analyse

Des Faang qui perdent des plumes

©Filip Ysenbaert

Les investisseurs s’inquiètent des troubles provoqués sur les marchés par les récents déboires de Facebook et Netflix.

Les valeurs technologiques américaines ont donné des sueurs froides aux investisseurs suite à la publication des résultats trimestriels de Facebook  . Le 26 juillet dernier, le titre du réseau social a connu le plus gros plongeon de valeur sur les marchés américains, lâchant 136 milliards de dollars depuis son plus haut historique atteint la séance juste avant son retournement spectaculaire. Les analystes ont observé que le sentiment des investisseurs a changé envers le groupe de grandes capitalisations technologiques, baptisé Faang (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, et Alphabet), alors que depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, ces valeurs ont été les principaux contributeurs de la performance des marchés d’actions américains. Pour certains analystes, comme Michael Hartnett, chez Bank of America, la déroute de Facebook signifie que le pic des Faang est passé, et il recommande désormais à ses clients de parier à la baisse sur ces titres.

"Toute déception sur les abonnés de Netflix devrait amener à de la forte volatilité sur le titre."
Jeffrey Wlodarczak
Analyste chez Pivotal Research

D’autres analystes craignent même un scénario similaire à l’éclatement de la bulle internet à la fin des années 2000. Ils rappellent que les géants technologiques de l’époque, menés par Intel  et Microsoft  , avaient mené la chute des marchés.

Car parmi les géants technologiques actuels, Facebook n’est pas la seule valeur en délicatesse. Le groupe de vidéo à la demande Netflix  voit aussi le cours de son action reculer depuis la publication de ses résultats trimestriels. Mais le titre subit aussi des prises de bénéfices car depuis le début de l’année, il affiche une performance de près de 80%, l’une des meilleures parmi le S&P500, qui a progressé de 5,75% sur la période.

Cas isolés?

Google commence à se faire taper sur les doigts pour sa position dominante sur Internet et sur smartphone. ©REUTERS

Toutefois, les déboires de Facebook et de Netflix en Bourse depuis la publication de leurs résultats trimestriels restent confinés à ces valeurs. Car les autres Faang affichent une belle résistance, en particulier  Amazon et Apple, suite à la publication de leurs résultats trimestriels. Apple  a vu sa capitalisation boursière dépasser 1.000 milliards de dollars pour la première fois de son histoire jeudi dernier en séance. Le groupe à la pomme avait publié mardi, après la clôture des marchés, une hausse de 30% de son bénéfice net pour son exercice fiscal décalé au troisième trimestre à 11,5 milliards de dollars, battant les attentes des analystes, et il s’est montré optimiste pour le reste de l’année.

Le géant du commerce en ligne Amazon  a, par contre, vu son cours se replier depuis la publication de ses résultats. Mais les investisseurs ont toutefois bien accueilli ses chiffres trimestriels, car le groupe a indiqué une hausse de 39% de ses ventes à 52,9 milliards de dollars au deuxième trimestre.

Du côté des analystes, aucun ne conseille de vendre les titres Amazon, ni ceux d’Apple, ni ceux d’Alphabet  , qui a également publié de bons résultats trimestriels le 23 juillet dernier. Par contre, deux analystes conseillent de "vendre" le titre Facebook, et quatre recommandent de "vendre" Netflix. Mais la majorité d’entre eux restent à "acheter" sur Facebook et sur Netflix. Toutefois, Amazon récolte le plus de recommandations à "acheter", 48 au total, parmi les 51 analystes qui suivent la valeur et repris par Bloomberg. Dix parmi les douze analystes qui suivent Alphabet sont à l’achat sur le titre. Les analystes sont plus divisés sur Apple et sur Netflix, en particulier sur ce dernier, car le titre caracole en tête des performances du S&P500 depuis un an. Depuis le 1er juillet 2017, Netflix a progressé de 187% contre 26% pour le S&P500, et 69% pour Apple. De quoi donner le tournis à certains investisseurs.

