interview

Didier Ongena (Microsoft): "En Belgique, la technologie est trop souvent synonyme de risque et pas d'opportunité"

Didier Ongena, managing director de Microsoft Belux. ©Studio Dann

Après l’explosion de l’utilisation de Teams, la cyberattaque contre Microsoft Exchange et les différentes annonces de Microsoft concernant des partenariats technologiques avec des entreprises belges, un entretien avec Didier Ongena, managing director de Microsoft Belux, s’imposait.

Durant la pandémie, l’usage de Teams, votre outil de vidéoconférence, a explosé dans le monde. En Belgique aussi?

Nous avons effectivement observé une explosion des chiffres. Teams c’est aujourd’hui 140 millions d’utilisateurs dans le monde, dont 2,2 millions d’utilisateurs en Belgique. La moitié sont dans le milieu scolaire, l’autre moitié sont des entreprises. Il y a eu une augmentation du nombre d’utilisateurs, c’est sûr, mais surtout une augmentation de l’intensité d’utilisation. On fait plus de réunions par Teams et plus souvent. C’est en train de remplacer le téléphone.

Comment allez-vous faire évoluer cette plateforme pour qu’elle s’impose dans la durée?

Quand le grand public pense à Teams, il pense à la communication avec la vidéo, mais il faut l’imaginer comme un nouveau type de système d’exploitation centré sur ses utilisateurs. Teams aide à organiser le travail, la collaboration et donne la bonne info au bon moment. Là où cet outil peut faire la différence, c’est qu’il n’y a pas juste la communication, il y a l’avant et l’après-réunion aussi. Teams peut prendre des notes et traduire en temps réel, par exemple.

"Certaines règles du monde virtuel vont s’imposer dans le monde professionnel réel."

Comment voyez-vous l’après-covid pour le monde du travail?

La suite, c’est un monde du travail hybride. On le voit partout, tout le monde s’en rend compte. Tout va être plus flexible. Il y aura 2 à 3 jours de télétravail par semaine pour les métiers qui le permettent et ça a comme conséquence qu’une partie des équipes seront toujours hors de l’entreprise et une autre partie au bureau. On réfléchit à ce monde où tout le monde doit se sentir impliqué et inclus. Certaines règles du monde virtuel vont s’imposer dans le monde professionnel réel.

Vous n’arrêtez pas d’annoncer des partenariats technologiques en Belgique. Le dernier en date concerne AXA qui veut se lancer dans l’e-santé. Quelle est votre stratégie?

"Notre mission n’a pas changé depuis que nous avons lancé le MS DOS, le contexte oui."

L’idée sous-jacente est chaque fois la même. Toutes les entreprises historiques deviennent des entreprises technologiques. Regardez l’industrie automobile, par exemple, elle engage plus d’ingénieurs software que d’ingénieurs automobiles! Et c’est pareil partout. De notre côté, nous sommes une entreprise de plateformes technologiques. Le cœur de ce qu’on fait, c’est être la plateforme technologique sur lesquels d’autres construisent plus de technologie pour leur entreprise. Notre mission n’a pas changé depuis que nous avons lancé le MS DOS (système d’exploitation créé pour les PC en 1981, NDLR), le contexte oui.

Microsoft Exchange a récemment été victime d’une cyberattaque d’une ampleur inédite. Mille entreprises belges semblaient concernées. Où en est-on aujourd’hui?

Il faut se rendre compte que des attaques ont lieu en permanence. Celle-ci a juste eu plus de retentissement. Aujourd’hui je peux vous dire que nous avons pu identifier que l’attaque venait de Chine. Je me permets de rappeler que les consommateurs et les entreprises dans leur grande majorité n’ont pas été touchés, car ils utilisent nos services dans le cloud. Les entreprises touchées sont celles qui ont choisi de gérer leur infrastructure elle-même. C’est la preuve que le cloud amène de la sécurité supplémentaire. Il ne me viendrait plus, par exemple, à l’idée de faire l’entretien de ma voiture moi-même, ça devrait être la même chose pour les entreprises et leurs serveurs. Il y a moins de 20 % de grandes entreprises en Belgique qui gèrent encore leur infrastructure IT elles-mêmes. Ce sont les petites et moyennes entreprises qu’il faut convaincre.

"Il y a moins de 20% de grandes entreprises en Belgique qui gèrent encore leur infrastructure IT elles-mêmes."

Au-delà des entreprises, les réseaux publics, comme celui de Belnet récemment, sont régulièrement la cible des hackers. Est-on en retard en matière de sécurité en Belgique?

L'attaque contre Belnet était une attaque DDOS (attaque par déni de services, NDLR). L'objectif n'est généralement pas de pirater une organisation, mais plutôt de perturber son fonctionnement quotidien. Dans ce cas, des milliers d'adresses IP de différents pays ont été utilisées pour saturer l'infrastructure du réseau de Belnet. Microsoft n'était pas impliqué dans cette affaire. En retard? La Belgique est tout de même dans la bonne moyenne de l’adoption du cloud qui amène cette couche de sécurité. Mais quand je discute avec mes collègues italiens ou espagnols, je constate que chez eux le plan de relance va être utilisé pour essayer de prendre une avance au niveau technologique.

C’est n’est pas l’impression que vous avez avec la version belge du plan de relance?

Il y a des éléments très positifs. Là où je pense qu’on peut faire mieux, c’est dans la perception que nous avons de la technologie. En Belgique, la technologie est rarement vue comme une solution pour résoudre des défis sociétaux. De manière générale en Belgique, la technologie est trop souvent synonyme de risque et pas d'opportunité.

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