"Avec 19, on va passer 1er hub de formation tech d'Europe"

John-Alexander Bogaerts (B19, Pan, famille Daskalidès,..), Ian Gallienne (GBL), Piet Colruyt (Colruyt) et Laurent Hublet (ex-collaborateur de De Croo) ©Tim Dirven

L’école de codage fondée en 2018 à Uccle se relogera fin juin à la gare Centrale. De quoi renforcer l’offre du campus digital BeCentral, mais aussi lui offrir un rayonnement à échelle nationale.

L’école de codage "19" embarque dans une nouvelle aventure. Fondée initialement à Uccle par John-Alexander Bogaerts et Ian Gallienne, elle posera dès l’été ses valises au cœur de la gare Centrale de Bruxelles, a-t-on appris. Histoire de faire un bout de chemin au sein du campus digital BeCentral.

La raison du déménagement est simple. "Quand on a ouvert en 2018, on avait aussi un projet d’ouvrir à Anvers et à Charleroi. Mais les Français (19 est une antenne bruxelloise de l’Ecole 42 fondée à Paris par l’homme d’affaires Xavier Niel, évoluant dans un réseau international d’apprentissage à la pédagogie centralisée en France, NDLR) ne comprenaient pas très bien, vu la géographie de la Belgique, pourquoi on voulait ouvrir ailleurs. Car l’enseignement se fait entre pairs, en ligne. Alors trois écoles, quand il n’y en a qu’une en France dans le réseau, c’était compliqué à faire passer", raconte le premier, qui est aussi aux commandes du cercle d’affaires B19, du magazine Zoute People et du journal satirique Pan. "Et puis c’était clair qu’on n’aurait pas la Flandre à Uccle, où nous sommes actuellement."

C’est pourquoi le choix s’est porté sur le cœur de Bruxelles. "Ce nouvel écrin va nous permettre de devenir vraiment national, avec une seule grande école dans le pays, là où on était jusqu’ici très bruxellois", embraie le second, qui dirige le holding GBL.

Et le directeur, Stéphan Salberter, de citer quelques chiffres. À ce stade, 19, "c’est 45% de Bruxellois, 40% de Wallons, et seulement 15% de Flamands. L’objectif serait d’atteindre la parité linguistique d’ici 2025, afin d’être beaucoup plus représentatif du monde dans lequel on évolue". Ce qu’une accessibilité facilitée, que ce soit physiquement ou psychologiquement, jusqu’au prix des billets de train pour se rendre dans les locaux – "85% de la Belgique peut venir ici en moins d’une heure" –, devrait aider. Il est vrai que la localisation actuelle à Uccle n’était pas des plus accessibles et a pu freiner certains dans leur démarche d’inscription. Pour les étudiants actuels qui auraient pris un logement près de l’école, les cofondateurs s’engagent "à couvrir les frais éventuels" sur leurs propres deniers en cas de rupture de bail prématurée.

Augmenter le volume

Dans le même temps, être hébergé chez BeCentral permettra aussi de palier à un autre manque: la place. Désormais, 19 pourra proposer 250 ordinateurs à ses étudiants, contre 150 jusqu’ici dans ses murs de Latour de Freins, devenus trop étroits. De quoi accueillir jusqu’à 750 étudiants à terme, contre 450 à ce jour, se félicite l’équipe.

Un développement qui n’aurait pu être possible sans la récente augmentation de capital, en octobre, de BeCentral. Le campus digital bruxellois levait alors 1,8 million d’euros, en majeure partie auprès des cofondateurs du projet, il y a deux ans, comme Jean-Jacques et Olivier Delens, Thierry Geerts, Luc Wynant et finance.brussels, mais aussi de nouveaux entrants, comme OYA CVBA (famille Colruyt) et un consortium de 14 business angels réunis par le réseau BeAngels.

