portrait

Mpoku, l’artiste balle au pied et casque sur les oreilles

Le joueur de football Paul-José Mpoku se lance dans la musique. En parallèle de sa carrière sportive, il a fondé en début d’année son label musical. Il se donne trois ans pour réussir le pari de soutenir des artistes méconnus.

Près de huit saisons passées au Standard de Liège, 224 matchs, une petite cinquantaine de buts. Même si le footballeur évolue depuis le début de l’année aux Émirats arabes unis, Paul-José Mpoku n’est plus à présenter en terre liégeoise. C’est d’ailleurs à deux pas de la cité ardente que le footballeur de 28 ans nous a donné rendez-vous à l’occasion d’un de ses rares retours en terre belge. Sous les pieds, pas de pelouse bien taillée, mais le plancher ciré de SOS Recording, un studio d’enregistrement installé à Ans.

Assis sur un canapé en cuir blanc, planté derrière une table de mixage interminable, le footballeur est installé avec son associé Cédric Milambo. Le lieu se prête forcément davantage à une discussion musique que ballon rond. "Ne parlons pas du tout football, c’est très bien", glisse d’ailleurs le joueur lorsqu’on confie que ce ne sont pas ses réussites devant un but qui nous intéressent aujourd’hui.

À côté du ballon rond, le quatrième art est l’autre passion du milieu de terrain congolais. Depuis janvier, c’est aussi même un peu son activité professionnelle. Avec son acolyte, ils ont lancé Be True Records, leur propre label musical. Même si leur style vestimentaire n’en est pas loin, leur volonté n’est pas de devenir les Dr Dre et Jimmy Lovine à la sauce belge. "L’idée du projet est dans notre nom. On veut des artistes les plus vrais possible avec un réel message", explique Cédric Milambo qui occupe la fonction de manager et se charge de la gestion au quotidien. La phrase est un poil cliché mais, pour le moment, la jeune entreprise s’y tient. Avec un goût plus prononcé pour la musique urbaine, afro, jazz et soul, pas question de chercher le hit à tout prix. "Et on souhaite vraiment que le message ait un sens", ajoute Paul-José Mpoku. "Ça peut paraître anecdotique, mais on ne soutiendra pas un rappeur dont les textes sont pleins d’insultes", explique-t-il.

Premier clip à 130.000 vues

Officiellement sur le circuit depuis janvier, l’entreprise place actuellement ses billes dans deux artistes belges. Mervie est spécialisée dans la soul tandis que Versis enchaîne les rimes en chant. Premières découvertes, planification des projets à venir, quelques rendez-vous en studio: l’aventure avait gentiment commencé avant l’arrivée d’une pandémie mondiale. "Le confinement est tombé un gros mois après notre véritable lancement. Cela a donc ralenti un peu les projets", justifie Cédric Milambo au moment de présenter les avancées concrètes de son label, dont le site internet se résume pour le moment à une seule page où trônent le logo du label et son numéro de GSM. Les néophytes avancent prudemment, mais le premier résultat est déjà sorti des cartons. "Nous avons juste eu le temps de terminer le clip de Versis", explique Cédric Milambo. En trois mois, "The story of Versis" a été visionné presque 130.000 fois et pourrait passer sur MTV sans faire tiquer le spectateur. Le début est appréciable pour un artiste dont le nom n’est à l’affiche d’aucune grande salle ou de festival.

"N’étant pas du milieu, je découvre énormément et je me rends compte qu’il y a beaucoup plus de frais que j’imaginais."
Paul-José Mpoku
Fondateur de Be True Records

La réalisation de clip est l’un des quelques services offerts par Mpoku et son équipe. En plus du soutien de Cédric Milambo, le CEO peut compter sur deux musiciens de formation et un clippeur. La petite équipe se charge ainsi de l’essentiel des contraintes des artistes. Be True Records prend également à sa charge la plupart des coûts essentiels pour se lancer: location de studio, déplacement, développement des EP… "On leur fournit également du matériel pour leur permettre de travailler de chez eux", explique encore le patron qui reste discret sur l’investissement. "Il se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais n’étant pas du milieu, je découvre énormément et je me rends compte qu’il y a beaucoup plus de frais que j’imaginais", sourit Mpoku.

