderlecht Golf Club à Neerpede (18 trous), le très exclusif Golf des 7 Fontaines du Flamand Maurice Weymeersch à Braine-l’Alleud (36 trous) et le Steenhoven Country Club de la famille de Broqueville à Postel (18 trous). Les bilans devront rapidement être alimentés par des capitaux frais si les propriétaires veulent éviter la faillite.

Dans les plus grands clubs comme ceux de Durbuy, du Château de La Bawette (Wavre) et Millennium (Paal-Beringen), le matelas financier ou les fonds propres ne sont pas encore dans le rouge, mais il n’y a pas de temps à perdre, car les pertes structurelles, la faiblesse des fonds propres et l’endettement pourraient constituer un cocktail explosif. Si la rentabilité n’est pas restaurée, ces clubs pourraient rapidement se retrouver au bord du gouffre.

Projets immobiliers

Au Naxhelet Golf Club également, un luxueux centre de golf proche de la ville de Huy, les pertes cumulées avoisinent les 6 millions d’euros. Mais cette situation est due aux investissements de départ et au projet de promotion immobilière. L’ensemble du projet est financé par la famille de Bernard Jolly qui, en tant que descendant de la famille Lippens, est également président de la Compagnie Le Zoute et membre du Royal Zoute Golf Club.

Autre projet immobilier ambitieux: The National lancé en 2016. Il s’agit d’un immense projet immobilier sur l’ancien hippodrome de Sterrebeek. Là aussi, les pertes cumulées sont dues aux frais de lancement élevés et au cycle long de la promotion immobilière.

De belles réussites aussi

Il faut cependant noter que les 53 clubs de golf (d’au moins 18 trous) ont dû beaucoup investir pour maintenir leur terrain et leurs infrastructures en bon état. Pour les seules trois dernières années, les frais se montent à un total à 50 millions d’euros, soit en moyenne 1 million par club. Ces coûts d’entretien pèsent aussi lourdement sur le secteur.

Mais l’image n’est pas que négative. On trouve également des clubs de golf qui s’en sortent particulièrement bien et qui affichent de beaux bénéfices, comme le golf Château de la Tournette, Rinkven International, Henri-Chapelle et les clubs royaux Ravenstein, Waterloo et Sart-Tilman. Ces six clubs ont réalisé ensemble des bénéfices réservés de près de 20 millions d’euros en trois ans.

Le club de la Tournette à Nivelles est un joyau. Il se situe sur un domaine de 165 hectares et est la propriété de la famille néerlandaise Snijders, qui possède également les clubs de golf d’Enghien et de Pierpont (Les Bons Villers). Ces clubs ne sont séparés que de quelques kilomètres et se situent au sud de Bruxelles. Et ce n’est pas un hasard. Ils se renforcent mutuellement en autorisant leurs membres à accéder aux deux terrains.

Ce concept de "chaîne", où un club profite de l’expérience de l’autre, se retrouve également dans les clubs de Damme et de Tielt-Winge. Les deux terrains sont gérés par Chris Morton, un ancien joueur professionnel britannique qui a épousé Isabelle Santens, CEO de la chaîne de vêtements Xandres, et descendante de la famille flamande éponyme spécialisée dans le textile. En coopération avec l’entrepreneur et investisseur Franck Donck, ils viennent de reprendre les deux clubs, qui comptent respectivement 1.400 et 600 membres.

Le Britannique et sa femme sont également administrateurs du Golf & Country Club d’Audenaarde. "Nous ne sommes pas vraiment actionnaires, souligne-t-il. Le capital est aux mains d’autres branches de la famille Santens et de six familles des environs." À souligner cependant: ces trois dernières années, Audenaarde était très rentable et a réussi à se constituer une belle tirelire de 1,5 million d’euros, tandis que Damme et Tielt-Winge étaient en perte. "Cela montre à quel point le secteur est difficile", explique Chris Morton.

Le modèle d’exploitation d’Henri-Chapelle à Welkenraedt peut servir d’exemple. Ce club est aux mains des financiers néerlandais Andreas Gijzen et Cees Jongmans, et applique des droits d’entrée très démocratiques pour les membres et les visiteurs. "Nous ne sommes pas plus chers qu’un club de tennis, expliquent-ils. Tout le monde est le bienvenu." Cette stratégie s’est avérée payante: avec des bénéfices réservés de 2,4 millions d’euros et un matelas financier de 91% (fonds propres sur total bilantaire), c’est un des clubs les plus rentables de Belgique.

Son modèle contraste nettement avec l’approche élitiste du Golf de 7 Fontaines (Braine-l’Alleud), où le seuil d’entrée est très élevé: pour devenir membre, les candidats doivent acheter une "action" de plus de 10.000 euros. Sur les vingt dernières années, le club a attiré plus de 1.500 "actionnaires" et s’est constitué un capital de 15 millions d’euros. Mais aujourd’hui, il n’en reste plus rien et les fonds propres sont négatifs (-315.000 euros).

Les experts estiment que les prix démocratiques dameront le pion aux modèles élitistes. Aux Pays-Bas, cette évolution est en cours depuis des années et le sport est devenu très populaire, avec 397.000 joueurs actifs, répartis sur 286 clubs. À souligner: la moitié de ces golfeurs n’appartiennent à aucun club. C’est un segment qui doit encore se développer dans notre pays. Ce n’est donc pas un hasard si Marc Coucke mise précisément sur ce marché.

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