Un titre Netflix plus volatil

Netflix produit de plus en plus ses propres émissions, plutôt que d'acheter des licences. Une stratégie gagnante? ©REUTERS

Doug Anmuth, analyste chez JPMorgan, reconnaît que "la forte progression du titre Netflix et la magnitude de la déception sur les nouveaux abonnements mettent le titre sous une forte pression après son plongeon" suite aux résultats du groupe. Jeffrey Wlodarczak, analyste chez Pivotal Research Group, souligne un autre problème pour Netflix, celui de la concurrence. "Amazon (et potentiellement Google, Apple et Facebook) pourrait se montrer plus agressif pour la production de vidéos en ligne", relève-t-il dans une note. Mais selon lui, "Amazon est le concurrent le plus sérieux pour Netflix même si leurs politiques de prix permettent leur coexistence".

"Alphabet sera toujours menacé par une action de régulation."
Brian Wieser
Analyste chez Pivotal Research

De plus, "toute nouvelle déception sur les abonnés devrait amener à de la forte volatilité sur le titre" pointe-t-il, en relevant qu’aux Etats-Unis, l’institut Nielsen a constaté que le nombre de consommateurs qui piratent le service Netflix s’élève à 16,5%. Et il observe que les Etats-Unis pourraient mettre en place des taxes supplémentaires pour Netflix alors que les TV payantes traditionnelles ne cessent de perdre des parts de marché, au profit de Netflix.

Laura Martin, analyste chez Needham, partage cet avis sur la volatilité du titre. "La société produit de plus en plus dans ses propres studios, plutôt qu’en utilisant des licences. Ceci apporte du risque, mais aussi un potentiel de hausse pour les dépenses de contenus du groupe", relève-t-elle.

Doug Anmuth estime toutefois que Netflix "va continuer de profiter de la prolifération des appareils connectés à internet et d’une préférence accrue pour la consommation de vidéo à la demande sur internet". Il prédit que d’ici 2021, Netflix devrait compter plus de 200 millions d’abonnements dans le monde.

Facebook pas vaincu

Facebook s'est bien remis de l'affaire Cambridge Analytica. Mais les mises à jour à venir seront un défi. ©REUTERS

Le plongeon spectaculaire du titre Facebook le 26 juillet a convaincu de nombreux analystes qu’une formidable opportunité d’investissement s’est ouverte. Chez JPMorgan, Doug Anmuth pointe dans une note que les résultats du réseau social au deuxième trimestre, "sont décevants, mais surtout remarquables. Nous estimons que Facebook profite de cette opportunité pour diriger les attentes du marché à des niveaux plus acceptables". Car il rappelle que depuis le scandale Cambridge Analytica datant de mars, le titre Facebook a pris 43%, alors que le S&P500 n’a progressé que de 9%.

Deux défis se posent pour Facebook selon l’analyste. "Le changement vers Stories prévu pour l’année prochaine à la place de Feeds comme principal moyen pour les utilisateurs de partager leurs informations avec leurs amis devrait créer un trou d’air à court terme pour la monétisation du réseau social. De plus, Facebook fait actuellement face à des problèmes relatifs aux données et à la vie privée", ajoute-t-il, en relevant qu’en Europe, le réseau social va connaître les premiers impacts de la directive RGPD relative à la protection des données, en termes d’utilisateurs et de monétisation. Et selon lui, cela va amener de l’incertitude qui risque de peser sur le titre. Toutefois, il rappelle que "Facebook est toujours à un stade précoce de sa plateforme de publicité, qui va devenir de plus en plus précieuse pour les annonceurs".

Les analystes de PhillipCapital soulignent, eux, que "Facebook dispose d’une base d’utilisateurs importante. Alors que les marchés émergents deviennent de plus en plus importants pour le réseau social, et que les sociétés de la région dépensent plus d’argent pour s’y promouvoir, nous estimons que Facebook présente un grand potentiel pour monétiser son utilisation  dans le reste du monde", écrivent-ils dans une note. Ils rappellent que le revenu moyen par utilisateur aux Etats-Unis s’élève à 26,26 dollars contre seulement 2,52 dollars en Asie, et 1,85 dollar dans le reste du monde.

Amazon et Alphabet dans le collimateur

Amazon est dans le collimateur de Donald Trump. ©EPA

Si les analystes restent positifs pour Amazon et Alphabet, qui ont tous les deux battus les attentes du marché avec leurs résultats trimestriels, ils s’inquiètent aussi de la tournure des événements à l’égard des deux géants technologiques. Car Amazon fait l’objet d’une attaque du président américain Donald Trump, qui accuse le groupe de Jeff Bezos de faire mourir les commerces traditionnels. Victor Anthony, analyste chez Aegis Capital Corp, souligne dans une note que "Donald Trump pourrait faire adopter des mesures pour contrarier la position dominante d’Amazon", comme un élargissement de la taxe que le groupe paie à tous les Etats américains, alors qu’à présent, il ne s’acquitte de cette taxe que dans trois Etats. L’analyste s’inquiète également de l’impact du Brexit pour le géant du commerce en ligne. Mais Doug Anmuth ne partage pas cet avis. "Le commerce en ligne est encore à un stade précoce aux Etats-Unis, avec 13% des parts de marché des ventes. Nous estimons que celle-ci pourrait atteindre 30% plus tard, et Amazon est bien positionné", relève-t-il.