Sans véritable formation dans le domaine, le footballeur l’admet d’ailleurs à plusieurs reprises, il a encore beaucoup à apprendre. "J’ai quelques contacts dans le milieu, essentiellement des artistes. Je connais aussi le patron des Francofolies de Spa et j’ai déjà pu parler de ce projet avec Stromae. Mais je sais que le réseau est particulièrement important dans le milieu", explique le patron, qui ne serait pas contre l’un ou l’autre coup de main pour faire décoller son label. "Notez-le dans votre article, on est vraiment ouvert à des collaborations et aux conseils de spécialistes. On n’est certainement pas du genre à dire qu’on connait tout. On veut apprendre et s’entourer."

"Avant le label, j’ai donné des coups de pouce financiers à plusieurs artistes. Simplement parce que je croyais en eux. "
Paul-José Mpoku

Bien qu’ils n’aient pas de qualifications spécifiques pour travailler dans le milieu, les deux hommes font tout pour se faire un nom. "On est poussé par notre motivation. Comme dans tout, je considère que le plus important est le travail", glisse le footballeur. Et ici, avoir une armée de supporters qui avait pris l’habitude de scander son nom dans les travées de Sclessin ne lui est pas vraiment utile en studio. "Être footballeur peut éventuellement faciliter les contacts, mais cela ne servira certainement pas à me faire un nom dans le milieu", admet-il. Si son pied habile n’est ici pas utile, Mpoku peut compter sur son oreille, visiblement affutée elle aussi. Avant de lancer son label, il a déjà soutenu plusieurs artistes. Quelques années plus tard, certains se sont fait un nom dans leur style comme le rappeur Tito Prince dont le succès se compte en millions de vues sur Youtube.

Mécène trop sympa

"J’ai donné des coups de pouce financiers à plusieurs artistes. Des connaissances de Liège mais aussi de Bruxelles. C’était comme ça, simplement parce que je croyais en eux. Je suis incapable de dire combien j’en ai aidés", glisse-t-il. Le soutien se faisait alors sans retour ni la moindre garantie. Le footballeur ne citera pas de chiffres, mais il est visiblement généreux. Sans doute un peu trop. "On dit souvent que je suis quelqu’un de gentil. Je l’ai parfois été un peu trop avec, du coup, la sensation que certains en ont un peu abusé", sourit-il, sans rancune. "Le lancement du label est donc aussi un moyen d’officialiser cette démarche avec désormais un contrat et des obligations."  

"Nous avons un plan financier sur trois ans. L’idée au final n’est pas de faire de l’argent, mais plutôt de ne pas en perdre tout en payant tout le monde correctement."
Paul-José Mpoku

En mettant de l’ordre dans ses investissements, le jeune patron a pu mieux se rendre compte du travail qui se cache derrière la fonction. "On a vite réalisé que suivre seulement deux artistes prenait déjà énormément de temps. Pour le moment, on va donc continuer juste avec eux."  Les plus gros poissons, ce sera pour plus tard. "De toute façon, nous devons encore faire nos preuves. On veut être certain de pouvoir apporter une plus-value. On préfère donc travailler avec de plus petits artistes. Les plus connus sont en plus sous les radars des grands labels. On ne fermera jamais la porte pour autant, mais on devra être certain de ce que l’on peut apporter", explique Cédric Milambo.

Après des débuts chamboulés par le confinement, le label se prépare doucement à la suite. Il faut relancer la machine à plein régime. Car  comme tout bon sportif, Mpoku s’est donné une échéance et des objectifs à atteindre. "Nous avons un plan financier sur trois ans. L’idée au final n’est pas de faire de l’argent mais plutôt de ne pas en perdre tout en payant tout le monde correctement. En trois ans, cela nous donne le temps pour réussir. Si cela ne marche pas, on arrêtera les frais mais au moins on aura tout fait pour y arriver et on n’aura pas de regret", explique le footballeur.

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