Les puces ne font plus bondir le leader mondial Samsung

Essentiellement connu du grand public pour ses smartphones et autres téléviseurs, Samsung a fait de la production de puces électroniques sa principale activité. ©Bloomberg

Après Apple, c’est désormais à Samsung de décevoir les marchés. La société coréenne s’attend à une chute de son bénéfice d’exploitation sur le marché des semi-conducteurs. Très peu connue du grand public, l’activité représente pourtant la majorité des profits de Samsung.

En cette nouvelle année, les géants technologiques n’ont décidément pas la grande forme. Après Apple il y a quelques jours, c’est désormais au tour de l’un de ses principaux concurrents, Samsung, de présenter des attentes décevantes. La mauvaise nouvelle ne concerne toutefois pas directement les téléphones mais Samsung Electronics et son activité dans les semi-conducteurs (les puces électroniques présentes notamment dans les smartphones).

Après des mois de croissance dans ce secteur en plein boom, l’entreprise coréenne s’attend désormais à une baisse significative de son activité. Au point qu’elle a préféré ne pas attendre la publication officielle de ses résultats, prévue à la fin du mois, pour s’expliquer auprès des investisseurs. Selon les prévisions de Samsung Electronics, le chiffre d’affaires pour le dernier trimestre de 2018 devrait être en baisse de 11% à 59.000 milliards de wons (45,86 milliards d’euros). À la suite de cette annonce, le cours de l’entreprise a reculé de 1,7%.

Une première en deux ans

La baisse de l’activité se traduit lourdement dans le bénéfice d’exploitation trimestriel. Il devrait chuter de 29%, passant de 13.200 milliards de wons (10,26 milliards d’euros) à "seulement" 10.800 milliards de wons (8,38 milliards d’euros). Cette baisse est une première en deux ans pour Samsung sur ce secteur. C’est surtout aussi une grosse surprise pour les analystes financiers, qui tablaient plutôt sur un bénéfice semblable à ceux des précédentes périodes. "Le marché est caractérisé par des coûts fixes très importants. Si les anticipations sont biens réalisées, c’est un secteur très rentable. Mais à l’inverse, quand cela va mal, les résultats sont très mauvais", explique Quirien Lemey, portfolio manager spécialisé dans le marché tech chez Degroof Petercam Asset Management.

Source principale de profit

L’annonce du mastodonte asiatique est loin d’être anecdotique. Si Samsung est essentiellement connu du grand public pour ses smartphones et autres téléviseurs, l’entreprise a fait de la production de puces électroniques sa principale activité depuis quelques années. Alors qu’en 2013, la téléphonie représentait presque les trois-quarts de ses profits, la tendance a aujourd’hui radicalement changé. Désormais, la majorité du profit de Samsung est réalisée sur les semi-conducteurs.

"La demande d’Apple a clairement un impact sur la production de Samsung Electronics."
Quirien Lemey
Degroof Petercam Asset Management

Les explications pour justifier ce coup de mou du géant sont nombreuses. Parmi ses clients, l’entreprise compte notamment plusieurs producteurs de smartphones concurrents, dont Apple. Le ralentissement des ventes annoncé la semaine dernière par Tim Cook a donc des conséquences directes pour Samsung. "La demande d’Apple a clairement un impact sur la production de Samsung Electronics", confirme Quirien Lemey. "C’est un choc. Mais ce n’est pas juste la faute d’Apple, c’est aussi celle de tous les fabricants de smartphones, de serveurs et de PC qui n’achètent plus", précise à Bloomberg Song Myung-sup, un analyste chez HI Investment & Securities.

Outre aux producteurs de smartphones, Samsung Electronics fournit ses puces aux centres de traitement de données, installés majoritairement aux Etats-Unis. Ces clients représentent 30% de la demande de puces dites "Dram". Là aussi, la demande a été plus faible, entraînant une baisse des prix.

D’autres éléments sont encore à prendre en compte, comme la concurrence grandissante des acteurs chinois ainsi que la tension commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, peu propice à l’activité.

Secteur cyclique

Les dirigeants de Samsung espèrent néanmoins que cette mauvaise période ne sera que passagère. L’entreprise s’attend à un "bénéfice modéré" pour le premier trimestre de 2019 mais compte bien sur une amélioration de la situation à partir du deuxième semestre de l’année. Pour cela, elle compte sur la sortie de nouveaux smartphones pour rebooster ses ventes de semi-conducteurs.

Un argument qui ne convainc qu’à moitié le spécialiste de Degroof Petercam. "Le deuxième semestre de l’année est effectivement, en général, une meilleure période pour le marché des smartphones. La demande mondiale à long terme pour la mémoire et les puces électroniques est également grandissante. Mais à court terme, c’est un marché tellement instable qu’il n’est pas possible de faire des prévisions réalistes", explique Quirien Lemey.

SEMI-CONDUCTEURS | UN MARCHÉ MONDIAL EN CROISSANCE

Samsung Electronics est aujourd’hui le leader mondial dans la production de puces électroniques. L’entreprise coréenne est parvenue à détrôner en 2017 Intel, alors leader incontesté sur le marché depuis de nombreuses années. En constante croissance, le marché des semi-conducteurs a affiché, malgré les attentes négatives de fin d’année de Samsung, une hausse du chiffre d’affaires de 13,4% en 2018, selon Gartner. Une augmentation qui permet d’atteindre les 467,7 milliards de dollars. Le marché est largement dominé par les Etats-Unis et l’Asie. L’italien STMicroelectronics est le premier acteur européen sur le marché. Il pointe à la septième place mondiale.

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