Dans le cas d’Alphabet, les voix politiques s’élèvent de part et d’autre de l’Atlantique pour dénoncer sa position dominante. Et les amendes commencent à pleuvoir, à l’image de celle de 4,3 milliards d’euros infligée par l’Europe en juin dernier. "Google est devenu tellement grand et tellement dominant dans un nombre de secteurs sur la publicité en ligne que le groupe sera toujours menacé par une action de régulation venant de gouvernements à travers le monde qui voudront plus de concurrence" indique Brian Wieser. Toutefois, l’analyste de Pivotal Research Group estime qu’Alphabet va conserver sa place dominante dans la publicité en ligne.

Un record qui détourne l’attention

Apple reste apprécié des analystes, malgré la baisse des ventes de ses Iphones, dépassés par Huawei. ©AFP

Après le cap symbolique de 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière atteint par Apple, certains analystes ont commencé à revoir leur avis sur la valeur. Le titre suscite le plus d’avis partagés parmi les analystes malgré le fait qu’il ne signe pas la plus forte progression parmi les Faang sur un an (Netflix et Amazon se distinguent). Car les analystes n’ont pas manqué de relever la faiblesse des ventes d’iPhone au deuxième trimestre, alors que le fabricant chinois Huawei a détrôné Apple à la deuxième place des smartphones.

Toutefois, la majorité des analystes restent encore positifs pour Apple. "Les revenus de l’iPhone ont grimpé de 20% malgré un taux de mise à jour à un niveau historiquement bas, et nous pensons que ce taux a touché son niveau le plus bas, ce qui pourrait apporter davantage de soutien au groupe, souligne Walter Pieck, analyste de BTIG dans une note. Or, la croissance dans la recherche et développement a surpassé la croissance des revenus sur 24 des 25 derniers trimestres, ce qui montre la détermination d’Apple à investir dans de nouvelles opportunités." L’analyste relève aussi la volonté du groupe à la pomme de se lancer dans la vidéo à la demande, comme Netflix et Amazon. "Le PDG d’Apple, Tim Cook, a indiqué un projet mené par deux directeurs connus du monde de la télévision que le groupe a recruté l’année passée", rappelle-t-il.

Apple, comme le reste des Faang, va donc continuer à attirer l’attention des investisseurs dans les prochaines semaines. Mais des analystes préviennent que si les inquiétudes sur les géants technologiques persistent, cela pourrait signifier de grands troubles à venir sur les marchés.

La Chine recule

La chute spectaculaire du titre Facebook à Wall Street après la publication de ses résultats a occulté un recul encore plus important de l’action Tencent. Le géant chinois de l’internet a vu son cours chuter de plus de 25% depuis son sommet atteint en janvier. Il a effacé près de 143 milliards de dollars de capitalisation boursière depuis son plus haut niveau, contre 136 milliards de dollars pour Facebook à titre de comparaison.

Le groupe, numéro deux parmi les compagnies chinoises cotées, derrière le site de commerce en ligne Alibaba, inquiète les investisseurs alors que ses résultats du deuxième trimestre sont attendus le 15 août. Les analystes s’inquiètent aussi pour Alibaba et Baidu. Le mois dernier, Tencent a perdu près de 10% et Alibaba 6%. Baidu a limité son recul à 1%.

Les analystes craignent qu’Alibaba déçoivent avec ses chiffres trimestriels prévus le 23 août. "De manière générale, les sociétés internet chinoises connaissent le même problème qu’aux Etats-Unis. Elles ont connu une croissance forte ces dernières années et il leur sera difficile de maintenir le rythme alors que la concurrence fait rage et que certains segments sont saturés" estime Linus Yip, analyste chez First Shanghai Securities à Hong Kong. Onze analystes ont abaissé leur objectif de cours sur Tencent le mois dernier.

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