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Aerospacelab, le pionnier belge du New Space en Europe

Benoît Deper, fondateur et CEO d'Aerospacelab. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Quatre ans après sa création, la start-up spatiale wallonne lance un premier satellite. Elle entend révolutionner la fourniture de services d'observation à partir de l'espace.

"Le spatial européen est sur une trajectoire compliquée, parce qu'il est sur un modèle à l'ancienne, qui était avant le seul modèle possible: une lasagne industrielle invraisemblable, d'énormes projets entre beaucoup de pays - avec beaucoup de frictions - et un tissu incroyable de PME. Maintenant que la barrière à l'entrée est plus basse, il n'y a plus nécessairement besoin d'une coordination industrielle de type Manhattan."

Fondateur et CEO d'Aerospacelab, Benoît Deper, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le secteur spatial européen va connaître une transformation majeure, dans la lignée de ce qui s'est passé aux USA, où de nouvelles sociétés comme SpaceX, le groupe d’Elon Musk, et Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, ont poussé à une redistribution des cartes, avec comme résultat une démocratisation croissante de l'accès à l'espace.

"L'organisation industrielle de l'Europe spatiale va devoir évoluer."
Benoît Deper
Fondateur et CEO d'Aerospacelab

"La crise que l'on a sur le lanceur Ariane 6, cela fait dix ans qu'on la voit venir", poursuit le CEO de 35 ans, dont l'allure n'est pas sans rappeler Tim Cook à ses débuts. "L'organisation industrielle spatiale européenne va devoir évoluer. Comme toute réorganisation, si elle avait été acceptée, prise par la main, avec une transformation douce, il y aurait eu moins de casse. Mais ici, cela va être compliqué, on va dans le mur et on va devoir faire un 180 degré au dernier moment. Il y aura du sang, des larmes et des restructurations. De nouveaux modèles vont émerger", assène-t-il, en jugeant que l'écart avec les USA se creuse s'agissant du coût des lancements.

Une forte intégration verticale

Ce "New Space" qui s'annonce de ce côté-ci de l'Atlantique, Aerospacelab, qui conçoit et produit des micro-satellites d'observation à haute performance, tout en proposant de fournir les services qui sont liés, entend bien y participer. Quatre ans après sa création, la jeune pousse, située à Mont-Saint-Guibert, a en tout cas déjà toutes les caractéristiques des start-ups californiennes du spatial: des équipes jeunes, de l'ambition, une croissance rapide et beaucoup de compétences. Ingénieur civil de l’UCLouvain passé par le très renommé institut français ISAE-SUPAERO, Benoît Deper a fait ses classes à la NASA et l'ESA (Agence spatiale européenne). D'origine carolo, le patron s'est entouré de consultants de choix comme l'ex-Space commander de l'armée française Jean-Daniel Teste et de l'ancien directeur de l'ESA, Jean-Jacques Dordain.

Mais surtout, Aerospacelab va vite. Très vite. Son premier prototype, dénommé Arthur, un satellite de 20 kg entièrement conçu, développé et fabriqué par la société, va être lancé, normalement ce lundi, par une fusée Falcon 9 de SpaceX, depuis Cap Canaveral, en même temps qu'une cinquantaine d'autres petits satellites. Un deuxième engin de la même gamme que le premier suivra d'ici la fin de l'année. Il sera lancé au bénéfice de l'Agence Spatiale européenne, qui s'intéresse beaucoup au modèle de la PME brabançonne. Ensuite, d'autres satellites, plus grands, d'un poids compris entre 100 et 300 kg, suivront.

Benoît Deper évoque certains satellites dont le coût sera divisé par cent par rapport aux engins d'observation existants.

L'ambition de la société, c'est d'offrir des services satellitaires à partir de constellations, dans les domaines de l'agriculture, de l'environnement, mais aussi du renseignement stratégique et de la sécurité. Des services qui existent déjà, mais avec des contraintes en termes de coûts ou de temps de revisite - la fréquence de passage du satellite - qui limitent leur emploi. Benoît Deper, lui, évoque certains satellites "dont le coût sera divisé par cent" par rapport aux appareils d'observation existants. Son secret? L'intégration verticale notamment. "Nous avons très peu de fournisseurs. On a internalisé pratiquement tout à 80%. Un chiffre que l'on veut encore augmenter."

80%
Aerospacelab a très peu de fournisseurs. La société a internalisé pratiquement tout, à 80%. Un chiffre qu'elle veut encore augmenter.

S'inspire-t-il de SpaceX? "Mon modèle, c'est plutôt Planet", une société d'imagerie de la Terre fondée en 2010 par d'anciens scientifiques de la Nasa et qui possède aujourd'hui la plus grande flotte de microsatellites d'observation de la Terre. "Ils ont expérimenté ce modèle verticalement intégré et cela se passe très bien pour eux. Je les ai côtoyés lors de mon passage en Californie et par la suite, je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas d'équivalent en Europe. Planet a essuyé les plâtres, on a repris leurs bonnes idées, on a corrigé les moins bonnes avec leur retour d'expérience", indique le CEO.

Un ebitda positif en 2023

La société compte un peu plus de 75 collaborateurs. Elle a déjà des petites antennes en Flandre et dans d'autres pays. Elle a lancé un premier chantier pour une usine non loin de son site actuel et envisage une autre unité de production, nettement plus ample, en 2025.

Jusqu’à présent, Aerospacelab a collecté un peu plus de 17 millions d’euros sous diverses formes, auprès notamment de la SRIW, ainsi que du fonds européen XAnge. Benoît Deper est actionnaire principal de son entreprise, dans laquelle on retrouve également des Business Angels et des investisseurs en capital risque. Une levée de fonds de série B est en cours de finalisation. Le CEO ambitionne un ebitda positif pour 2023.

Le résumé

  • Quatre ans après sa création, la start-up spatiale wallonne Aerospacelab lance déjà un premier satellite, un petit prototype.
  • La PME de Mont-Saint-Guibert entend révolutionner la fourniture de services d'observation à partir de l'espace avec des constellations de satellites performants nettement moins chers.
  • Son fondateur, Benoît Deper, estime que l'industrie spatiale européenne va devoir se réorganiser sur le modèle du New Space américain.
  • La société prépare une nouvelle levée de fonds.

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