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interview

Sébastien Ledure, avocat, à propos du foot belge: "Comme si on avait donné les clés de la maison à un braqueur"

De nombreux acteurs du monde du football plaident pour un assainissement radical. ©Photo News

Sébastien Ledure, avocat de nombreux joueurs pro, Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB, et Jean-Louis Dupont, avocat qui a révolutionné le monde du sport, commentent les récentes avancées judiciaires.

Il ne se passe plus deux mois sans qu'une affaire de fraude économique et financière liée au football, sport roi en Belgique, ne barre la une des quotidiens ou occupe le temps d'antenne. La raison principale: le fait que la justice, en premier lieu le parquet fédéral, se soient emparée du sujet. Et ça déménage. "Pendant longtemps, la justice a considéré qu’elle avait d’autres priorités à régler que des transferts de joueurs. Mais le foot fait circuler de plus en plus d’argent. Le rôle financier, commercial et sociétal du football est nettement plus important aujourd'hui qu'il y a quinze ans", soulève Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB.

"Si vous êtes dirigeant, vous devriez travailler à distance des agents."
Jean-Louis Dupont
Avocat

Comment en est-on arrivé là? "À partir de l'arrêt Bosman, l'économie du football a explosé", considère l'avocat Jean-Louis Dupont, l'homme qui a obtenu ledit arrêt qui permet la libre circulation des joueurs au sein de l'Union européenne. "Des championnats comme le championnat belge sont devenus des vitrines et compensent leur perte de vitesse par une accélération du commerce des joueurs. Engager un joueur n’est plus un moyen pour obtenir de meilleurs résultats, mais bien une fin en soi. Le business des clubs belges est devenu la production de joueurs. Quand on dit ça, on a dit beaucoup de choses, car de nombreux intervenants ont d’autres objectifs en tête que la pérennisation du championnat. On parle de copinage entre agents et dirigeants, dont le but devient de faire tourner des joueurs. Si vous êtes dirigeant, vous devriez travailler à distance des agents", développe Me Dupont.

"Le monde de l'argent facile"

Tant et si bien que la situation actuelle est devenue critique. L'avocat Sébastien Ledure (Cresta) a notamment défendu les intérêts de Justin Hénin, des frères Borlée, de Memphis Depay. Aujourd'hui, il s'occupe entre autres de l'avant-centre des Diables, Romelu Lukaku. Il n'est entré dans le football belge qu'en 2018, après l'éclatement des affaires. Et plaide pour un assainissement radical. "Ce que mes associés et moi avons été amenés à découvrir depuis que ces dossiers judiciaires sont sortis est révélateur, au mieux, d'une ignorance, au pire, de comportements délictueux", souffle-t-il.

Mais encore? "Le milieu du football belge a longtemps fonctionné dans une autarcie complète et une grande opacité de ses flux de financement. Pour certains, ça a été le monde de l'argent facile, sans contrôle. Un peu comme si on donnait les clés de la maison à un braqueur. On a dévalisé la banque avec l'accord des directions de club, qui ont accordé des commissions et des contrats exubérants, certains en en bénéficiant dans le dos de leurs propriétaires, d'autres par simple paresse", scande l'avocat.

"L'arrivée dans le monde du football du private equity est le signal d'un changement par rapport à cette culture d'industrie malsaine."
Sébastien Ledure
Avocat

Sébastien Ledure voit cependant un motif d'espoir. "L'arrivée dans le monde du football du private equity est le signal d'un changement par rapport à cette culture d'industrie malsaine. Le private equity aime la prévisibilité. Ce sont des gens qui travaillent sur les datas et veulent réduire les commissionnements. De plus en plus de présidents n'acceptent plus ces comportements", indique l'avocat.

"La banque doit encore exploser"

"Le dossier de la vente d'Anderlecht n'est que le sommet émergé de l'iceberg. La justice a très bien travaillé, mais la banque doit encore exploser", lance Jos Verschueren, enseignant à la VUB et fondateur de l'International Football Business Institute, qui considère que de nombreux dirigeants du football belge, pourtant grands industriels pour la plupart, ont perdu tout sens commun.

Un point également soulevé par son collègue et ami Jean-Michel De Waele. "Depuis longtemps, les dirigeants du foot se croient tout permis et perdent un peu le contact avec la réalité de la société. Au stade, ils rencontrent des gens du monde des médias, de la politique, de la finance, et finissent par se sentir 'à l'abri'. C'est ainsi que des clubs comme le Standard ou Anderlecht ont été extrêmement mal gérés. Dans n’importe quelle entreprise privée, un conseil d'administration et des actionnaires demanderaient ce qui se passe."

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