L'art de retomber sur ses pattes de Google

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Condamné pour un manque de concurrence sur Android, Google propose un système permettant à l’utilisateur de choisir son moteur de recherche parmi quatre propositions. Une solution largement critiquée par la concurrence.

Chez Google, lorsqu’il s’agit de récupérer ses sous, on peut être du genre très créatif. Il y a un an, le géant américain était condamné par la Commission européenne à verser une amende plutôt salée de 4,53 milliards d’euros. Ce qui chipote la Commission, c’est l’omniprésence de Google au sein d’Android, son système d’exploitation, utilisé dans de nombreux smartphones. Outre une lourde amende, la Commission a également prié le géant de trouver un moyen pour laisser l’utilisateur libre de faire appel à d’autres moteurs de recherche.

Les responsables de Google se sont donc creusés les méninges pour trouver une solution permettant de laisser entrer la concurrence, mais sans que cette ouverture de leur chasse gardée ne soit trop douloureuse. La solution imaginée est simple. Google propose d’afficher au premier lancement du smartphone un écran reprenant quatre moteurs de recherche différents. Celui choisi sera alors le paramètre prédéfini pour toutes les prochaines recherches.

Places aux enchères

Bonne nouvelle en perspective pour les Qwant, Bing et autre Yahoo qui se partagent actuellement les miettes d’un marché englouti à environ 90% par Google en Europe. Mais c’était sans compter sur la manière dont l’entreprise américaine voit concrètement les choses. Afin de figurer parmi la fameuse liste de quatre, Google propose à ses concurrents de payer leur place via un système d’enchères. "Une méthode juste et objective pour déterminer quels moteurs de recherche seront inclus sur l'écran de choix. Cela leur permet de décider de la valeur de leur présence sur cet écran et d'enchérir en fonction", explique le groupe dans un communiqué.

"Cette approche est particulièrement risquée pour les petites sociétés qui ne sauront donc pas à l’avance ce qu’elles devront payer à Google
Charles Cuvelliez
Professeur à l’Ecole Polytechnique (ULB),

Plutôt qu’un prix fixe, Google propose à chacun des concurrents intéressés de proposer une somme qu’ils sont prêts à payer par utilisateur ayant opté pour leur offre. Le procédé devrait permettre ainsi à Google de limiter les dégâts de l’arrivée de la concurrence. Mais il pose forcément quelques questions. "Cette approche est risquée pour les petites sociétés qui ne sauront donc pas à l’avance ce qu’elles devront payer à Google", souligne Charles Cuvelliez, professeur à l’Ecole Polytechnique (ULB), spécialiste des industries de réseau. "Récupèreront-ils quelque chose si l’utilisateur change d’avis et installe un autre outil quelques jours aprèsCeci dit, pour la première fois, on mettra un prix sur l’internaute lambda, dont le nombre est la variable qui valorise les start ups" .

 

Une solution qui, du côté de la concurrence, ne fait pas non plus l’unanimité. "C'est une très mauvaise blague", expliquait Éric Léandri, le CEO de Qwant, au magazine français Le Point. "La Commission européenne condamne Google à plus de 4 milliards d'euros d'amende en lui disant d'arrêter d'abuser de sa position dominante et la réponse de Google est de mettre ses concurrents en compétition pour payer cette amende à sa place. Est-ce qu'on se rend bien compte de l'absurdité totale et du culot qu'il faut avoir pour faire ça? Il faut que cela cesse, et vite. Les consommateurs doivent avoir le libre choix de leur moteur de recherche et ce n'est pas le plus gros carnet de chèques qui doit l'emporter, mais le moteur qui est préféré par ces consommateurs".

"L’annonce du géant américain n’a pas vraiment plus de succès chez DuckDuckGo, un autre concurrent. "Un écran de choix serait un excellent moyen pour augmenter le choix laissé aux utilisateurs si cela est fait correctement. Mais l’annonce de Google ne va pas offrir un véritable choix au consommateur", explique Gabriel Weinberg, le patron du moteur de recherche. "Une enchère payante avec seulement quatre places signifie que les consommateurs n’auront pas tous les choix qu’ils méritent et que Google en profitera aux dépens de la concurrence". Il faudra donc sans doute revoir un peu la copie, ce qui risque de prendre du temps. Peut-être aussi ce que souhaite Google.

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