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interview

Pierre François (Pro League) sur la réforme fiscale du foot belge: "Il ne doit pas y avoir que des perdants"

Pierre François promet une contre-proposition au gouvernement fédéral pour le 10 novembre. ©Photo News

Le sport professionnel belge va devoir trouver une trentaine de millions d'euros chaque année, a décidé le gouvernement fédéral. Comment? C'est le casse-tête de Pierre François, le directeur général de la Pro League.

Pierre François espérait peut-être terminer son mandat comme directeur général de la Pro League dans la douceur, en juin 2022, autour d'un déménagement du siège de l'organisation à Tubize. Ce sera dans le fracas, après la claque du covid, la gifle des enquêtes judiciaires et maintenant le coup-de-poing en forme de coup de rabot fiscal infligé par le gouvernement fédéral. Il s'agira maintenant au football professionnel belge de trouver la formule qui lui permette de remettre "25 ou 26 millions d'euros, chaque année" sans trop affaiblir sa compétition phare. Pour son premier entretien sur le sujet depuis l'annonce de la réforme du régime fiscal des footballeurs belges, Pierre François explique sa méthode. Et précise que la concertation devra être rapide.

"Tout ce débat sur le statut fiscal et social dans le football belge a pris sa source dans l'affaire 'Mains-propres', qui dicte aujourd'hui l'agenda. C'est dommage."

L'image du football belge

"Tout ce débat sur le statut fiscal et social dans le football belge a pris sa source dans l'affaire 'Mains-propres', qui dicte aujourd'hui l'agenda. C'est dommage, car s'il y a eu des fraudes et infractions, il y aura des sanctions pénales et fiscales pour ceux qui ont à en répondre. Mais ceci ne devait pas être à l'origine d'une modification des statuts. Faut-il modifier les règles? Nous avons pris des dispositions directement liées à l'opération 'Mains-propres'. Nous avons obtenu de voir traduire dans le règlement de la Fédération le règlement des intermédiaires qui prévoit notamment l'interdiction complète de la dualité d'intérêts, ce à quoi n'est pas encore arrivée la Fifa. Nous ne sommes pas opposés à une loi anti-blanchiment dans notre secteur. Nous avons mené des sessions de formation. Nous sommes réactifs."

25-26
millions d'euros
Pierre François estime à 25 ou 26 millions d'euros la part du football professionnel dans les 30 millions annuels que le gouvernement fédéral entend obtenir du sport professionnel.

Le régime fiscal et social du footballeur belge

"Notre secteur ne crée pas de déficit au niveau de la Sécurité sociale. C'est un secteur qui ne connaît pas de délocalisation, sans vouloir tirer sur le cyclisme. Tous nos clubs sont des sociétés belges, tous ses employés, joueurs compris, sont payés sous le régime belge, sans système de droit à l'image, sans distribution de dividende. Durant la crise du covid, nous n'avons pas demandé d'aide, contrairement aux clubs français, par exemple. Nous payons des sommes importantes au football amateur. Il est utile de rappeler ces informations peut-être ignorées. La Pro League ne se résume pas à quelques gros contrats et à des commissions versées à des agents. Nous ne sommes pas le symbole de l'injustice fiscale. Mais il est vrai que le régime actuel est favorable pour les joueurs, ce qui nous permet d'être compétitifs.

25 à 26 millions à trouver chaque année

"Nous devons tenir compte d'une décision du gouvernement qui, si j'ai bien compris, nous oblige à trouver 30 millions d'euros par an. Il y aurait 10 millions à chercher du côté de la fiscalité à charge des agents pour leurs transactions et le reste sera récupéré via la sanction des fraudes - et si c'est plus que les 3 millions annoncés, cela ne me gêne pas. Dans ces 30 millions à charge du sport professionnel, j'estime la part du football professionnel à 25 ou 26 millions, et encore, je négocie mal.

