Le libra, un projet mort-né?

©REUTERS

Alors que les inquiétudes régulatoires et technologiques liées au libra sont multiples, la communauté d'investisseurs autour du projet de monnaie virtuelle de Facebook semble aujourd'hui se fissurer.

Mi-juin, Facebook parlait de révolutionner la monnaie en lançant le libra, une monnaie virtuelle qui serait en marge du système bancaire traditionnel. Depuis, force est de constater que le soufflé semble être retombé.

Face aux interrogations réglementaires soulevées aux quatre coins du monde, Facebook avait déjà annoncé la semaine dernière que le lancement prévu pour juin 2020 pourrait être retardé.

La Libra, c'est quoi?

Le 18 juin 2019, Facebook a dévoilé sa monnaie virtuelle globale, le libra, chamboulant au passage un monde de certitudes autour de la conception même d’argent. Eclairage pragmatique sur une potentielle révolution annoncée pour 2020.

 


Réticences en cascade

Aujourd'hui, des doutes émergent au sein même des 28 investisseurs du projet, appelés aussi à sa gouvernance. On cite ainsi notamment les noms de Visa et MasterCard. Ces deux futurs membres du consortium de gestion du libra seraient en train de "reconsidérer leur implication" dans le projet, lit-on dans The Wall Street Journal.

Problème d'image, contrôle trop pressent attendu des autorités, les raisons sont multiples. 

10 millions
dollars
Chacune des 28 organisations s'est engagée à investir 10 millions de dollars dans le projet.

Mi-septembre, la direction de PayPal avait déjà souligné que l'engagement de l'entreprise dans le libra était "non contraignant". Notons que chacune de ces organisations s'est engagée à investir 10 millions de dollars dans le projet.

À ce stade, aucun partenaire ne s'est toutefois retiré. Dans un commentaire posté sur Facebook, David Marcus, en charge du projet chez Facebook, indiquait n'avoir eu vent d'aucun partenaire souhaitant partir. "Je peux vous dire que nous travaillons calmement et en toute confiance sur les préoccupations légitimes que soulève le libra en mettant en avant la valorisation des monnaies digitales."

Je peux vous dire que nous travaillons calmement et en toute confiance sur les préoccupations légitimes que soulèvent le Libra.
David Marcus

Les entreprises qui ont actuellement pris place à bord du navire sont donc Visa, MasterCard et PayPal mais aussi des cryptoacteurs (Xapo, Coinbase, Anchorage), des opérateurs télécoms (Vodafone, Iliad), des plateformes internet (Uber, Spotify, Lyft, eBay, Booking); pour ne citer qu'elles.

Pourquoi le libra fait peur?

Les partenaires ont en effet entrepris de rédiger une charte qui définira les principes régissant le libra. Cette charte devra ensuite être ratifiée.

Les craintes autour de ce projet sont multiples:

> risques pour la stabilité du système financier,
> blanchiment d’argent,
> protection des données personnelles,
> ... 

Le Trésor américain a déjà demandé au consortium une revue complète de leurs programmes de lutte contre le blanchiment d'argent, entend-on.

On pense qu’avec les réponses qu’on apporte, on pourra les rassurer très prochainement.
Bertrand Perez
directeur général de l'Association Libra.

En France, le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire a déjà indiqué ne pas envisager le lancement du libra dans les conditions actuelles. Le directoire de la Banque centrale européenne (BCE) ne serait, lui, pas aussi catégorique à condition que des standards très élevés soient imposés en vue de son approbation.

Les Européens ne semblent donc pas en mesure d'interdire le libra, mais se montrent extrêmement motivés pour l'encadrer au maximum.

"Aujourd’hui, on est dans une logique de discussion et de travail avec les régulateurs pour leur montrer qu’en termes de lutte contre le blanchiment d’argent... le système (du libra) sera au moins équivalent au système financier classique (…) On pense qu’avec les réponses qu’on apporte, on pourra les rassurer très prochainement", a répété Bertrand Perez, directeur général de l'Association Libra.

Outre les doutes régulatoires et les doutes managériaux, le projet soulève aussi des interrogations technologiques. Le libra repose sur la technologie de la blockchain dans une version allégée. Un tel système reste marginal et pose des questions de contrôle.  

Quel avenir? 

Néanmoins, des défections massives dans le chef des acteurs du consortium pourraient mettre en péril l'avenir du projet. Et pour cause, sans un réseau de partenaires financiers qui peuvent aider aux transferts des monnaies et faire en sorte que les détaillants acceptent la monnaie virtuelle comme moyen de paiement, la diffusion du libra sera très limitée. 

Sheryl Sandberg ©AFP

Pour faire avancer la situation, Sheryl Sandberg, la directrice générale de Facebook, pourrait être prochainement auditionnée devant la commission des services financiers du Sénat américain.

Toujours selon The Wall Street Journal, les membres de la Libra Association se réuniront, eux, ce jeudi à Washington. Une autre rencontre est prévue le 14 octobre à Genève. À l'agenda: la désignation d'un conseil d'administration.

Facebook, Visa, MasterCard et PayPal n'ont pas souhaité commenter ces informations.

Zuckerberg prêt à aller au combat

Mark Zuckerberg s’est dit prêt "à aller au combat", voire à "poursuivre en justice" le gouvernement fédéral pour éviter un démantèlement de Facebook prôné par un nombre croissant de responsables politiques aux Etats-Unis, dont la sénatrice démocrate Elizabeth Warren. Des propos tenus lors d’une session de questions-réponses avec des employés, mais confirmés par Mark Zuckerberg.

"Quelqu’un comme Elizabeth Warren pense que la solution est de démanteler les entreprises", avait-il déclaré. "Si elle est élue présidente, je parie que nous aurons un combat judiciaire, et je parie que nous le gagnerons".

L’élue a réagi sur Twitter en affirmant qu’elle n’avait "pas peur de demander des comptes aux géants de la tech comme Facebook, Google et Amazon".

 

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