chronique

L'avenir est aux super-applications

Uber a dévoilé cette semaine son service de paiement qui pourrait lui donner une nouvelle dimension très éloignée de l’image que nous en avons. Cette annonce témoigne d’une tendance globale vers une consolidation et l’apparition des super-applications.

Le modèle développé par WeChat en Asie inspire et arrivera bientôt chez nous. Conçue au départ comme une simple application de messagerie par Tencent, le géant tech chinois, WeChat rassemble aujourd’hui un réseau social privé, des services de paiement mobile, de géolocalisation, de transfert d’argent, de réservation et bien d’autres encore. Au total, ce sont plus de 1.500 services différents qui sont disponibles au départ d’une seule application. Les Chinois peuvent même payer leurs impôts locaux via l’application.

Le modèle a montré sa pertinence par son côté indispensable et central. Quoi de plus pratique que de pouvoir tout faire depuis une application unique. Si d’un point de vue logique cela paraît indiscutable, les questions de monopole, vie privée et sécurité, qui sont au cœur de la transformation digitale de nos sociétés, ne peuvent être éludés. En Chine, les questions de ce type sont balayées d’un revers de la main par un pouvoir autoritaire qui a le dernier mot, ce qui a facilité le développement de cette superstructure.

Personne n’a envie d’utiliser trois applications différentes pour une seule action.

Ce modèle de super-application pourrait arriver chez nous prochainement et Uber serait l’un des favoris des spécialistes. Selon l’étude Gafanomics, la société américaine comporte toutes les caractéristiques pour devenir une super-application: un point d’accès unique, une navigation simple et sans couture parmi une multitude de services, une forte fréquence d’usage et une solution de paiement intégrée.

À la différence près que Uber se situe plus du côté entreprise que consommateur du concept de super-application. Avec le lancement de Uber Money, qui permet de réaliser des transferts d’argent, d’avoir une carte de banque et un compte bancaire, c’est principalement les chauffeurs de la société qui sont visés. L’objectif affiché est aussi de réduire le nombre de transactions en liquide, qui représentent encore près de 40% de l’ensemble des paiements. L’objectif à demi caché est de s’ouvrir un tout nouveau pan de business et devenir une super-app rassemblant toute une série de services.

Une suite logique

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Le modèle a donc de l’avenir devant lui d’un point de vue business. Mais c’est aussi une suite logique de l’évolution de l’applicatif au cours des dix dernières années. La multiplication exponentielle du nombre d’applications entraîne de facto une centralisation à un moment donné.

Le consommateur est demandeur de retrouver un ensemble de services liés au sein d’une même interface. Du point de vue de l’expérience utilisateur, c’est imparable. Personne n’a envie d’utiliser trois applications différentes pour une seule action. Le secteur de la mobilité en est le meilleur exemple avec en tête de gondole Google Maps et ses concurrents locaux comme chez nous Skipr ou Jeasy, qui rassemblent l’ensemble des possibilités de déplacement au sein d’une application et commencent à y inclure le paiement.

À terme, notre écran de smartphone ne comportera peut-être plus que 10 ou 15 applications qui elles-mêmes rassembleront l’ensemble des services liés à leur domaine d’activité. Un pas en avant pour certain mais un risque de concentration dangereuse auquel il sera difficile d’échapper.

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