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Comment Amazon a rejoint le club des 1.000 milliards de dollars

©REUTERS

Le géant du commerce électronique a rejoint Apple dans le cercle fermé des valeurs boursières de 1.000 milliards de dollars. Il ne lui a fallu que 21 ans pour y parvenir, grâce à une croissance exponentielle de ses chiffres de vente.

L’engouement des investisseurs pour le titre Amazon a propulsé sa valeur boursière au-delà de 1.000 milliards de dollars mardi. Mais le géant du commerce électronique n’est pas parvenu à maintenir ce niveau. Puisque ce vendredi, la capitalisation boursière d’Amazon est descendue à 962,5 milliards de dollars, laissant Apple seul dans le club des 1.000 milliards de dollars.

Microsoft à 1.000 milliards de dollars?

Parmi les autres valeurs américaines à pouvoir prétendre entrer dans le club des 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière, Microsoft se trouve en bonne position. Avec une valeur boursière de 832 milliards de dollars, il ne manque plus qu’au titre de prendre 16% pour rejoindre Apple et Amazon dans ce club.

Microsoft a dépassé Alphabet dans le classement des plus grandes capitalisations boursières, mais le titre ne progresse pas aussi rapidement qu’Amazon depuis le début de l’année, avec un gain de plus de 28% contre plus de 70% pour Amazon. Alphabet avance seulement de 13% sur la même période. Microsoft et Alphabet ont connu une évolution plus mitigée depuis janvier alors que les deux titres ont été affectés par les craintes des investisseurs mondiaux sur les problèmes des marchés émergents et la situation en Italie.

Alphabet n’est plus très loin non plus du seuil de 1.000 milliards de dollars. Il faudrait une progression de 17% du titre pour que la société touche ce niveau historique. Après Alphabet, les autres plus grandes capitalisations boursières sont moins bien placées. Il faudrait 92% de progression à Berkshire Hathaway et 97% pour Facebook pour rejoindre ce club très fermé. Vu les déboires du réseau social, cela paraît mal engagé.

Toutefois, le consensus des analystes prévoit un cours à 2.118 dollars d’ici douze mois, alors que le titre a eu besoin d’atteindre 2.050,27 dollars pour que la capitalisation boursière de la société dépasse le seuil de 1.000 milliards de dollars. Les analystes de Morgan Stanley ont eux fixé à 2.500 dollars leur objectif de cours pour le titre, ce qui porterait à 1.200 milliards de dollars la valeur boursière d’Amazon. "Nous avons une confiance grandissante dans le fait que les flux de revenus à haute marge d’Amazon (publicité, Amazon Web Services, abonnements) vont pousser plus loin les bénéfices et provoquer des révisions d’estimations à la hausse" écrivait dans une note l’analyste Brian Nowak.

Mais Frank Vranken, responsable de la stratégie d’investissement chez Puilaetco Dewaay, s’interroge sur la manière dont les analystes valorisent Amazon. "La société est active dans plusieurs secteurs, dont une partie technologique, une partie médias et une partie de locations d’espaces de distribution. Comment évaluer chacune de ces entités? Il est difficile d’appréhender la croissance de chacune, indique-t-il. De plus, Amazon Web Services (AWS), qui regroupe toute l’activité autour du cloud, c’est-à-dire les données digitales, présente une fourchette très large de croissance. On anticipe un taux de croissance de 30% pour les dix prochaines années. Mais si celui-ci tombe à 5%, l’impact sera grand sur la valorisation d’Amazon. Il est donc difficile d’évaluer comment va progresser le bénéfice par action de la société."

Une progression spectaculaire

Au début du mois de janvier, la capitalisation boursière d’Amazon s’élevait à 600 milliards de dollars. Mais l’action a connu une progression spectaculaire de 74,5% depuis le début de l’année, portée par la croissance des bénéfices du géant du commerce en ligne. Pour cette année, les analystes attendent une croissance des revenus de 32% pour Amazon, contre 14,9% pour Apple à titre de comparaison.

"Amazon est plus dynamique qu’Apple parce que l’iPhone est devenu mature. Les services de cloud d’Amazon représentent un moteur de croissance de revenus supplémentaire qu’Apple ne possède pas", constate Daniel Morgan, gestionnaire de portefeuilles chez Synovus Trust. Selon lui, au deuxième trimestre, les services cloud d’Amazon ont contribué à hauteur de 55% des revenus opérationnels de la société, et de 20% sur les revenus totaux. Amazon a gagné 2,5 milliards de dollars au trimestre passé, bien loin toutefois des résultats engrangés par Microsoft, Alphabet et Apple. Les bénéfices de la firme à la pomme en 2017 représentaient, à 48 milliards de dollars, dix fois ceux du géant du commerce en ligne.

Mais Amazon séduit les investisseurs. Le groupe capture 49 cent sur chaque achat en ligne aux Etats-Unis. Il a réussi à changer le comportement des consommateurs et mis la pression sur les commerces classiques. "Cela en dit long sur Amazon et sur sa dominance grandissante sur le monde du commerce et sur les services en ligne, souligne Peter Tuz, président de Chase Investment Counsel. Amazon ne capture seulement qu’une petite part du marché mondial du commerce, alors il lui reste beaucoup à conquérir."

