portrait

Simon Gougnard, le hockeyeur jamais rassasié

Le Red Lion vit pour le hockey. Indispensable dans son quotidien, le sport au stick ne lui suffit pourtant pas. En parallèle, le joueur est également consultant pour Deloitte et vient de terminer une formation de codage. Depuis deux semaines, il a également lancé sa propre start-up StrongBox.

Les hockeyeurs belges de division d’honneur ont le sourire. Après une pause forcée d’un peu plus d’un mois, le retour sur les terrains synthétiques est prévu ce dimanche. Simon Gougnard doit être particulièrement content. Hockeyeur pro depuis des années, il passe une bonne partie de sa vie avec un stick entre les mains. Joueur de Louvain, il arbore fièrement le maillot rouge des Red Lions depuis onze ans. La grosse décennie à défendre les couleurs de son pays lui a permis de ramener à la maison de chouettes souvenirs, dont une médaille d’argent des Jeux olympiques de Rio et une autre en or, glanée à la Coupe du Monde en 2018. Forcément, pour obtenir de tels résultats, le joueur de 29 ans passe un paquet d’heures sur le terrain. "Pour le moment, j’ai trois entraînements en club et quatre sessions avec l’équipe nationale par semaine", détaille Simon Gougnard.

"Même si c’est le cas actuellement, je n’ai jamais vu le hockey comme l’activité qui allait me faire gagner ma vie."
Simon Gougnard
Red Lion et entrepreneur

Largement suffisant pour remplir une bonne partie de l’agenda. Assez aussi pour vivre de sa passion. Avec ce que lui paye son club de Louvain et ce que lui défraye la fédération belge, le hockeyeur est un pro et pourrait se contenter de sa situation. Au moins pour le moment. Mais en pratique, le joueur a un peu de mal à se limiter à jouer avec une balle. "Je ne sais pas rester à faire que du sport. Même si c’est le cas actuellement, je n’ai jamais vu le hockey comme l’activité qui allait me faire gagner ma vie. J’ai besoin d’être stimulé autrement", explique le jeune homme. Alors, quand un virus a changé ses plans pour l’été, il a dû un peu se réinventer. À la base, il avait prévu avec ses potes Tom Boon, Vincent Vanasch et les autres de passer une partie de l’été à Tokyo. Il comptait ramener de sa petite escapade un peu d’or à enfiler autour du cou. Le destin fut légèrement différent et le rendez-vous reporté d’un an. "Je me suis retrouvé avec un planning allégé du jour au lendemain et plus grand-chose à faire."

Consultant codeur

Quand ce genre de situation arrive, il a habituellement un plan B. "Depuis deux ans, je suis consultant pour Deloitte en CDI. Je suis diplômé de la Louvain School of Management. Cela m’a pris huit ans pour terminer mes études et continuer l’équipe nationale en parallèle. Mais j’y suis arrivé", rigole le joueur. Le contrat avec son employeur est clair: il peut prendre autant de congés sans solde qu’il le souhaite mais quand il est là, c’est à 100%, comme n’importe quel employé. Actuellement, consultant Gougnard est donc encore un petit nouveau en termes d’heures prestées. "Depuis mon engagement, j’ai eu seulement deux fois trois mois de libres. Je n’ai donc que deux missions à mon actif", glisse-t-il. La troisième ne sera pas pour tout de suite. Bien que le report des JO ait diminué sa charge d’entraînements, plusieurs séances étaient encore prévues. Impossible donc de ressortir le costume. "Je me suis demandé ce que je pouvais faire." Ce sera du codage. Et pas n’importe où. Simon Gougnard s’inscrit à la formation réputée du Wagon qui permet, après neuf semaines intensives, d’acquérir les bases de l’art informatique. "Je n’avais pas de projet spécifique derrière si ce n’était continuer à apprendre", concède le joueur, qui durant trois mois, a enchaîné les cours à distance et les devoirs à la maison. "Nous avons juste pu faire la dernière semaine en présentiel, au moment du relâchement après la première vague."

