interview

Patron de PME le jour, fan des Diables le soir

Obelgix ©Wouter Van Vooren

Dans les stades et villes russes, sur les petits et grands écrans, dans les médias, on n’a vu que lui durant le Mondial. Mais qui est Obelgix, le fan n°1 des Diables Rouges?

On peut être patron de sociétés et savoir s’amuser. Et amuser le monde entier. Fan acharné des Diables Rouges, Nicolas Dardenne, alias Obelgix, a mis le feu cet été en Russie, partout où les Belges ont joué, de Moscou à Saint-Pétersbourg en passant par Kazan et Sotchi. Un bon vivant, incarnation du "Belge", tel qu’on se l’imagine à l’étranger, toujours prêt à faire la fête. "C’est très important pour moi, j’aime mettre l’ambiance dans ma société, je suis accro au team building", explique-t-il, une fois débarrassé de son déguisement pour revêtir le costume de chef d’entreprise.

Quand nous le rencontrons, il sort d’une interview au JT de RTL; la veille, c’était à la RTBF. Assis dans une petite salle de sa société, D-Network, sise dans un quartier cossu de Woluwe-St-Pierre, Nicolas Dardenne a la voix rauque du fan qui a trop vociféré, mais ses yeux pétillent quand on évoque le parcours des Diables.

Dans la vraie vie, Nicolas Dardenne a deux entreprises, un enfant et une épouse, enceinte, qui verrait bien ce Mondial se terminer. ©Wouter Van Vooren

Mais qui est vraiment cet Obelgix? "Je suis un entrepreneur, répond-il d’emblée quand on l’interroge sur son parcours. J’aime foncer, je tiens cela de mon père qui était agriculteur. Je connais d’ailleurs bien le frère de Marc Wilmots (ex-coach des Diables), dont les parents avaient une ferme dans ma région, à Incourt."

Après ses secondaires, Nicolas Dardenne, 36 ans, fait une seconde rhéto aux Etats-Unis. Il obtient ensuite un graduat en marketing à l’Ephec, avant de suivre au Mexique un post-graduat en gestion en ressources humaines. Il débute chez SThree, société spécialisée dans le recrutement. Après un an, il en sort "rookie of the year", meilleur recruteur de profils pour le secteur informatique en Europe. Il rejoint un an plus tard Xpertize, autre société de recrutement avant de se lancer une première fois dans l’entrepreneuriat avec un de ses amis. L’aventure ne durera pas longtemps. La société tombe en faillite et les deux associés se séparent.

Un monde de requins

Nicolas Dardenne veut voler de ses propres ailes. Il crée en 2009 D-Network, société de recrutement axée sur les profils informatiques, digital, finance, marketing, ICT ainsi que dans le placement de consultants indépendants. La société emploie une dizaine de collaborateurs. Elle place entre 150 et 200 personnes par an: techniciens, cadres, middle management, quelques CEO… "Mais ce n’est pas nous qui allons recruter la future Dominique Leroy chez Proximus", plaisante Nicolas Dardenne qui ne manie pas la langue de bois quand il évoque son secteur: "Il y a beaucoup de requins dans le recrutement, beaucoup de cow-boys, avec des juniors pressés comme des citrons afin de faire du chiffre; la qualité du service s’en ressent."

Nicolas Dardenne dit privilégier l’expérience et les relations à long terme avec ses clients. Un discours un peu marketing qu’il emballe en citant quelques références bien connues: VOO, Proximus , Thalys, D’Ieteren , Delhaize , Emakina , Tom & Co"Le marché se porte très bien, il y a plus demandes de missions que de candidats", dit-il. Ce n’est pas pour autant qu’il rêve d’expansion: "On pourrait encore engager du monde, mais nous ne voulons pas devenir un gros cabinet, je préfère avoir une agence à taille humaine."

À côté de D-Network, l’homme a aussi lancé avec deux associés ProUnity, plateforme permettant aux entreprises de gérer de manière automatisée leurs ressources externes (indépendants, consultants) et d’attirer de nouveaux profils. Il en détient 25%, mais ne s’en occupe pas au quotidien. En pleine croissance, elle compte parmi ses clients Smals (l’organisation ICT des institutions publiques dans la sécu), Credendo, Rossel, Touring… Elle réalise 20 millions de chiffre d’affaires mais vise le triple en 2019.

