Prost Grand Prix: la mise à mort annoncée

©RV DOC

Alain Prost "balance" à propos des intrigues de Renault qui ont précipité la fin de son écurie.

Curieusement, celui qui a été le premier et à ce jour le seul champion du monde français n’a pas la place qu’il mérite dans le cœur du public français. Une injustice totale quand on connaît le palmarès d’Alain Prost et son intelligence de la course.

En cause, un caractère volontiers râleur et aussi, sans doute, les dégâts causés à son image par l’expérience avortée de monter son écurie de F1. C’est sur cet épisode que Prost a décidé de se confier en ouvrant ses archives personnelles à l’occasion de la sortie du dernier "Dossier Michel Vaillant", une série de dossiers thématiques publiés en marge de la BD bien connue des amateurs de course automobile. Sous la plume de Lionel Froissart, journaliste à "Libération", le pilote français évoque pour la première fois la "mise à mort" de son écurie, n’hésitant pas à dévoiler intrigues et coups bas. Un réquisitoire en règle avec pour principal accusé: Renault.

"Faites-le pour la France"

Petit retour en arrière. N’ayant jamais caché son souhait de bâtir un jour sa propre écurie, Alain Prost est approché fin 1996 par des responsables politiques qui veulent lui confier les rênes de la seule écurie française présente en F1 à l’époque, Ligier, alors en passe de devoir mettre la clé sous le paillasson. Le moteur Peugeot lui est offert en guise d’appât. Sentant que l’entreprise ne marcherait pas, Prost freine des quatre fers. D’autant qu’il apprend deux jours avant la signature avec Peugeot que le contrat moteur n’est plus valable pour 5 ans mais 3 ans et, surtout, que ce service sera facturé et non plus gratuit.

Mais la pression est maximale, y compris de la part du président de la République, Jacques Chirac, qui insiste: "Alain, faites-le pour la France." Sous-entendu: on trouvera le moyen de s’arranger.

Le piège se referme définitivement sur le champion français lorsque trois mois à peine après la conclusion de l’accord entre Prost et Peugeot, Chirac dissout l’Assemblée nationale. D’un seul coup, Prost (qui n’a jamais fait mystère de son engagement à droite) perd ses appuis politiques. Il devient même gênant pour le gouvernement Jospin qui n’apprécie pas ce projet à connotation politique. Ce qui explique, selon Prost, le harcèlement fiscal dont son entreprise fait l’objet.

"Il faut te tuer"

Comme prévu, Peugeot quitte le navire fin 1999 pour se lancer dans les rallyes. Prost ne s’en plaint pas car les moteurs et les boîtes de vitesses de Peugeot sont fragiles comme du verre.

Mais voilà qu’un autre grand constructeur français pointe son nez dans les affaires de Prost. Renault prépare en effet activement son retour sur la scène des grands prix.

Et l’écurie Prost ne cadre pas dans le plan de bataille de la marque au losange, ne serait-ce qu’en raison de la difficulté pour deux écuries différentes d’attirer le soutien des grands sponsors nationaux (Elf, Gauloises, PMU, etc.).

Les responsables de Renault ne font pas vraiment dans la dentelle et l’un d’entre eux déclare même à l’ancien pilote n°1 de la Régie: "Il faut te tuer." Les sponsors quittent le navire un à un, obligeant Prost à passer son temps à gérer les finances de son écurie plutôt que de s’occuper du développement des voitures. Fin 2001, la cause est entendue et Prost Grand Prix est mis en redressement judiciaire avec une dette de 30 millions d’euros, avant d’être liquidée le 15 janvier 2002.

Le précédent de Kyalami

L’épisode laisse, on s’en doute, un goût amer. D’autant que ce n’était pas la première fois que Prost s’estimait victime de coups fourrés de la part de Renault. En 1982, en lutte pour le titre mondial, Prost s’estimait mal soutenu par son employeur face à son coéquipier René Arnoux qui refusait les consignes d’équipe. Un an plus tard, lors de l’épilogue du championnat 1983 à Kyalami en Afrique du Sud, Prost perdait à nouveau le titre pour deux points face à Nelson Piquet, dont la Brabham roulait avec un carburant trafiqué. Renault refusera de déposer réclamation, ne souhaitant pas, pour des raisons commerciales, gagner le titre sur le tapis vert.

Cela aussi, Alain l’a encore en travers de la gorge…

"Alain Prost, Dossier Michel Vaillant n°12", éditions Dupuis, 104 pages, 19 euros (édition normale), 24 euros (édition de luxe).

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