Un diplôme et des compétences de plus en poche, le premier confinement aura au moins servi à acquérir ça. Alors que ses habitudes de hockeyeur reprenaient plus ou moins leurs droits, la deuxième vague a ramené une nouvelle fois le joueur un plus souvent que la normale à la maison. "La situation est différente avec, cette fois encore, un gros programme en équipe nationale et en club. Mais j’ai quand même plus de temps. Puis la vie sociale en ce moment, ce n’est plus trop ça", sourit le sportif.  Cette fois, ce sera donc l’entrepreneuriat. Depuis quelques mois, le hockeyeur planche avec son associé Valentin Pliester sur le développement sa propre marque, StrongBox. En collaboration avec Decathlon et les marques belges de vitamines et de granolas Solidpharma et Great Granola, il développe des boxes saines pour les employés. "Le confinement a bloqué les gens chez eux. La fermeture des salles de sport et le travail à la maison ont chamboulé les habitudes. L’idée est donc de venir en aide aux gens." Outre des aliments et des compléments sains, la start-up propose des équipements (élastique de tension, sangle de suspension, tapis de yoga, corde à sauter…) afin de faire du sport à la maison. Histoire d’utiliser le tout correctement, l’Olympien a développé un site avec des vidéos de lui et de l’athlète Cynthia Bolingo, expliquant les exercices. "Il y en a cinquante avec trois niveaux de difficulté. Ce sont des exercices que je fais moi-même dans mon programme avec l’équipe nationale", assure le joueur.

StrongBox, rentable d’ici quelques mois

Après seulement deux semaines de commercialisation, l’entrepreneur en herbe s’installe plutôt bien dans son nouveau rôle. "Nous visons en priorité le BtoB. Depuis début novembre, on a déjà vendu plus de 1.000 boxes (dont le prix affiché sur le site est de 55 euros) auprès de plusieurs grandes entreprises belges. Les sociétés trouvent l’idée intéressante pour de l’onboarding, des cadeaux d’entreprise ou simplement pour motiver leurs employés", explique le patron. Un début prometteur et qui devrait rapidement confirmer le véritable intérêt du marché. "On a d’excellents retours. Je suis en train de négocier avec plusieurs autres grandes sociétés", sourit le hockeyeur, en passe de déjà passer dans la catégorie au-dessus. Les négociations les plus intéressantes se font déjà pour des commandes de 250, 500 et même 1000 boxes. "Si on continue à un tel rythme, nous serons à l’équilibre dans les deux-trois mois", explique le joueur qui a déjà vu des investisseurs s’intéresser à son projet.

"Si on continue à un tel rythme, nous serons à l’équilibre dans les deux-trois mois."
Simon Gougnard

Les prochaines semaines s’annoncent donc chargées. "Le hockey reste la priorité, mais cela occupe pas mal mes temps libres. C’est plutôt un problème de luxe." Le joueur n’est d’ailleurs pas très regardant sur les heures. "Mes horaires d’entrainement en équipe nationale changent tout le temps. Pour moi, un mercredi ou un dimanche, c’est pareil, je ne fais pas la différence. J’aime ce que je fais donc je n’ai pas vraiment l’impression de travailler", explique le joueur. "Nous avons un stage avec l’équipe nationale en Afrique du Sud en janvier pendant 20 jours. Je pourrais passer mon temps libre à regarder des séries, mais ça ne m’intéresse pas vraiment. Je préfère prendre mes affaires pour pouvoir travailler entre les séances."

Red Lion connection

Cela sera d’ailleurs peut-être aussi l’occasion de faire un brainstorming avec ses coéquipiers nationaux. Lorsqu’il s’interroge sur l’une ou l’autre décision à prendre, il n’est pas rare qu’il aille piquer l’un ou l’autre conseil directement dans les vestiaires. "On est beaucoup à avoir lancé notre projet en parallèle du hockey. Gauthier Boccard, Tom Boon – et je suis sûr que j’en oublie – ont lancé des projets directement dans le hockey. L’ex-Red Lion Jérôme Truyens a, lui, lancé la plateforme de crowdfunding Rising Track. Tanguy Cosyns a développé sa marque de vêtements. J’échange beaucoup avec lui", nous partage le patron.

À peine lancé dans son projet, le sportif a déjà d’ailleurs d’autres ambitions. "J’aimerais élargir la gamme de services proposés en développant une app avec des conseils plus larges sur le bien-être." Jamais rassasié.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés