interview

Peter Bossaert (Union belge de football): "Nous avons la plus belle marque de Belgique"

Peter Bossaert, le CEO de l'Union belge, considère le football amateur aussi important que les Diables rouges.

En cas de victoire à l'Euro, l'Union belge table sur un bénéfice de 7,5 millions d'euros. Le football amateur reste cependant "le cœur" de son activité, selon son CEO, Peter Bossaert.

Ce mardi, malgré l'approche imminente du rendez-vous de l'année pour son entreprise, Peter Bossaert, le CEO de l'Union belge, a trouvé une heure pour parler foot avec un journal économique. Et quitte à en dire plus sur sa fédération, autant y mettre aussi la forme. Plutôt que le désormais indigeste entretien Teams, Peter Bossaert préfère le face-à-face au QG des Diables à Tubize. Ce sera aussi l'occasion d'une petite visite guidée du centre en plein essor.

On nous avait prévenu, autant arriver un chouia à l'avance. Pas pour des questions d'embouteillage, mais plutôt de procédure. Avant de rentrer dans l’antre des Diables Rouges, il faut montrer patte (très) blanche. Un enregistrement,  deux contrôles de stewards  et une succession de barrières à passer. Entrer au cœur du top du football belge ne s'improvise pas. Arrivé au bâtiment, l'accueil de Peter Bossaert est chaleureux.

Les contraintes ne sont toutefois pas terminées. Le centre de Tubize est une succession de zones aux accès limités. Pour y entrer, nouveau passage devant la barrière d'un steward. Les zones rouges sont interdites et le photographe est prié de garder son appareil bien au chaud, en attendant les zones adaptées au shooting.

Au loin, Youri Tielemans rejoint en sandales la salle de sport. Impossible évidemment de l'approcher lui ou ses copains de jeu. Pas de caprice de superstar. Juste la peur d'un vilain virus encore présent et qui pourrait contrarier les ambitions de titre européen.

Nouvel écrin tubizien à 25 millions d'euros

La visite covid-friendly débute donc à bonne distance sur les terrains d'entraînement. Le patron passe par-dessus d'une barrière pour fouler la pelouse parfaitement taillée. "Je suis ici sur la commune de Hal. Où vous êtes, c'est Tubize. On peut difficilement faire plus belge comme implantation", sourit-il.

Derrière lui, le terrain vague sera prochainement transformé en trois nouveaux terrains. "Nous en aurons dix en tout. Nous allons également refaire la tribune sur le terrain d'entraînement principal. Elle pourra accueillir 2.000 personnes, ce qui nous permettra d'organiser ici les matches des U19 et U21." Un nouveau bâtiment est également en train de prendre forme. Il accueillera prochainement tout le football belge, soit 180 travailleurs. "Le déménagement est prévu en septembre."  La facture indique 25 millions d'euros pour tous les investissements qui sont et seront à réaliser.

"Il était donc plus que temps d'apporter de la diversité au sein de l'instance la plus importante du football belge."
Peter Bossaert
CEO de l'Union belge

La fin du chantier approche. Un de plus. En trois ans, le patron des lieux en a déjà fini quelques-uns.  "Le premier s'est fait au niveau de la structure de la fédération. Elle était très complexe et pas toujours très claire sur qui fait quoi." Aujourd'hui, la structure est limpide et la dernière brique a été amenée la semaine dernière avec la nomination, pour la première fois, de deux administrateurs indépendants, Pascale Van Damme et Paul Van den Bulck. "Il y avait la volonté d'amener de la transparence via un contrôle externe.

Par ailleurs, notre rôle historique est d'organiser le football. Mais l'aspect business est devenu de plus en plus important. Cela mérite des compétences extérieures. Puis le foot est aussi le miroir de notre société. Pourtant, l'instance la plus importante ne l'était pas du tout. Il était donc plus que temps d'apporter de la diversité."

Revenus commerciaux en plein boom

Du côté des devoirs accomplis, Peter Bossaert est parvenu à remettre du vert dans les comptes de la fédération, à l'exception forcément des années covid et d'une perte de 6 millions l'an dernier. "Jusqu'il y a peu, nous fonctionnions en cycle de deux ans avec, à chaque fois, une année de compétition importante qui nous permettait d'être dans le vert puis une année creuse, qui était négative. Sans le covid, nous sommes désormais constamment positifs", explique le patron.

Le centre de Tubize est situé à la fois sur les communes de Hal et de Tubize.

Pour cela, un important travail du côté du sponsoring a été nécessaire. "Nous avons augmenté les revenus commerciaux de 55%, ce qui nous a permis d'être moins dépendants des résultats sportifs", assure-t-il. Bravo. Merci quand même aux Diables Rouges. "Je ne pense effectivement pas que nous aurions pu réaliser tout ça sans l'évolution de l'équipe", admet d'ailleurs Peter Bossaert.