Comme nous ne sommes pas immunisés et comme j'entends que le régime fiscal n'est pas modifié – c'est pour moi quelque chose d'essentiel – nous devons trouver une solution. Il faudra peut-être un jour se poser de la question de l'opportunité de la règle si l'on se rend compte qu'elle n'est pas productive et fait, au final, perdre de l'argent à l'État. C'est aussi l'opinion défendue par Roland Duchâtelet (ex-président du Standard de Liège). Il est important qu'il y ait concertation. Elle a été entamée avec les cabinets ministériels compétents, depuis quelque temps."

41
contrats
En 2020-2021, 41 joueurs de Pro League disposaient d'un contrat à plus d'un million d'euros par an.

Taxer les contrats à plus d'un million par an? "Pas un bon calcul"

"On a fait les comptes pour la saison 2020-2021, il y a un total de 41 contrats de plus d'un million d'euros par an. C'est énorme, mais rappelons que le joueur est imposé à plus de 50%, que sa carrière est brève et qu'un joueur de talent peut générer de la valeur et donc des emplois, un peu comme un top manager ou un artiste à succès. Si on appliquait le régime de droit commun à ces 41 contrats-là, on arriverait à la part que doit rendre le football professionnel! Mais on y serait la première année, pas les suivantes, où il n'y aurait plus de contrats de plus d'un million, plus de vedettes, plus de qualification directe en Champions League. Ce n'est pas un bon calcul, car la valeur du championnat serait directement touchée, les droits télé directement réduits, les recettes TVA immédiatement diminuée et on tournerait le dos à la qualité. Tous les contrats à plus d'un million ne sont pas forcément justifiés mais c'est avec ces joueurs-là... Vincent Kompany ne serait pas revenu en Belgique en qualité de joueur pour moins d'un million, bien qu'il considère aujourd'hui que cette mesure serait bonne."

"De la même manière, j'entends dire que la réforme de l'épargne pension pourrait être dans l'accord. Je n'imagine pas les conséquences sociales, surtout pour les plus bas salaires, si on devait empêcher les joueurs - qu'on a obligés à constituer un plan d'épargne pension! - de le toucher à la fin de leur carrière. Ce serait un mauvais calcul de changer cela."

"Ma responsabilité est de trouver une solution équilibrée pour tout le monde, qui permettra de maintenir la compétitivité de la compétition tout en assurant aux clubs qu'ils pourront subir l'impact de la réforme."

Une proposition "qui tient la route" pour le 10 novembre.

"J'ai prévenu nos interlocuteurs gouvernementaux: je suis persuadé de venir avec une proposition qui tient la route pour le 10 novembre au plus tard. La proposition qui viendra de la Pro League devra venir de tous les clubs professionnels. Ma responsabilité est de trouver une solution équilibrée pour tout le monde, qui permettra de maintenir la compétitivité de la compétition tout en assurant aux clubs qu'ils pourront subir l'impact de la réforme. Je dois aussi respecter la parole que j'ai donnée aux représentants des autres compétitions sportives. Ils ne supporteraient pas l'augmentation pure et simple du plafond. Je dois trouver l'argent plus haut. Il faudra aussi des mesures transitoires adéquates. Si en juin, vous avez signé un contrat de trois ans avec un joueur, en faisant un calcul du budget. Si l'on dit à mi-parcours que cela coûtera plus cher, c'est un problème."

Un mini-groupe pour une solution trouvée, ce lundi?

"Nous avons constitué un mini-groupe avec un représentant d'un grand club, un représentant d'un club hors top 7, le manager des licences et moi. Ensemble, nous devrons trouver une solution lundi prochain, qui sera présentée en conseil d'administration le 10 novembre, lors duquel il faudra trouver un accord. C'est une négociation dans laquelle il ne doit pas y avoir que des perdants. Si le secteur tombe par terre, énormément de choses tombent par terre."

Les phrases clés

  • "La Pro League ne se résume pas à quelques gros contrats et à des commissions versées à des agents."
  • "Je suis persuadé de venir avec une proposition qui tient la route pour le 10 novembre au plus tard."
  • "Si le secteur tombe par terre, énormément de choses tombent par terre."
  • "Il est vrai que le régime actuel est favorable pour les joueurs, ce qui nous permet d'être compétitifs."

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