Toutefois, l’engouement des investisseurs à l’égard d’Amazon se traduit par une valorisation excessive pour le titre. Il affiche un ratio cours/bénéfices de 90 fois pour les bénéfices attendus dans les douze prochains mois, alors que celui d’Alphabet et Microsoft s’élève à 25 fois et celui d’Apple 17 fois. La différence tient dans la taille des bénéfices d’Amazon, inférieurs de loin à ceux de Microsoft, Apple et Alphabet. Mais aucun analyste ne pointe le caractère excessif de la valorisation du géant du commerce en ligne.

Plus lourd qu’Apple?

Jeff Bezos, le CEO d'Amazon. ©EPA

Les analystes estiment qu’Amazon pourrait dépasser tôt ou tard Apple en termes de capitalisation boursière. Car il n’a fallu que 21 ans à la société pour toucher le seuil de 1.000 milliards de dollars de valorisation alors qu’Apple a mis presque 38 ans pour y arriver. De plus, la firme à la pomme a eu besoin de 183 jours ouvrables pour dépasser le seuil historique de 1.000 milliards de dollars, après avoir touché 900 milliards de dollars en novembre, alors qu’Amazon a mis 165 jours ouvrables pour toucher ce niveau en partant d’une valeur boursière de 600 milliards de dollars en janvier.

"Il est difficile de prévoir comment va évoluer le bénéfice par action d’Amazon."
Frank Vrancken
puilaetco Dewaay

En juillet 2017, le géant du commerce en ligne valait autant que Facebook en termes de capitalisation boursière, à 500 milliards de dollars. Mais le réseau social a depuis lors connu un sérieux revers en Bourse à cause du scandale de la protection des données de ses utilisateurs lié à la firme Cambridge Analytica. Il affiche une valeur boursière de 494 milliards de dollars ce vendredi.

Au cours des trimestres précédents, Amazon a démontré une meilleure discipline financière en publiant des bénéfices battant les attentes des analystes, grâce à ses segments les plus lucratifs comme AWS. Le groupe de Jeff Bezos s’est pourtant livré récemment à une vague de rachats agressifs avec la chaîne américaine de distribution de produits bio Whole Foods et le site de vente en ligne de médicaments PillPack.

La cible de Donald Trump

Donald Trump a maintes fois répété combien Amazon menaçait les centres commerciaux et les services postaux américains. ©AFP

Mais depuis le lancement d’Amazon, et sa mise en Bourse en 1997 au prix de 18 dollars l’action, Jeff Bezos a toujours préféré investir massivement dans de nouveaux entrepôts et services, en dépit des critiques des analystes financiers et des investisseurs exigeants des bénéfices plus rapides. "Chaque cent que Jeff Bezos gagnait, il le réinvestissait dans l’entreprise", indique Rob Enderle, un spécialiste du secteur technologique cité par l’AFP. Les investisseurs patients ont été récompensés. Mille dollars investis dans Amazon en 1997 vaudraient aujourd’hui environ 1,4 million de dollars, compte tenu des divisions du titre.

La croissance d’Amazon peut cependant se retourner contre la société. "Jusqu’à présent, Amazon a focalisé sa politique sur la croissance de son chiffre d’affaires. Le groupe avale tout et est devenu un gorille dans certaines activités. Aux Etats-Unis, il est devenu un monstre. 50% des ventes de distribution en ligne se font via Amazon, et 5% de toutes les ventes sur internet se font sur leur site. Comment cela va évoluer? s’interroge Frank Vranken. Aujourd’hui, les propos de Donald Trump ciblent Amazon. Et sa croissance fait craindre une situation de monopole, qui pousserait les régulateurs à intervenir."

>Lire notre analyse: Des Faang qui perdent des plumes

Le Président américain a souvent critiqué Amazon via Twitter, qu’il accuse de faire disparaître les centres commerciaux aux Etats-Unis, et son utilisation abusive des services postaux. Il a notamment promis d’imposer des taxes pour la société de Jeff Bezos, sans suite jusqu’à présent. Le sénateur Bernie Sanders a également critiqué Amazon pour la manière dont le groupe paie et traite ses employés. Mais la société a nié ces accusations. Le sénateur vient de déposer une proposition de loi aux Etats-Unis pour imposer une taxe, baptisée Stop Bezos, sur les entreprises où les employés reçoivent des aides d’Etat comme des coupons alimentaires ou des financements de logement. "Le fait qu’Amazon soit disrupteur de plusieurs activités rend difficile la prévision de ses bénéfices. Le taux de croissance de son chiffre d’affaires est extrêmement difficile à prévoir", souligne Frank Vranken.

De plus, la forte progression du titre commence à inquiéter les investisseurs. Depuis le début de l’année, Amazon, Apple et Microsoft ont contribué pour plus de 35% de la performance du S&P500. "On est passé de 1.200 à 2.050 dollars pour le titre depuis le début de l’année. On ne peut pas répéter la même progression année après année. À un moment, la loi de la gravité va jouer, estime Frank Vranken. Et puis, il est difficile de dire comment va évoluer le commerce en ligne et si Amazon peut capter 75% des ventes par internet demain."

Mais Neil Saunders, du cabinet GlobalData Retail, souligne que "malgré sa taille et son ampleur, Amazon est jeune. Le groupe est peut-être mature dans le secteur des livres et des médias, mais il commence à peine à s’installer dans des secteurs comme l’épicerie ou le mobilier. Et nombre de pays restent à conquérir". Le futur réserve toujours son lot de surprises.

©Mediafin

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