Un Belge aux portes de l'élite du football américain

©rv

À 21 ans, Sylvain Yondjouen est l’un des rares Européens à s’illustrer en College League, l’antichambre du championnat national de football américain. Il lui reste encore trois ans pour briller avec son équipe de Georgia Tech et espérer se faire une place au sein de la prestigieuse National Football League.

Lundi matin s’annonce compliqué pour les fans du ballon ovale. Pour les supporters belges de football américain, il faudra dégager quatre bonnes heures dans la nuit de dimanche pour assister à la finale de la NFL (National Football League). Le traditionnel Superbowl verra cette année s’affronter les "Chiefs de Kansas City" aux "49ers de San Francisco". Comme le veut désormais la tradition, il sera question de très très gros chiffres. L’année passée, les retombées économiques attendues pour la ville hôte se chiffraient à 350 millions de dollars, les annonceurs avaient, eux, déboursé cinq millions d’euros pour diffuser un spot de 30 secondes, regardé par 100 millions de fans. La démesure est devenue un classique pour le sport made in USA.

Le "Superbowl" au Mercedes-Benz-Stadium en février 2019 ©REUTERS

Depuis un an et demi, un Belge espère bien y toucher un jour. Sylvain Yondjouen est un "linebacker" de 21 ans. La NFL, il la connaît plutôt bien. Comme supporter pour le moment, comme joueur peut-être dans les années à venir. Il y a quelques mois, le Bruxellois a même touché indirectement au sommet du football US. Installé à Atlanta pour ses études, il a eu l’occasion de jouer un match dans le Mercedes-Benz Stadium, qui a accueilli le Superbowl l’année dernière. "C’était incroyable", explique celui qui supportera les Chiefs ce dimanche. Le rendez-vous n’était pas une simple rencontre amicale mais un match de préparation pour deux équipes avec un sacré potentiel.

Depuis janvier 2019, Sylvain défend les couleurs de Georgia Tech. La prestigieuse université est réputée pour son niveau scolaire, mais aussi sa faculté à enchaîner les touchdowns. L’université évolue actuellement en D1 en College League.

Démesure américaine

"Lors du dernier match de la saison contre l’université rivale, le stade de 55.000 places était complet."
Sylvain Yondjouen
Joueur de football américain en college league

Anecdotiques sous nos latitudes, les championnats sportifs universitaires (football, basket, baseball…) sont aux Etats-Unis l’antichambre des ligues nationales comme la NBA et la NFL. Viviers principaux de l’élite de demain, la démesure y est aussi bien présente. Petit exemple: le stade universitaire de Georgia Tech compte 55.000 places. À titre de comparaison, notre bon vieux stade national peine tout juste à dépasser les 50.000 places.

"L’affluence dépend des matchs. En général, on compte 20 à 30.000 supporters mais pour les derbys, c’est beaucoup plus. Lors du dernier match de la saison contre l’université rivale, le stade était complet, explique Sylvain Yondjouen. Tous les matchs sont également filmés et retransmis en streaming. Les plus grosses affiches sont diffusées à la télévision. J’ai des amis qui ont déjà vu l’un de mes matches depuis Liège", sourit le joueur qui, forcément, a de quoi avoir des étoiles dans les yeux au moment d’enfiler son casque. "Cela change des matches aux Brussels Black Angels où il y a vingt supporters", rigole-t-il.

"Comme pour beaucoup de monde, c’était pour moi juste un sport où on se rentre bêtement dedans."
Sylvain Yondjouen
Joueur de football américain en college league

C’est là-bas que son histoire avec le sport a commencé. Il y a seulement cinq ans. Être le prochain Tom Brady n’était pas vraiment un rêve d’enfant. Jusqu’à ses 16 ans, le jeune homme n’avait d’ailleurs jamais entendu parler de "sack" ou de "down". Il était plutôt un fan de "soccer", comme il le dit lui-même à l’anglaise, sans s’en rendre compte. "J’aimais beaucoup, mais je me suis retrouvé sans équipe. J’ai donc cherché un autre sport. Un ami m’a proposé d’essayer le football et je l’ai accompagné à un entraînement. Avant cela, je ne connaissais absolument pas. Comme pour beaucoup de monde, c’était pour moi juste un sport où on se rentre bêtement dedans. C’est tout sauf ça", sourit-il.

