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Vincent Kompany, un "prince" dans un club aux comptes défaits

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Vincent Kompany se lance à la rescousse du club de football d’Anderlecht. Mais en coulisses, on attend un accord pour sauver le club d’un naufrage financier.

"Opération Omaha Beach". Dans son entourage, Vincent Kompany compare son retour à Anderlecht à la mi-2019 au débarquement des Alliés en Normandie. Pour Kompany, la remontée d’Anderlecht exige autant d’efforts et de persévérance que le "jour le plus long".

Pour arriver à ses fins, malgré une entrée en jeu peu encourageante en tant que joueur-manager, poussé par une ambition démesurée, le nouveau prince du Parc Astrid a écarté sans le moindre état d’âme son prédécesseur, Frank Vercauteren. Ce fut pour ce dernier une deuxième sortie douloureuse en tant que coach, appelé à la rescousse en octobre de l’an dernier pour tenter de remédier à un début de saison catastrophique.

Les Vanden Stock laissent le club dans un état comparable à celui d’un château en ruines appartenant à une noblesse désargentée.

La nomination de Kompany est un nouvel épisode de la révolution de palais mauve et blanche. Une réplique de plus qui montre à quel point il est difficile de mettre de l’ordre dans le club après le départ des anciens patrons. Le clan Vanden Stock avait géré le RSCA pendant des décennies, avec l’aura d’une maison royale pleine d’intrigues. Les Vanden Stock ont réussi sur le plan sportif mais ont laissé le club dans un état comparable à celui d’un château en ruines appartenant à une noblesse désargentée. Le nouveau propriétaire Marc Coucke l’a découvert en nettoyant les placards et les armoires.

Luttes de pouvoir

Coucke a dû s'incliner mais il n’a pas eu d’autre choix. Kompany emmène dans son sillage le spécialiste des médias Wouter Vandenhaute, reconverti en entrepreneur sportif, et son bras droit Karel Van Eetvelt. Dans une lutte de pouvoir interne – où Kompany a menacé de quitter à nouveau le club pour devenir assistant-coach de Pep Guardiola, le célèbre entraîneur de son ancien autre grand amour Manchester City – de nouvelles nominations ont suivi.

Wouter Vandenhaute a remplacé Coucke au poste de président. Michael Verschueren, le fils du légendaire manager du club Michel Verschueren, a une nouvelle fois été éjecté de la direction. La dernière pièce sur cet échiquier en perpétuel mouvement est Kompany. Il a remisé ses chaussures à crampons pour reprendre en main la direction sportive. Il sera assisté par Peter Verbeke, de l’écurie Vandenhaute, qui devient chef de la gestion des transferts et du "scouting".

Selon nos sources, on peut déceler un fil rouge dans tous ces changements. Les clubs à succès, à l’ère de l’entertainment – qui déverse un déluge de cash sur le sport – ne sont plus gérés via un débat ouvert au conseil d’administration. Le modèle actuel consiste en une mini-chambre du conseil dirigée par des despotes éclairés qui font régulièrement rapport à un conseil d’administration. L’intention, c’est que le triumvirat Vandenhaute-Van Eetvelt-Kompany crée la nouvelle junte mauve et blanche.

Faillite virtuelle

Cela ne se fait pas sans coup férir. L’ancien régime a été relégué à l’arrière-plan, mais n’a pas été entièrement expulsé. Une partie du projet Vandenhaute/Kompany porte sur le sauvetage financier du club. L’ancien club champion n’était déjà pas très florissant avant la crise du coronavirus – avec des pertes record de 27 millions d’euros pour la saison 2018-2019 – et depuis le passage de la pandémie, il est virtuellement en faillite. Anderlecht a bien réussi à sauver son bilan en se libérant de contrats portant sur des millions pour des joueurs à rendement nul, mais malgré tout, le club vit encore très au-dessus de ses moyens.

Entre Marc Coucke et Karel Van Eetvelt (à droite), notamment, la lutte pour le pouvoir est intense. ©Photo News

Le club d’Anderlecht ne survit que grâce aux larges épaules financières de Marc Coucke. L’objectif du plan de sauvetage est de combler le trou financier en effaçant 50 millions d’euros de dettes, et ensuite d’injecter 20 millions d’euros d’argent frais dans le club. Cet argent doit venir des actionnaires actuels et de la paire Vandenhaute-Kompany. Cette transaction aurait pour avantage d’ancrer financièrement le duo dans le club – on parle de 3% des actions pour chacun d’eux.

Le problème c’est que les nouveaux patrons et l’ancien régime (avec le capitaine d’industrie Etienne Davignon en tant que porte-parole) n’ont pas réussi à trouver un accord définitif lors d’un conseil d’administration qui s’est tenu pendant l’été. Les actionnaires historiques gravitant autour des familles Vanden Stock, Verschueren, Van Damme, Davignon, ainsi que le président du géant de la construction Besix, Johan Beerlandt, disposent encore d’une minorité de blocage de 26%. Conséquence directe de l’assainissement financier: leurs actions se trouveraient diluées. Tout le monde ne semble pas convaincu que la partie est gagnée.

