L'heure a sonné pour Switch

©Wouter Van Vooren

Avec ses 28 magasins et un chiffre d’affaires de 155 millions d’euros, Switch est le plus grand vendeur reconnu de matériel et d’autres services Apple dans notre pays. Placé en redressement judiciaire fin juillet, le groupe a jusqu’à fin janvier pour se réorganiser.

Mardi, un juge anversois a accordé à Switch, le principal "Apple Premium Reseller" du pays, une protection temporaire contre les nuages noirs qui s’accumulent dans son ciel. Avec ses 28 magasins et un chiffre d’affaires annuel de 155 millions d’euros, Switch est le plus grand distributeur agréé de produits hardware et d’autres services d’Apple dans notre pays.

Le juge a approuvé assez rapidement la demande en réorganisation judiciaire introduite fin juillet par l’entreprise elle-même, ce qui met Switch temporairement à l’abri de ses créanciers. Le distributeur dispose aujourd’hui d’un peu moins de six mois pour mettre au point un plan de restructuration et remettre de l’ordre dans ses affaires. La période de protection prendra fin le 1er février, date à laquelle une solution devra être trouvée.

L’entreprise se montre très discrète sur sa situation réelle. Son dernier exercice comptable a été prolongé. Conséquence: les derniers résultats disponibles datent de la période entre octobre 2016 et septembre 2017. À cette époque, Switch affichait déjà plus de 30 millions de dettes sur son bilan.

L’entreprise s’est retrouvée en zone de turbulences après le rachat d’Easy-M, un autre "Premium Reseller" d’Apple, en novembre 2016.

L’entreprise s’est retrouvée en zone de turbulences après le rachat d’Easy-M, un autre "Premium Reseller" d’Apple, en novembre 2016. À ce moment-là, Easy-M était, avec ses 22 magasins, le grand frère de Switch, qui comptait à l’époque dix points de vente, mais l’entreprise rachetée s’est elle-même retrouvée confrontée à des difficultés financières. Cette acquisition a sans aucun doute joué un rôle dans les problèmes actuels rencontrés par Switch, reconnaît aujourd’hui son CFO, Harol Vanheel.

Le distributeur se situe également sur un marché très concurrentiel, avec des marges notoirement très limitées. Les magasins en ligne comme Coolblue proposent aussi du matériel Apple, et offrent la possibilité de comparer rapidement les spécifications avec celles d’autres marques. Switch dispose d’un canal de vente en ligne, mais Coolblue et consorts sont difficiles à battre.

Par ailleurs, Switch souffre également de la concurrence du magasin officiel Apple Store à Bruxelles, des distributeurs "traditionnels" comme Vandenborre, et des autres "Apple Premium Resellers" comme Online Graphics (9 magasins).

Logistique

Au début de l’année, Switch avait déjà pris des mesures en toute discrétion en réaction à son endettement important et à la concurrence accrue sur ses marchés. Tous les départements ont été soumis à un "exercice d’efficacité". Un résultat parmi d’autres fut l’externalisation de la chaîne de logistique au grossiste international en technologie, Tech Data, implanté à Alost. L’entrepôt à Anvers a été intégré dans Tech Data.

©Bloomberg

"Avant cet exercice, nous nous fournissions déjà en iPhones chez Tech Data, explique Vanheel. Aujourd’hui, l’entreprise s’occupe également de notre logistique, comme la livraison de nos magasins et de nos clients professionnels." Objectif de cette mesure: améliorer l’efficacité de Switch, et augmenter les marges bénéficiaires.

Cette opération a également eu un impact sur le personnel. Plusieurs collaborateurs ont changé de poste au sein de l’entreprise, ont déménagé chez Tech Data ou ont été licenciés. Switch n’a pas souhaité nous communiquer ces chiffres. Plusieurs sources indiquent qu’une partie des collaborateurs ont été priés de rester chez eux, avec maintien de leur salaire jusqu’en mars de l’an prochain. Vanheel a démenti cette information.

Investisseur

Même après cette restructuration importante, les prochains mois s’annoncent difficiles pour Switch. Une partie importante du plan de réorganisation porte sur l’arrivée d’un nouvel investisseur. "Dès le début de notre exercice comptable en avril, nous avions prévu l’arrivée d’un partenaire externe." Certains candidats se seraient déjà manifestés.

"Dès le début de notre exercice comptable en avril, nous avions prévu l’arrivée d’un partenaire externe."
Harol Vanheel
CFO de Switch

Au niveau opérationnel, Switch se trouve face à une période un peu plus facile. En septembre auront lieu les ventes de la rentrée scolaire, une période pendant laquelle Switch se lance traditionnellement à fond dans la vente d’ordinateurs portables et d’iPads aux élèves et aux professeurs. À l’automne, Apple lance habituellement sa nouvelle génération d’iPhones. Ces derniers se vendent généralement comme des petits pains.

Mais Switch ne s’en sortira pas uniquement grâce à la vente de matériel. Les magasins doivent être davantage que de simples points de vente, souligne Vanheel. Les clients devraient par exemple aussi pouvoir y retirer des colis commandés en ligne et obtenir des conseils sur les produits. C’est la seule façon pour Switch d’assurer son statut d’"Apple Premium Reseller" et de faire la différence par rapport aux autres distributeurs.

Pour la réorganisation, Switch peut déjà compter sur deux vétérans du monde des affaires belges: Vanheel a travaillé pendant plusieurs années pour Ackermans & Van Haaren, et le CEO Thierry Janssen a été pendant des années président du conseil d’administration du fournisseur de services informatiques Real Dolmen. "Une éclaircie s’annonce au milieu de la tempête", a écrit Vanheel dans un mail envoyé mardi au personnel.

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