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Zanardi, le miraculé face au défi des 24h de Spa

Après son accident de 2001 qui lui a coûté deux jambes, Alessandro Zanardi a forcé le respect en atteignant de nouveaux sommets. Sa philosophie de vie peut s’appliquer bien au-delà des circuits.

Devant un parterre d’invités au siège de BMW à Munich en mars dernier, il plaisantait: "Les médecins m’ont donné tellement de sang allemand qu’ils auraient aussi dû me donner un passeport." Alessandro Zanardi est un miraculé, ce genre de sportif terrassé par la vie, qui s’est relevé et qui provoque aujourd’hui la sympathie partout où il passe. C’est donc par une belle salve d’applaudissements que son annonce de participation aux 24h de Spa a été accueillie. "J’espère que vous m’applaudirez aussi après la course", répondait celui qui a fait de la persévérance dans la bonne humeur une marque de fabrique.

"On ne peut pas conquérir le monde en un seul jour, mais on peut arriver à le transformer dans un objectif. C’est ce que je fais au quotidien et pas seulement pour rouler dans une BMW mais aussi dans mon lit d’hôpital quand je me suis retrouvé sans jambes."

L’histoire de ce pilote a basculé un 15 septembre 2001 en Allemagne, 4 jours après les attentats du 11 septembre, lors d’une course de Lausitzring qui avait failli être annulée. Victime d’un terrible accident dans son Indy Car, Zanardi perd ses deux jambes. Une catastrophe qui paradoxalement semble avoir transcendé le pilote. Il n’en a d’ailleurs jamais voulu à la discipline automobile. "Tous les jours dans la rue, beaucoup de gens prennent des risques. Ils tapent au téléphone au volant et ne prêtent pas une attention suffisante à la route. Ils ont davantage de chance que moi. J’ai eu un moment de malchance. Ça peut arriver, c’est la vie", nous expliquait-il à Munich.

"Quand j’étais dans mon lit d’hôpital, j’ai été capable de voir une opportunité de continuer ma vie", dit-il. La suite est remarquable. Mécontent de ses prothèses, il s’en fait construire des personnalisées. Dès 2003, avec ses prothèses et une voiture, elle aussi personnalisée, il est de retour sur les circuits. Fini l’époque de la F1 et de l’Indy Car, c’est au Championnat du monde des voitures de tourisme (WTCC) qu’il s’illustre désormais. C’est aussi le début d’un partenariat parti pour durer avec la firme BMW.

Marathonien vélocimane

©bmw

En 2009, il raccroche le WTCC. Depuis 2007, il s’était déjà lancé un nouveau défi de taille. Il était sur la grille de départ du marathon de New York en Handcycle (ou Vélocimane) où il finira quatrième. Une discipline dans laquelle il excellera rapidement. Vainqueur de plusieurs marathons sur vélo actionné à l’aide de ses bras, Zanardi finira par gagner le même marathon de New York en 2011, suivi d’une médaille d’or aux Jeux paralympiques de 2012. De quoi parfaire la légende d’un homme déjà fort connu des amateurs de sports automobiles avant son accident.

Une légende qui sera au départ des 24h de Spa, un événement qui débute dès mardi. Les qualifications seront pour jeudi et la course pour samedi. Comme à chaque fois avec Zanardi depuis son accident, son challenge personnel va de pair avec un challenge technique. Il aura fallu adapter la BMW Z4 pour lui et deux autres pilotes, le Canadien Bruno Spengler et l’Allemand Timo Glock. "Il y a quelques mois c’était encore un rêve et aujourd’hui c’est une réalité", dit Zanardi.

Le défi aura été de faire coexister un type de conduite classique avec un type de conduite personnalisé pour Zanardi car dans la voiture de l’Italien, le pied artificiel est certes lié à la pédale de frein, mais tout le reste se fait au volant. "C’est difficile de développer des mécanismes qui permettent d’aller aussi loin avec la voiture", dit Zanardi. "Normalement, quand vous choisissez vos trois pilotes, vous essayez de faire en sorte qu’ils soient de la même taille. Ici, il ne fallait que deux pilotes de la même taille car ma taille est ajustable", plaisantait-il à Munich.

Fin juin, l’équipe de pilotes testait les équipements au circuit de Le Castelet pour les 6h de Paul Ricard. Une course pendant laquelle ils auront pu tester le changement de pilote et de système de conduite en conditions réelles. Une fuite dans le véhicule aura contraint l’équipe à stopper la course avant son terme.

Rien de grave car le but était de voir si l’exercice était réalisable et de l’avis des trois pilotes, c’est clairement le cas. Ils témoignent d’ailleurs d’une très bonne ambiance dans leur "team".

Le pilote philosophe

Zanardi n’est certainement pas étranger à cette atmosphère. Sa bonne humeur et sa faculté d’atteindre des nouveaux sommets dans l’adversité forcent le respect. Alessandro Zanardi est au fil des ans devenu une sorte de pilote philosophe et quand on le croise, on lui pose au moins autant de questions sur son développement personnel que sur ses performances. Nous nous sommes même prêtés au jeu et lui avons demandé quelle leçon son expérience pourrait-elle enseigner au monde économique.

©bmw

"On ne peut pas conquérir le monde en un seul jour, mais on peut arriver à le transformer dans un objectif. C’est ce que je fais au quotidien et pas seulement pour participer aux Jeux Olympiques ou rouler dans une BMW, mais aussi dans mon lit d’hôpital quand je me suis retrouvé sans mes jambes pour retourner à ma vie. Mon objectif, c’était de récupérer ma vie et c’était avec le même enthousiasme. Ce que j’ai fait ce jour-là, c’est très similaire avec les choses que je fais aujourd’hui", nous répond-il le plus naturellement du monde, une philosophie de vie qui peut, selon lui, "très bien s’appliquer aux difficultés économiques que les gens rencontrent".

Ou la preuve que dans la vie, sur les circuits ou dans les affaires, tout est finalement une question de perception.

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