Charleroi se rêve en Silicon Valley du big data médical

©Jonas Roosens

Créer une plateforme unique de traitement de données médicales, c’est le dernier pari osé de la Wallonie. Ils ont annoncé investir 1,2 million d’euros dans le projet INAH.

Le big data s’insère partout. Son utilisation en santé ne sera bientôt plus une utopie futuriste. Institute of Analytics for Health, ou INAH pour les intimes, c’est le nom de ce projet avant-gardiste wallon annoncé ce jeudi par les ministres Jeholet et Greoli. Il fait partie du plan CATCH lancé en 2016 pour la croissance de l’emploi à Charleroi. C’est donc tout naturellement que la plateforme s’installera au Biopark carolo.

Lire par ailleurs notre édito: "Wallonie, terre de biotechs toniques"

Concrètement, l’INAH exploitera l’ensemble du Réseau Santé Wallon déjà à charge des données médicales des patients wallons. "C’est une espèce de tuyauterie qui permet d’accéder aux données des hôpitaux et médecins généralistes", explique son président Philippe Olivier. 43% de la population wallonne est inscrite dans ce réseau, soit 50 millions de documents médicaux consultables.

50 millions
millions
C'est le nombre de documents médicaux consultables dans le Réseau Santé Wallon.

Améliorer l’efficacité des traitements

Le système fonctionnera avec une abondance de données très structurées provenant des bases des médecins et des hôpitaux. Il peut donc générer des algorithmes dans le réseau, une véritable intelligence artificielle.

Les heureux bénéficiaires de cette technologie sont les centres de recherche, les hôpitaux, mais aussi les entreprises biotechnologiques. Ils pourront par exemple connaître le taux de glycémie dans un groupe cible de la population. Dans un premier temps, cette intelligence artificielle permettra alors de tester l’efficacité des traitements à (très) grande échelle. En brassant cette masse de données, l’algorithme prédira si le patient pourra répondre à la thérapie. Il alertera ensuite le médecin en charge qui pourra en informer son client.

Prédire les patients à risque 

Dans un second temps (c’est là qu’il faut accrocher la ceinture de la DeLorean), cette technologie permettra de détecter les patients à risque pour certaines maladies. "Cette médecine de données, c’est aussi de la prévention", explique Bruno Schroder, président du CA du CETIC, l’organe chargé de la coordination entre les acteurs du projet. "Le système pourra également établir des corrélations pour tirer des conclusions et ouvrir de nouvelles pistes de recherche", ajoute Philippe Olivier. Si l’idée fait rêver, il faut pourtant revenir au présent et s’armer de patience.

« Le système pourra établir des corrélations et ouvrir de nouvelles pistes de recherche. »
Philippe Olivier
Président du Réseau Santé Wallon

Pour l’heure, cette utilisation des données augmentera le succès des médicaments et en diminuera les coûts. OncoDNA, entreprise spécialisée dans la caractérisation du cancer, participe au processus pilote du projet. Son président Jean Stephenne affirme que cette technologie augmentera considérablement les chances de survie du patient. "L’efficacité du traitement aujourd’hui est de 20 à 25%, c’est très bas, tandis qu’il peut coûter entre 50 et 100.000 euros par an. Si on devient plus précis sur le fonctionnement des médicaments, on améliorera leur succès et on baissera les prix." L’intelligence artificielle permettra aussi des diminuer le coût d’acquisition des patients pour les start-ups développant de nouveaux traitements.

S’étendre à la Belgique entière

Le projet INAH vise également la création d’emplois, même si le plan CATCH n’ose encore avancer aucun chiffre. Le processus pilote devrait prendre entre 10 et 12 mois. Au niveau des financements, le gouvernement wallon accordera 1,2 million d’euros au CETIC pour réaliser cette infrastructure.

L’objectif final: toucher la Belgique dans son ensemble. "La Belgique est le pays où il y a le plus d’études cliniques par habitant, note Jean Stephenne d’OncoDNA. Il faut consolider cette position de leader." Le bureau INAH sera aussi capable d’utiliser n’importe quelle autre base de données mise en place dans le Benelux… et en Europe. Le futur, c’est maintenant?

Et la protection des données?

Cette technologie demande d’abord des données de qualité, c’est-à-dire comparables. Il faut alors faire face au plus gros challenge du projet : structurer les données des hôpitaux, les harmoniser selon un standard commun. « C’est le rôle du CETIC de mettre au point cette architecture informatique, une structure d’accès abstraite pour traiter les données de manière plus facile », déclare Bruno Schroder. Si certains craindront ici une brèche pour le vol de données, qu’ils se rassurent. Le Réseau wallon s’occupe d’anonymiser ce big data. « Il va étancher le filet entre les données de santé et l’identification du patient », clarifie son président Philippe Olivier. « Les entreprises n’ont accès qu’aux résultats, jamais aux données des clients. On leur envoie uniquement l’information pertinente que l’on confidentialise. On verrouille ainsi la sécurité des données en les gardant au sein du Réseau Santé Wallon », ajoute Augustin Coppée, en charge du dossier au sein de la cellule CATCH. Les requêtes des entreprises devront aussi être validées par un comité éthique pour réduire les risques. Et il faudra toujours obtenir l’accord des patients pour l’utilisation des données. 

Pas de panique donc, vous ne risquez pas – en théorie – une fuite à la Wikileaks. Le Réseau wallon ne stocke pas cette masse énorme de données ; elles restent dans leur base initiale, à l’hôpital ou chez votre médecin. En pratique, l’outil permettra de cliquer sur un hyperlien pour accéder au document. Croisons les doigts, car une fuite serait ici d’un autre niveau que le coup de Julian Assange. « On espère avoir 1 wallon sur 2 inscrit dans le réseau d’ici la fin de l’année, annonce Philippe Olivier. A terme, toute la population wallonne inscrite représenterait environ 100 millions de documents médicaux. »

 

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