Demander ses données à Tinder, recevoir un pavé de 800 pages

©Aude Vanlathem

Dans le cadre d’une enquête sur la loi européenne sur la protection des données, Judith Duportail, journaliste au quotidien britannique The Guardian, a voulu mettre les mains dans le cambouis.

Elle a lancé en mars une procédure d’accès à ses données personnelles, comme le texte le permet, détenues par Tinder, cette application de rencontre particulièrement populaire dans le monde avec près de 50 millions d’utilisateurs.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle a découvert peu après la réponse de la firme à ses sollicitations: un pavé de près de 800 pages égrainant des éléments particulièrement sensibles. Photos, messages, localisation, préférence sexuelle,… tout (ou presque) y était. "Même si pour ma part j’ai oublié certains rencards, Tinder a apparemment tout en tête."

Puis de continuer sur le fond, à savoir la naïveté des utilisateurs. "En feuilletant les pages qui m’avaient été communiquées, je me suis sentie coupable du nombre d’informations que j’avais volontairement divulguées", confie Judith Duportail. Une position qui n’a rien d’unique car, selon une étude récente, les utilisateurs de Tinder seraient particulièrement enclins à communiquer des infos à leur propos, n’ayant que peu conscience de ce qu’ils perdent pour ce qu’ils gagnent en retour… Un vrai problème.

Photos, messages, localisation, préférence sexuelle,… les apps savent tout de vous. Jusqu’à vos secrets les plus profonds.

Comment l’expliquer? "Ce type d’application joue sur un phénomène émotionnel simple: on ne peut pas sentir les données", explique Luke Stark, sociologue des technologies numériques à l’université de Dartmouth. "C’est d’ailleurs pourquoi tout ce que l’on voit imprimé nous frappe plus. Nous sommes des créatures physiques, nous avons besoin de matérialité." Dès lors, l’immatériel serait partagé plus facilement par les gens, voire pourrait même passer pour sans valeur. Et les géants de la technologie le savent bien… "Facebook a sûrement des milliers de pages sur vous", prévient un chercheur de l’université de Washington.

Et c’est là que le bât blesse dans cette histoire. Les données personnelles sont devenues le "carburant de la nouvelle économie". Sauf qu’il en va ici de quelque chose de plus personnel, de plus intime, qu’une simple commodité échangeable à foison. Pourtant, elles sont aujourd’hui traitées comme telle. Se pose donc la question des garde-fous

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