Grâce à cette opération, le campus a alors pu s’agrandir. Et ouvrir de nouvelles perspectives. Pour compter 6.000 m2 dès juin, contre 4.000 à ce stade. Un espace non négligeable, mais nécessaire car il permet d’héberger sous un même toit l’accompagnement de A à Z du digital, allant de l’espace de coworking à du coaching en marketing digital par Google, en passant par des initiatives entrepreneuriales ou encore des investisseurs. Et si 50.000 personnes ont été touchées sur les deux premières années d’activité du campus digital, l’objectif est désormais de passer à 100.000 par an. Fort, notamment, de l’arrivée prochaine de Bruxelles formation au 1er étage. En clair, BeCentral "va devenir le plus gros lieu d’apprentissage de la tech en Europe" avec l’arrivée de 19, conclut son CEO, Laurent Hublet. "Proposant aussi bien du code que de l’intelligence artificielle ou de la cybersécurité, tout ça dans des programmes allant d’une heure à plusieurs années, et ce, à des publics hyperdiversifiés, puisque passent ici des gens en reformation, des réfugiés primo arrivants, des demandeurs d’emploi (…). Plus de 1.000 personnes apprendront quotidiennement à coder ici."

"Jobs, jobs, jobs"

Cette annonce est l’occasion pour les deux fondateurs de 19 de rappeler les raisons de leur investissement personnel dans le projet. "Nous avons fondé cette école, mais aucun de nous ne sait coder, nous ne sommes même pas des fans de codage. Nous cherchions simplement à donner aux jeunes un moyen de se former pour avoir un vrai job. C’est la clé du problème: ‘jobs, jobs, jobs’. Certains le disent dans leurs campagnes électorales et il y en a qui le font."

Pour assurer la pérennité de l’initiative, ils peuvent compter sur une série d’entreprises qui sponsorisent 19 depuis son lancement telles que Belfius, GBL, RTL, Proximus, UCB et Solvay. Le modèle de financement est d’ailleurs sur le point d’évoluer vers, entend-on, peut-être moins de partenaires, mais investissant de plus gros montants. Des partenaires flamands sont aussi annoncés pour 2021 afin d’acter le nouvel ancrage résolument belge de l’école.

Une aubaine pour tout l’écosystème digital belge

L’arrivée de 19 au sein de BeCentral va faire du lieu le phare de l’écosystème digital en Belgique. L’impact de cette annonce dépasse les murs du bâtiment de la gare centrale de Bruxelles. Neutre géographiquement, linguistiquement et socialement, BeCentral a maintenant pour ambition d’attirer tous les publics à différents moments d’un parcours de vie. En prenant un peu de recul, l’avènement d’un pion central et de cette importance sur l’échiquier belge est significatif.

Arriver à réunir une telle variété d’acteurs au sein d’un même lieu est une prouesse en Belgique, d’autant plus dans un timing réduit. Cela démontre la maturité naissante du secteur digital en Belgique et le niveau de conscientisation de l’urgence digitale, notamment au niveau de l’emploi. L’émulation qui va ressortir d’un lieu rassemblant start-ups, formation de tous niveaux et pour tous les publics et organe de financement, peut avoir un impact retentissant sur les projets et les profils qui passeront par là dans les mois et les années à venir. "Le but est d’avoir un impact sur les individus et les trajectoires de transformations individuelles", explique Laurent Hublet, CEO de BeCentral.

Le hub digital va tenter de faire des ponts entre les différentes formations proposées pour que chaque personne puisse créer son propre parcours de formation en fonction de ses besoins. "Notre objectif est aussi d’avoir un réel impact sociétal au travers des différents programmes de formations." Un impact qui a notamment pour finalité la remise à l’emploi. "Le coût complet annuel d’un demandeur d’emploi est de 35.000 euros en moyenne pour la société. Quand on le met en regard du coût des programmes de formation, il n’y a pas photo", conclut Laurent Hublet.

Avec l’arrivée de 19 en juin, de Bruxelles-Formation en avril et la toute récente installation du groupement d’investisseurs de Be Angels et encore d’autres grands projets dans les cartons, BeCentral est en passe de devenir un lieu de référence unique en Europe.


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