"La structure de notre activité fait que, quand nous avons beaucoup de succès au niveau de l'élite, cela donne assez de valeur ajoutée pour réinvestir dans le projet. Aujourd'hui, nous avons la plus belle marque de Belgique. Mais quand on est numéro 1 depuis trois ans, on arrive forcément à un plafond.  L'important est de rester aussi longtemps que possible dans le top 3, mais aussi ensuite de s'installer de manière structurelle dans le top 10."

Coûteux Euro

Cela pourrait par exemple passer par une victoire lors de l'Euro. Le titre ravirait tout un peuple et forcément aussi le comptable de Peter Bossaert. En cas de titre continental, la fédération toucherait 29 millions d'euros. "Mais c'est à mettre en perspective avec les énormes coûts logistiques. En cas de victoire, avec 29 millions de revenus, on dégagera 7,5 millions de bénéfices."

"Je ne pense pas que ce soit à nous de soutenir les clubs amateurs financièrement. Nous n'avons de toute façon pas les moyens de le faire."
Peter Bossaert

Cet Euro est d'ailleurs particulièrement coûteux. "Il est déjà plus cher, car nous aurons 26 joueurs au lieu de 23. Cela fait une réelle différence. Puis toutes les mesures ont forcément des conséquences. Par exemple, pour les déplacements, normalement nous n'avons qu'un vol avec les joueurs et les sponsors. Maintenant, il faut prévoir deux avions."

Voilà pour le top du foot belge. Si le patron en parle visiblement avec plaisir, les Diables ne remplissent toutefois pas son agenda. Car le foot en Belgique, c'est aussi plus de 500.000 membres pour plusieurs milliers de clubs. "Le football amateur reste le cœur de notre activité. Une très grande majorité de nos Diables Rouges en viennent. Le système est pyramidal. Il faut que le dessus soit sain, mais également aussi le dessous. Le développement du football amateur est donc super important."

Le foot amateur souffre

Et comme le dessus de la pyramide, la base d'amateurs n'a pas vraiment passé une super année 2020. "L’impact de la crise sanitaire est aussi grand pour nos clubs amateurs", regrette-t-il. " Une des questions est de savoir ce qui va se passer du côté du sponsoring. Dans les clubs amateurs, le retour pour les sponsors se fait essentiellement au niveau de l'hospitality, ce qui n'a pas été possible. Tout dépendra de ceux qui vont rester. À nous donc d'aider les clubs."

"Il n'y a plus aucun politicien à persuader du manque de structures."
Peter Bossaert

Sur ce point, même s'il a déjà mis la main au portefeuille, le patron préfère les bons conseils plutôt que l'enveloppe financière. "Nous avons déjà soutenu les clubs à hauteur de 8 millions d'euros. Mais nous en avons 4.000 en Belgique. Au final, ça ne représente pas grand-chose par club. D'ailleurs, je ne pense pas que ce soit à nous de les soutenir financièrement. Nous n'avons de toute façon pas les moyens de le faire." À la place, la fédération préfère distiller les bons conseils. "Nous travaillons donc aujourd'hui avec les fédérations régionales à un plan, en collaboration avec PwC. L'idée est d'instaurer un cadre financier et sportif sain pour les aider à se développer. Les fédérations régionales le présenteront à la fin de l'été."

Potentiel féminin

Une fois cette mauvaise période virale passée, Peter Bossaert espère bien reprendre le chemin de la croissance du côté des nouveaux pratiquants. "Il y a par exemple encore beaucoup de potentiel chez les filles. Surtout quand je vois l'exemple du hockey. Elles représentent environ la moitié des membres contre 9% dans le football." Pour attirer les demoiselles sur le terrain, Peter Bossaert a d'ailleurs un plan: amener l'organisation de la Coupe du Monde féminine 2027 en Belgique.

"Cela mettrait en lumière la discipline. C'est l'événement sportif féminin le plus important dans le monde." L'organisation serait aussi une bonne raison pour offrir à la Belgique un stade digne de ce nom. "Ce serait effectivement un argument de plus, même si aujourd'hui il n'y a plus aucun politicien à persuader du manque de structures. Mais les choses avancent", sourit le patron pour qui la rénovation du stade Roi Baudouin semble la piste la plus claire.

Le résumé

  • D'ici septembre, l'ensemble du football belge sera rassemblé au centre de Tubize.
  • En cas de victoire à l'Euro, l'Union belge devrait réaliser un bénéfice de 7,5 millions d'euros.
  • En partenariat avec PWC, l'Union belge planche sur un plan de soutien aux clubs amateurs.
  • Selon Peter Bossaert, le potentiel du foot féminin est encore très important.

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