Un compromis temporaire serait qu’Anderlecht soit maintenu à flot via des crédits. Cela permettrait certes de régler le problème à court terme – cet argent permettant d’assurer le fonctionnement opérationnel du club – mais structurellement, cela ne résoudrait pas grand-chose, car les crédits ne feraient qu’alourdir la dette. L’objectif est de trancher après l’été. Depuis lors, le dossier n’évolue pas, selon nos sources. Ce n’est qu’alors que la nomination de Wouter Vandenhaute en tant que président pourra être officiellement actée. Entre-temps Marc Coucke en tant que principal actionnaire garde son mot à dire. Il est loin d’être hors jeu.

©Mediafin

Les hommes de Vince

Mais Kompany ne reste pas les bras croisés et continue à renforcer sa mainmise sur le club. Le nouveau directeur de la communication Tim Borguet a travaillé pour l’agence de publicité Boondoggle, un des anciens actionnaires de la maison de production de Kompany, Bonka Circus. Lors de la Coupe du Monde de 2014, Boondoggle et Borguet ont joué un rôle crucial en tant que conseillers dans la machine de promotion de Kompany et des Diables Rouges. Dans le sillage de Borguet a suivi Brecht Vaes – un ancien de Studio Brussel. Sa mission actuelle consiste à aider Anderlecht à se transformer en canal médiatique actif 24/7 pour les sponsors et les fans. Dans la révolution en ligne, le RSCA tente de rattraper son rival, le Club de Bruges.

Kompany et son partenaire Klaas Gaublomme, co-fondateur de Bonka, ont recruté au sein de leur réseau. Damian Roden, Performance Manager, Craig Bellamy, le coach des U21 (espoirs), et l’analyste de data Lee Mooney ont tous un passé au sein de Manchester City, le club anglais où Kompany a joué pendant 11 ans. L’analyste de vidéos Kevin Reid vient lui aussi d’Angleterre, à savoir d’Everton.

"Data Ninja" Mooney n’est pas un simple membre du personnel. Kompany possède avec lui au Royaume-Uni la petite entreprise Mud Analytics, qui a absorbé la société de Kompany spécialisée en consulting footballistique, Football Centrix. Au plan privé, Kompany surfe sur la vague de l’industrie en forte croissance des services connexes du football – du marketing aux services juridiques et à la planification patrimoniale, en passant par les spécialistes en data et en informatique. Cette évolution est la conséquence de la commercialisation qui se traduit par une plus grande spécialisation et davantage de professionnalisme (pour le dire simplement: le cash attire du nouveau business).

Business angel

Dans ce contexte, Kompany se positionne également comme un "business angel" (investisseur à risque). Il a investi dans la start-up britannique Rezzil de Manchester qui, grâce à des lunettes et des capteurs de réalité virtuelle, permet de simuler un terrain d’entraînement pour les footballeurs dans leur propre salon. Objectif: leur permettre d’améliorer leur vitesse de réaction et leur précision. Pendant le confinement, Rezzil a bénéficié de beaucoup d’attention de la part des médias en tant que solution alternative aux entraînements.

Fin stratège, Wouter Vandehaute sortira gagnant à tous les coups. ©BELGA

Ces activités connexes et cette relation particulière qu’entretient Kompany avec Manchester City suscitent malgré tout une certaine méfiance à Anderlecht. En particulier maintenant que Manchester City a acquis une tête de pont belge avec le club de second rang, Lommel. Autour de Kompany gravite désormais tout un écosystème possédant les germes d’un véritable empire footballistique, avec son réseau de coaches, de "scouts" et d’analystes, pouvant servir de back-up. Avec son club BX Brussels, Kompany a également un pied solidement implanté dans le plus grand incubateur européen de jeunes talents du foot. La grande région autour de notre capitale a par ailleurs été découverte en partie grâce à la carrière de Kompany et est aujourd’hui considérée comme un vivier de recrutement pour les grands clubs étrangers, à mi-chemin entre les hotspots de graines de talents que sont Paris et la Randstad aux Pays-Bas.

Si Kompany est aujourd’hui intouchable, son crédit n’est pas infini. Un homme se tient tapi dans l’ombre. Wouter Vandenhaute, avec sa réputation de fin stratège, ne peut pas vraiment perdre. Si le "projet Kompany" réussit, sa vision stratégique sera une nouvelle fois saluée et c’est à lui que reviendra le mérite d’avoir placé enfin tous les pions à la bonne place. Si le projet échoue, Kompany sera sacrifié. Pas lui. Pour Vince, c’est du quitte ou double.

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