Automation & Robotics ancré en Wallonie avec l'aide de son personnel et de la SRIW

©Automation & Robotics

L’entreprise technologique wallonne va changer de propriétaire en douceur. Le management et le personnel vont racheter progressivement les parts des actionnaires historiques. Le plan permettra d’aligner les voeux du fondateur et la stratégie de la SRIW: le maintien du business dans la région.

La société Automation & Robotics, un fleuron technologique wallon établi à Verviers, est en train d’innover dans la transmission. Son exemple pourrait en inspirer d’autres, à l’heure où bon nombre d’entrepreneurs familiaux se demandent comment assurer la survie et le développement de leur "bébé" après eux.

Créée en 1983 par Christian Closset et Michel Montulet, Automation & Robotics (A&R) s’est spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de machines et instruments de mesure et de contrôle des verres de lunettes. Dans cette niche de marché, elle fait partie des leaders mondiaux. Ses clients sont les grands groupes producteurs de verres de lunettes, dont Essilor, n°1 mondial avec 40% de parts de marché, Hoya ou Zeiss, ainsi que les chaînes d’opticiens comme Luxottica (8.000 magasins), Grandvision, etc.

Je voulais pérenniser l’entreprise à Lambermont (Verviers) et lui éviter le risque d’une délocalisation future.
Christian Closset
Fondateur et patron d'Automation & Robotics

A&R produit des machines pour le contrôle, le traçage, la gravure et l’emballage de verres dans trois segments du marché: les verres de production de masse, les verres de prescription (individualisés) et le montage (laboratoires de finition).

La société a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 21,6 millions d’euros, un excédent brut d’exploitation de 4,1 millions et un bénéfice net de 2,1 millions. Elle emploie 140 personnes, dont une centaine en Belgique. Elle exploite des filiales aux Etats-Unis, en Chine et au Brésil, plus un bureau de représentation en Thaïlande. Elle exporte plus de 99% de sa production, ce qui logique puisque notre pays n’héberge que deux laboratoires de prescription: seules cibles possibles.

Vendre localement

Bref, une jolie petite société, qui fait mieux que se débrouiller sur le marché international. Problème: son fondateur et principal actionnaire Christian Closset se prépare à prendre sa retraite et sa fille ne souhaite pas reprendre l’affaire. Des candidats acquéreurs se sont présentés. "Ils nous ont fait des propositions, mais ce n’était pas ce que je désirais", explique le patron. "Je voulais pérenniser l’entreprise à Lambermont (Verviers) et lui éviter le risque d’une délocalisation future."

3,8 millions
euros
C’est le montant injecté par la SRIW dans le capital de la nouvelle société faîtière A&R Holding.

Il a conçu un plan alternatif et est allé l’exposer à la SRIW. Le holding public wallon a répondu présent. Suite à cela, deux nouvelles sociétés ont vu le jour: Automation & Robotics Holding, qui a réuni les participations dans la société opérationnelle, et A&R Partners. L’ensemble des cadres et du personnel ont été invités à participer au rachat progressif de l’entreprise, selon un programme étalé sur une dizaine d’années. Et à ce jour, 82 collaborateurs se sont engagés à le faire.

MBO et EBO combinés

Les employés et managers ont souscrit les parts d’A&R Partners, qui a elle-même acquis 20,8% des actions de A&R Holding auprès des actionnaires existants (la famille Closset et deux directeurs). La SRIW a de son côté injecté 3,8 millions d’euros dans le capital d’A&R Holding pour en acquérir 25%.

D’ici 2022, le personnel (A&R Partners) et la SRIW monteront à 51% du capital du holding. Puis, d’ici 2029, A&R Partners continuera d’acheter des actions du holding, de manière à évacuer peu à peu la SRIW et les actionnaires historiques. Il s’agit donc d’une opération combinant "management buy-out" et "employee buy-out", rendue possible par la montée au jeu de la SRIW qui a apporté le complément de financement nécessaire. "Un partenaire financier classique aurait refusé de s’engager à aussi long terme", souligne Christian Closset.

Pourquoi la SRIW a été séduite

A la SRIW, on indique avoir été séduit à la fois par l’entreprise et par le projet. "Le fondateur veut maintenir l’activité localement alors qu’il a été approché par de grands groupes lunettiers mondiaux, détaille Sébastien Durieux, vice-président du comité de direction du holding public. Le projet de céder l’entreprise à l’ensemble des collaborateurs est très novateur." Il ajoute que ce programme s’inscrit parfaitement dans le cadre des missions de la SRIW, puisqu’il aide à ancrer l’activité et l’emploi dans la Région. "Ici, on est allé loin dans le montage, afin d’assurer que le personnel ait les moyens de réaliser ces rachats de parts." A son estime, il s’agit d’une première en Wallonie.

"Le nouveau Code des sociétés permet aussi de faire davantage pour aider à la transmission, ajoute-t-il: le système des droits de vote multiples ouvre notamment des possibilités."


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