La start-up Moonoia peut révolutionner la reconnaissance de document

Dominique Daue en Olivier Cayman, fondateurs de Moonoia ©Tim Dirven

La jeune pousse installée à Gosselies a déjà "signé" des clients prestigieux comme EY ou Axa. Sa plateforme offre une rupture par rapport aux techniques classiques.

Une jeune entreprise à ancrage wallon a peut-être trouvé un super-créneau d’activité. Elle s’appelle Moonoia, c’est une spin-off de Soludoc et, par-devers celle-ci, de la mutualité Partenamut. Elle est basée à l’Aéropôle de Gosselies et est née devant notaire il y a à peine trois semaines, même si son activité a débuté il y a neuf ans et a véritablement décollé en 2016. Elle est spécialisée dans la reconnaissance de documents, mais, contrairement à la plupart de ses concurrents, sa technologie permet de lire et interpréter tout type de document, y compris des textes manuscrits, quand bien même ceux-ci seraient rédigés par des médecins…

"La plateforme agit comme un moteur de reconnaissance entraîné pour chaque tâche spécifique."
Geert Truyen
président, Moonoia

"Les sociétés comme IRIS font de la reconnaissance de documents sur la base d’algorithmes classiques, qui sont codés", explique Geert Truyen, cofondateur et président de Moonoia. "Nous, nous recourons à l’intelligence artificielle pour extraire les données et les fournir à un réseau de neurones auquel on a appris, sur base d’exemples, comment traiter ces informations. La plateforme que nous avons développée agit comme un moteur de reconnaissance entraîné pour chaque tâche spécifique."

Au sein de Soludoc, une filiale de scanning de documents appartenant à Promeris, le holding détenant les sociétés spécialisées au sein du groupe Partenamut, les managers à l’origine de Moonoia avaient créé un logiciel pour traiter les attestations de soins. Rédigés par les médecins, ces documents sont souvent difficiles à lire. "On a décidé d’appliquer les technologies de l’intelligence artificielle connues sous le nom de DNN (Deep Neuronal Network) pour traiter les données de ces documents non structurés", détaille Dominique Daue, autre cofondateur et CEO. "On a testé cela sur les attestations de soins et on a obtenu des résultats étonnants: plus de 80% de ces attestations étaient quasi automatiquement reconnues avec une probabilité d’exactitude au moins aussi bonne que la reconnaissance par un être humain."

Concrètement, cela signifiait qu’on pourrait automatiser la lecture et l’interprétation pour huit attestations de soins sur dix, avec à la clé un gain de temps important entre la réception du document et le remboursement du patient.

"Quand on a vu le potentiel de cette technologie, on a estimé qu’il faudrait industrialiser le processus en créant une plateforme pour permettre à toute entreprise intéressée de créer et d’opérer des solutions comparables."
Geert Truyen

"Quand on a vu le potentiel de cette technologie, on a estimé qu’il faudrait industrialiser le processus en créant une plateforme pour permettre à toute entreprise intéressée de créer et d’opérer des solutions comparables", enchaîne Geert Truyen. L’équipe pilotée par Dominique Daue a alors mis au point la plateforme qu’elle a baptisée "docBrain" au sein de sa propre société, DNO, qu’a rachetée Soludoc en 2015. Celle-ci l’a lancée officiellement en décembre 2016.

S’est alors posée la question de l’avenir de cette activité au sein de Soludoc-Partena. Comme elle semblait prometteuse, mais s’écartait de plus en plus du "core business" de la mutualité, il a été décidé de chercher un partenaire extérieur pour la déployer et la commercialiser en dehors du groupe. C’est ce qui a été fait l’an dernier. Les principaux managers de l’activité, entre-temps "brandée" sous le nom de Moonoia, ont participé à la fondation de la nouvelle société, en collaboration avec un investisseur privé: le groupe wallon Cayman, connu surtout jusqu’ici pour ses activités dans l’immobilier et dans l’hôtellerie. Les managers et Cayman ont racheté l’activité et la plateforme à Promeris (Partena) et ont injecté 800.000 euros dans le capital de la start-up.

Du beau monde

"Aux états-Unis, un de nos clients a fait le tour du marché, avant de revenir à nous en disant n’avoir identifié aucune solution comparable."
Dominique Daue

Entre-temps, la plateforme docBrain a déjà séduit une belle brochette de clients non seulement en Belgique, mais aussi aux états-Unis et au Moyen-Orient. Les grands noms sont légion dans son portefeuille: citons le bureau de conseil EY, l’assureur Axa, l’assureur maladie DKV dans notre pays, Infofort à Dubaï, CSG, Bright Knight aux States, sans oublier trois groupes américains d’automatisation de processus robotisés: Blueprism, Automation Anywhere et UI Path… Du très beau monde, que Moonoia sert selon un modèle de distribution indirecte: "Nous vendons notre plateforme à ces partenaires, qui créent avec celle-ci des solutions pour leurs clients", explique Truyen. "Nous sommes l’éditeur du logiciel-progiciel, dont nous gardons la propriété." La jeune pousse belge se rémunère soit en proposant la plateforme sous licence, en touchant un "fee" mensuel ou annuel, soit en percevant un montant par document traité.

On l’aura deviné: dans son créneau, Moonoia n’a quasi pas de concurrent. "La plupart de nos rivaux offrent des solutions verticales, par type de document, alors que notre plateforme convient pour tout type", relève Dominique Daue. "Aux états-Unis, un de nos clients a fait le tour du marché, avant de revenir à nous en disant n’avoir identifié aucune solution comparable."

34 personnes à bord

Moonoia emploie 8 personnes en Belgique et 26 autres en Roumanie, où elle collabore depuis le début de l’aventure technologique avec la firme Nenos Software. "Nous avons l’intention de racheter Nenos prochainement", précise Dominique Daue qui ajoute qu’ils comptent également engager du personnel complémentaire en Belgique dans les mois à venir.

"Nous y avons investi pour le long terme."
Olivier Cayman

Dans l’immédiat, les fondateurs se sont assurés un financement global de quelque 2 millions d’euros. "Un montant d’amorçage qu’il faudra éventuellement compléter en organisant un nouveau tour de table", souligne Olivier Cayman. Son groupe interviendra à ce niveau en mettant à profit les relations qu’il a tissées à la fois avec le secteur bancaire et avec les invests.

"Nous y avons investi pour le long terme", précise Olivier Cayman qui réfute l’idée d’un "exit" rapide. "Moonoia a déjà des clients aux quatre coins du monde, ce qui lui donne une visibilité. C’est une belle aventure et un concept très sexy."

"Il nous reste à concrétiser tout cela et à créer de la valeur", conclut Geert Truyen. Pour 2020, il table sur un chiffre d’affaires "à sept chiffres".

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