Nicolas Dardenne ne s’en cache pas: sa notoriété footballistique est un fameux atout. "Nous sommes de plus en plus sollicités, cela attire des clients potentiels. En Russie, j’ai fait plein de rencontres intéressantes sur le plan professionnel", relève-t-il. À l’entendre, ce côté un peu guignol le rend plutôt sympa aux yeux de ses clients, même si certains pourraient s’interroger sur sa crédibilité: "J’ai au contraire reçu des marques de sympathie de plusieurs d’entre eux, de toute façon, si certains s’en offusquaient je ne travaillerais pas avec eux! Je reste professionnel, l’image de mon entreprise est très importante, mais je suis sûr qu’on peut associer les deux."

Durant la compétition, Obelgix s'est fait de nombreux contacts. Professionnels, mais pas que ! ©BELGA

Cette passion pour le foot remonte à son enfance. "Jusqu’à 25 ans, j’ai joué dans plusieurs clubs, ça m’a permis de gagner un peu d’agent de proche. Je joue encore en Abssa avec des gens qui viennent du business. Etant plutôt robuste, je suis défenseur!" Comme tout footeux, Nicolas Dardenne est supporter d’un club: "Je préfère ne pas dire lequel pour ne pas froisser les susceptibilités!"

Son amour pour les Diables s’est intensifié au début de l’ère Wilmots. Membre d’un club de supporters à Jette, il ne rate aucune rencontre à domicile. Hormis les deux premières matchs, il a suivi quasi toute la campagne brésilienne et a assisté aux matchs des Diables à l’Euro. Idem en Russie, à l’exception de la "petite finale" qui se joue ce samedi. C’est au Brésil qu’il a commencé à faire le buzz avec une panoplie de déguisements aux couleurs nationales. Son casque équipé d’une canette de bière et d’un tuyau muni d’une pipette pour pouvoir boire tout en ayant les mains libres a fait le buzz. "J’étais au bon endroit au bon moment, la photo a fait le tour du monde."

"Je crois que ma femme sera contente quand la Coupe du monde sera terminée."
Nicolas Dardenne
Patron de PME et fan emblématique des Diables Rouges

Depuis, cela ne s’arrête pas. Lors d’un match amical France-Belgique, c’est déguisé en Obelix qu’il est entré au Stade de France, un poulet caché sous son drapeau avant de le sortir une fois installé, suscitant la ruée des photographes. Son personnage d’Obelgix était né… À l’Euro, il s’est vu remettre le prix de "fan of the match". Dans le passé, il a même tourné une pub pour les pizzas Dr Oetker et s’attend à d’autres demandes en ce sens.

Des dizaines d’interviews

Du Brésil à la Russie en passant par la France, Obelgix s'est forgé une réputation internationale. ©BELGA

Mais en Russie, c’est un peu la folie. On le voit partout. "Je ne m’attendais pas à pareille médiatisation, j’ai dû recevoir une trentaine de demandes d’interviews et je ne compte plus les photos que j’ai dû faire avec d’autres supporters." En tire-t-il l’un ou l’autre privilège? "Pas vraiment, j’ai pu discuter avec les parents de joueurs, comme ceux des frères Hazard ou Pierre Kompany, des gens charmants." Des contacts noués au gré de ses allers-retours entre la Belgique et la Russie pour chaque match. "Je ne suis pas parti pendant toute la durée du Mondial, car j’ai quand même deux sociétés à faire tourner, une femme enceinte et un enfant en bas âge!"

Au total, Nicolas Dardenne aura investi 6.000 euros pour assouvir sa passion. "C’est dommage que pareil événement soit si peu accessible aux vrais supporters: c’est cher, cela demande beaucoup de logistique et, au fur et à mesure qu’on avance dans le tournoi, le public est de plus en plus marqué business."

On le laisse là. À l’accueil de D-Network, une autre équipe de télé fait le pied de grue: "Je crois que ma femme sera contente quand cette Coupe du monde sera terminée." On n’en doute pas un seul instant.

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