Après les chirurgiens, 3D-Side vise les producteurs de prothèses

©Emy Elleboog

La start-up wallonne 3D-Side a fait de l’impression 3D sa spécialité. Avec notamment ses prothèses pour le crâne, l’entreprise est aujourd’hui bien installée dans les blocs opératoires. Déjà rentable trois ans après sa création, l’entreprise s’attaque désormais aux producteurs de prothèses grâce à un logiciel.

Présentée comme l’une des principales innovations de ces dernières années, l’impression 3D s’installe timidement dans le quotidien des entreprises. La technologie s’invite aussi dans des milieux plus inattendus comme dans les salles d’opérations. Cette petite révolution, on la doit notamment à 3D-Side, une start-up installée à Mont-Saint-Guibert. Fondée par deux ingénieurs, cette jeune pousse d’une quinzaine de travailleurs utilise l’impression 3D pour réaliser d’une part, des prothèses crâniennes et de l’autre, une technologie permettant de découper avec précision des tumeurs osseuses. Rien que ça.

Deux activités des plus pointues menées de front depuis 2015, grâce à Laurent Paul et Khanh Tran Duy, les fondateurs de l’entreprise. Les hommes ne sont pas que des entrepreneurs. Ils sont surtout tous les deux docteurs en ingénierie mécanique. Ils avaient d’abord lancé chacun leur propre spin-off avant de mettre en commun leur savoir. "On se croisait régulièrement en bloc opératoire. En discutant, on a rapidement compris que nos activités étaient complémentaires et que nous avions tout intérêt à travailler ensemble", explique Khanh Tran Duy.

Une intuition qui s’avérera rapidement payante. Après seulement quelques années, les innovations mises en place par 3D-Side sont déjà bien installées dans les blocs opératoires. "Aujourd’hui, en combinant les deux activités, nous sommes à environ 600 opérations réalisées", précise Laurent Paul. Les chirurgiens ne sont d’ailleurs plus les seuls à être convaincus.

Après s’être lancée sur fonds propres et grâce à des prêts classiques, 3D-Side peut désormais compter sur le soutien d’investisseurs externes, dont Guido Van der Schueren (président du CA de Global Graphics) et Inventures II SDG Growth. L’année dernière, la start-up a ainsi levé trois millions d’euros avec le support de Jean-Marc Legrand, le CEO de TheClubDeal. De quoi financer une expansion internationale mais pas seulement.

Nouvelle activité

Aujourd’hui, l’activité de la start-up est rentable. La plupart des entrepreneurs se serait assez logiquement contentée de ce succès naissant. Mais les deux patrons ont déjà en tête une nouvelle idée de business.

Afin d’assurer le suivi de A à Z de leurs produits, ils ont mis en place un logiciel. "Il permet de tout centraliser sur une même plateforme. Toutes les infos sur les dispositifs médicaux sont accessibles et peuvent être discutées par tous les acteurs qui interviennent dans l’opération", détaille Laurent Paul.

D’abord développé comme simple outil d’utilisation pour leurs propres produits, le logiciel suscite désormais l’intérêt sur le marché. "Il faut dire que pour le moment, il n’existe rien de comparable, ce qui nous a surpris à nos débuts. Lorsqu’ils devaient communiquer sur des retouches à faire, les ingénieurs et les chirurgiens parlaient par mail ou Skype, en s’appuyant sur des captures d’écran", explique Khanh Tran Duy.

Les trois millions récemment levés permettront donc aussi de finaliser le logiciel. "Il faut notamment passer par un système de certification pour pouvoir le commercialiser. Nous espérons pouvoir distribuer le logiciel à partir de Q2 2019", ajoute Laurent Paul.

Collaborer avec la concurrence

Les fondateurs de 3D-Side nourrissent de belles ambitions pour cette nouvelle activité. "Cela pourrait d’ailleurs devenir notre principale activité dans les années à venir", assure Khanh Tran Duy. Les clients potentiels? Les producteurs d’implants, autrement dit, leurs concurrents sur leur premier business. Une situation a priori paradoxale mais qui ne pose pas de problème aux deux fondateurs. "Le potentiel sur ce marché est bien plus important que sur celui de la production. Le manque est tel, qu’on peut viser directement les très grands groupes. Nous sommes déjà en discussion avec le numéro six mondial", confirme Laurent Paul.

S’il est fort probable que le logiciel devienne donc la priorité, la production actuelle gardera néanmoins une place dans l’activité de l’entreprise. "D’abord parce que c’est cet aspect qui nous fait gagner de l’argent aujourd’hui. Mais surtout car cela nous permet d’avoir un regard concret sur le besoin des acteurs sur le marché", précise encore Khanh Tran Duy. Un goût prononcé pour la diversité qui pourrait bien ne pas s’arrêter là. "On va sans doute attendre le deuxième break-even pour se lancer mais on a encore pleins d’idées", sourient les fondateurs.

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