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Bezos s'est envolé vers l'espace: en quoi les rêves spatiaux menacent l'environnement?

Selon un comptage de l'Agence spatiale européenne, 131 millions de débris gravitent dans l'orbite de la Terre. ©REUTERS

Débris, émissions de CO2 résultant du lancement des navettes... Le départ en apesanteur de Jeff Bezos, après celui de Richard Branson, fait craindre pour l'environnement.

Depuis que Neil Armstrong a mis un pied sur la lune, l'espace séduit, l'espace attire, l'espace est convoité. Il y a d'abord l'attrait technologique. Plus de 2.000 satellites tournent désormais en orbites au dessus de nos têtes. Et l’appétit de nouveaux acteurs comme SpaceX devrait encore faire exploser ce chiffre.

Ce mardi après-midi, le milliardaire Jeff Bezos a décollé pour l'espace dans son vaisseau Blue Origin. La capsule transportant le fondateur d'Amazon et trois autres astronautes s'est posée dans le désert du Texas après un vol d'environ dix minutes où il a dépassé l'altitude de 100 km qui marque la ligne de Karman, la limite reconnue internationalement entre l'atmosphère terrestre et l'espace.

EN DIRECT | Le décollage de la fusée Blue Origin de Jeff Bezos

Une poubelle volante

Cette présence humaine dans l'espace se traduit par des millions de débris mesurant jusqu'à 10 cm de long et gravitant autour de la terre. Un dernier comptage de l'Agence spatiale européenne parlait de 131 millions de débris pouvant endommager ou détruire des satellites.

En 1978, Donald Kessler, consultant de la Nasa, affirmait déjà que le volume des débris dans les orbites basses avait atteint un seuil au-dessus duquel les objets ne pourraient que se heurter, faisant croître de façon exponentielle leur nombre. Un nombre trop important de débris rendrait quasi impossibles l'exploration spatiale et l'utilisation de satellites.

Le tourisme spatial, nouvelle tare écologique

Aujourd'hui, une nouvelle sorte de pollution menace l'espace. Quelques jours après Richard Branson, Jeff Bezos a donc à son tour vécu quelques minutes en apesanteur à bord du Blue Origin.

638
années d'émission
Un vol jusqu’à l'ISS de la fusée Falcon 9, de la compagnie SpaceX d'Elon Musk, émettrait l’équivalent de 638 ans d’émission d’une voiture moyenne parcourant 15.000 km par an.

Plus qu'un rêve de gamin, ces vols privés suborbitaux constituent sans doute un tournant dans l'avènement du tourisme spatial: la société de Richard Branson, Virgin Galactic, a déjà vendu 600 billets, entre 200 et 250.000 dollars l'unité, et ambitionne à terme de mener 400 vols par an.

Plusieurs chercheurs français avançaient récemment qu'un vol jusqu’à la station spatiale internationale de la fusée Falcon 9, de la compagnie SpaceX d'Elon Musk, "émettrait 1.150 tonnes de CO2, l’équivalent de 638 ans d’émission d’une voiture moyenne parcourant 15 000 km par an".

Une autre comparaison, faite en 2019, affirmait que le lancement d’une fusée Space X émettrait autant de CO2 qu’un vol transatlantique en avion avec 340 personnes à son bord, lit-on dans une publication de l'Agence Science-presse.

"À l'heure du changement climatique, ce n'est clairement pas le moment de lancer une activité qui va accroître certaines émissions."
Annette Toivonen
Auteure de "Tourisme spatial durable"

"À l'heure du changement climatique, ce n'est clairement pas le moment de lancer une activité qui va accroître certaines émissions", ajoute la chercheuse finlandaise Annette Toivonen, auteure de "Tourisme spatial durable" à l'AFP.

Deux technologies

Les fusées de Bezos et Branson, utilisent des technologies différentes. Le mélange d'hydrogène et d'oxygène du Blue Origin de Bezos est considéré comme moins polluant que la technique de propulsion à carburant solide du Virgin Galactic qui produit du CO2 (principal responsable du changement climatique) et crache des suies en traversant la stratosphère.

Chaque vol du Virgin Galactic émettrait ainsi plus de 27 tonnes de CO2. Si on table sur six passagers par vol, on arrive à 4,5 tonnes par passager, soit deux fois le "budget CO2" autorisé à chacun si on veut respecter l’objectif des 2 degrés Celsius d’augmentation. 

Certes, Virgin s'est "engagée à réduire son impact sur l'environnement" en visant une empreinte carbone "équivalente à celle d'un voyage individuel en classe affaires à bord d'un vol en avion entre Londres et New York".

Quel avenir?

Quoi qu'il en soit, l’impact carbone réel dépendra du développement du tourisme spatial. Si L'Obs entrevoit une démocratisation du transport spatial en 2049 sous l’impulsion des Musk, Bezos et autre Branson et sur l'ouverture des premiers hôtels spatiaux à l'horizon 2040, le coût pourrait quand même rester dissuasif et donc se traduire par un impact négligeable par rapport aux actuels transports routiers.

Le résumé

  • Jeff Bezos emboîte le pas à Richard Branson et s'est offert ce mardi quelques minutes en apesanteur.
  • Après la multitude de débris circulant déjà en orbite, ce nouveau genre de tourisme spatial laisse entrevoir une augmentation des émissions de Co2.
  • Le vaisseau Virgin Galactic semble plus polluant que le Blue Origin, mais la société s'engage à réduire ses émissions.

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