Apple met un terme à iTunes

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La convention des développeurs d’Apple se tient cette semaine en Californie. L’App Store est sous le feu des critiques pour ses pratiques monopolistiques. La gestion des données privées est également pointée du doigt. La firme à la pomme y a annoncé la fin de sa plateforme de téléchargement iTunes.

Depuis qu’Apple a lancé son iPhone en 2007, on ne peut plus se passer de ces petits programmes qui équipent tous les smartphones. Ces applications sont censées nous simplifier la vie, ou occuper nos loisirs. Pionnier du genre, suivi par Google ou Microsoft, l’App Store d’Apple est aujourd’hui critiquée de toutes parts: applications intrusives, monopole… Lors du congrès des développeurs de la firme à la pomme qui se tient à San José en Californie jusque vendredi, Apple devra plutôt se défendre qu’attaquer en présentant des produits qui ont de plus en plus de mal à tracer la voie du secteur.

iTunes éliminé par l'écoute en ligne

Précurseur de la gestion de musique et du téléchargement légal, iTunes va disparaître, miné par la concurrence des sites d’écoute en ligne (streaming), mais aussi par la politique interne d’Apple qui réorganise ses services entre ses différentes applications propriétaires.

Évoquée depuis plusieurs semaines, la fermeture du "disquaire" d’Apple se concrétise. Signes concrets, les pages Facebook et Twitter du distributeur de musique et de vidéos ont récemment été vidées de leur contenu et l’adresse du site d’iTunes a été migrée vers celui d’Apple Music.

L’offre musicale d’Apple ne disparaîtra pas pour autant. iTunes doit être remplacé par une suite d’applications dont Apple Music. L’offre d’écoute de musique en ligne d’Apple totalise 56 millions d’utilisateurs et, aux Etats-Unis, elle totalise plus de 28 millions d’abonnés, devant Spotify.

Les autres contenus disponibles en téléchargement via iTunes seront répartis sur d’autres plateformes, dont Apple TV pour les vidéos.

Cette évolution devrait sonner le glas du téléchargement au profit du streaming. Le téléchargement ne représentait plus que 5% des ventes de musique alors qu’il générait 14% du chiffre d’affaires du secteur en 2013.

 

Apple y a présenté une ribambelle d'innovations parmi lesquelles sont nouveau Mac Pro, ordinateur de bureau qui se veut modulaire et superpuissant. Autres nouveautés: la disparition d'iTunes (lire ci-contre), remplacé par des apps séparées pour la musique, les podcasts et la vidéo, mais aussi la création d'un App Store pour l'Apple Watch. Ces annonces interviennent dans un contexte de grogne des développeurs d'Apple qui, pour certains, critiquent l'App Store, son magasin d'application, pour des pratiques jugées monopolistiques.

Les développeurs conçoivent les applications qui, si Apple les valide, se retrouvent sur l’App Store, canal unique de distribution pour les utilisateurs d’iPhone ou d’iPad, d’où certaines accusations de monopole contre la boutique en ligne de la marque.

 

Monopole

Sentant le vent du boulet, Apple est monté au créneau cette semaine avec une nouvelle page sur son site, consacrée à la défense de l’App Store.

Pour répondre aux accusations de monopole, Apple insiste sur le fait que les développeurs ont le choix de diffuser leurs produits via l’App Store ou une boutique concurrente, à savoir celle de Google, le Play Store. Mais difficile pour les développeurs et diverses entreprises de se passer de l’App Store et du milliard de clients Apple. L’App Store est le passage obligé pour le marché des iPhone et autres iPad, qui a généré l’an dernier un chiffre d’affaires de 37,1 milliards de dollars. Un montant sur lequel Apple retient une commission de 30%, ce qui le place de plus en plus sous l’œil des régulateurs de la concurrence.

En novembre 2018 déjà, la Cour suprême des Etats-Unis avait autorisé un groupe d’utilisateurs à intenter action pour monopole illégal. Pour ces consommateurs, Apple pratique des tarifs abusifs, faute de concurrence, alors que son homologue Play Store de Google propose des tarifs plus abordables pour les mêmes applications dans l’univers Androïd.

Du côté des développeurs aussi, on grince des dents. Lorsqu’une application est approuvée par Apple pour accéder à l’App Store, le développeur devra s’acquitter d’une commission de 30% sur le produit vendu. Là aussi, les tarifs sont jugés prohibitifs. Le Suédois Spotify a déposé en mars une plainte auprès de la Commission européenne contre Apple, qui a sa propre plateforme Apple Music, pour abus de position dominante sur le marché de la musique en ligne. Il lui reproche notamment de prélever une redevance de 30% (la première année, 15% ensuite) sur les abonnements souscrits directement via l’App Store, renchérissant d’autant le coût pour les utilisateurs.

Tackers

30 %
Pour accéder à l’App Store, un développeur doit se soumettre à un contrôle drastique mais aussi s’acquitter d’une commission de 30% sur les ventes de ses produits.

Autre front, celui de la vie privée. Le Washington Post et le Wall Street Journal (WSJ) ont mis en lumière le fait que nombre d’applications disponibles sur l’App Store, y compris certaines destinées aux enfants, étaient équipées de "trackers". Ces petits modules discrets analysent l’activité de l’usager et envoient des données à des firmes d’analyse de données et de marketing sans que l’utilisateur en soit toujours clairement informé. Ils servent par exemple à améliorer l’application ou à cibler la publicité.

L’utilisation de trackers dans les applications est contradictoire avec la politique d’Apple.

Alors qu’Apple se présente comme le héraut de la protection de la vie privée et veut se renforcer dans les "services" – desquels fait partie l’App Store –, ces critiques tombent particulièrement mal.

Si les "trackers" sont monnaie courante dans l’univers des "apps", l’envoi via un appareil Apple de données telles qu’adresse e-mail ou géolocalisation à des entreprises tierces peut sembler quelque peu contradictoire avec le récent slogan publicitaire de l’entreprise: "Ce qui se passe dans votre iPhone reste dans votre iPhone."

D’après le WSJ, Apple pourrait d’ailleurs annoncer une limitation du "tracking" par les applications pour enfants.

La marque assure vérifier 100.000 applications par semaine et en valider 60%. Le reste est rejeté d’abord en raison de "petits bugs", puis en raison d’"inquiétudes sur la protection de la vie privée". De façon générale, Apple affirme que toutes les données personnelles situées dans ses appareils, notamment lorsqu’elles passent via ses applications maison, y restent et ne sont partagées avec personne. Quant aux "trackers" dont sont équipées les applications externes, la firme renvoie la balle aux développeurs, dont la firme à la pomme exige qu’ils publient clairement leur politique de confidentialité et demandent aux usagers leur autorisation pour la collecte de données, sous peine de se voir exclus de l’App Store.

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