Ses débuts se passent très bien. "J’ai d’abord joué en jeune avant de commencer avec l’équipe première à 17 ans. J’ai ensuite été repris en équipe nationale", retrace le jeune homme. Lors d’un match avec la Belgique, il est repéré et invité à prendre part à un premier camp, rassemblant les joueurs européens avec le meilleur potentiel.

Tom Brady, le joueur le plus titré de l'histoire de la NFL ©AFP

Il s’en suit alors une succession de stages au pays de l’oncle Sam. "C’était très intense, le but était de présenter les meilleurs joueurs européens. Comme je jouais depuis peu, j’espérais juste avoir une proposition d’une université que j’aurais acceptée", explique Sylvain. Il en recevra finalement douze et optera donc pour Georgia Tech. "J’avais la possibilité de rejoindre les Arizona Wildcats, mais j’ai préféré Georgia Tech dont la réputation des études est meilleure", souffle le joueur, qui étudie le "business". Sylvain est aujourd’hui le seul joueur européen de son équipe. "Il y a quelques Français et Allemands dans d’autres équipes. Un Belge joue également à Thompson (au Canada)", explique encore le jeune joueur.

Arrivé il y a plus d’un an, Sylvain n’a pour le moment joué qu’une dizaine de matchs officiels. Une situation qui s’explique par le calendrier très court de la discipline. Le championnat débute en septembre pour se terminer en décembre. Les neuf premiers mois de l’année servent uniquement à la préparation des quelques semaines de compétitions. Pour l’heure, Sylvain n’a donc participé qu’à une seule saison. "Je n’ai pas joué le premier match, mais j’ai rapidement pu me faire une place. Je suis monté au jeu au 2e et 3e match, à quatre reprises. Le quatrième match, j’ai joué sept phases et au suivant, 36. J’ai ensuite été plusieurs fois titulaire", détaille le défenseur.

Contrat rêvé

Le contrat qu’il a signé fait rêver plus d’un enfant américain. Son université prend tout en charge. Durant l’intégralité de ses études, soit quatre ans, ses frais scolaires, son logement et même sa nourriture sont payés par Georgia Tech. "Si je me blesse et que je ne joue pas de toute la saison, j’ai la possibilité de prolonger d’un an mon contrat", explique encore Sylvain. L’encadrement sportif est des plus pros. Le suivi scolaire aussi. Le National Collegiate Athletic Association (NCAA), qui encadre les championnats universitaires, exige que les sportifs aient la moyenne pour pouvoir être alignés sur les terrains. Les universités mettent donc les moyens pour s’assurer que leurs protégés assurent aussi sur les bancs scolaires. "Nous avons notamment un advisor qui nous suit constamment. Après mes cours, je dois aller étudier dans son bureau et il y a un suivi constant de mes notes", assure encore le jeune homme.

"On s’entraîne tous les jours, environ dix à quinze heures par semaine."
Sylvain Yondjouen
Joueur de football américain en college league

Les journées de l’athlète sont plutôt longues avec des entraînements qui débutent parfois à 6h30 du matin. "On s’entraîne tous les jours, environ dix à quinze heures par semaine, soit sur le terrain soit à la salle. Le match se déroule le samedi et on a aussi un entraînement le dimanche", assure Sylvain. Bien que sa passion pour le sport soit arrivée sur le tard, Sylvain espère désormais pouvoir un jour rejoindre l’élite. "Mais je sais que cela sera compliqué. C’est pourquoi je voulais aussi une université réputée." L’année dernière, aucun joueur de Georgia Tech n’a été repris en NFL. Selon les statistiques de la NCAA, sur les quelque 16.000 joueurs universitaires éligibles, 255 rejoindront effectivement la NFL, soit un peu moins de 1,6%. Il serait le deuxième Belge à y parvenir dans l’histoire.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés