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En reprenant les clés d'Android, les USA forcent Huawei à déménager

©Filip Ysenbaert

La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a pris un nouveau tournant. Poussé par la Maison-Blanche, Google ne renouvellera pas son partenariat commercial avec Huawei. Quelle est l’ampleur du problème et quelles sont les solutions envisageables pour le géant chinois? Décryptage.

La guerre entre les Etats-Unis et Huawei est visiblement loin d’être terminée. Le nouvel épisode est même plutôt violent pour le géant chinois. Google a décidé de ne pas renouveler sa licence attribuée pour l’utilisation de son système d’exploitation Android. Par-là, le géant américain suit les ordres venus de plus haut. La Maison-Blanche a décidé de placer Huawei sur la liste noire des entreprises avec qui les sociétés américaines ne sont pas autorisées à travailler.

Huawei va donc devoir trouver un moyen pour ne plus dépendre de son fournisseur états-uniens. Mais les conséquences ne s’arrêtent pas là. D’autres acteurs dont Qualcomm, Broadcom et Intel qui fournissent des composants à l’entreprise chinoise ont également décidé de faire un pas de côté dans leur relation commerciale qui les lie au poids lourd de l’empire du Milieu. Quelles solutions existent? Quelles sont les conséquences pour l’activité du groupe? La nouvelle soulève une série de questions cruciales pour l’entreprise qui connaissait jusqu’ici une croissance presque déconcertante en Europe notamment.

1. Quelles sont les conséquences pour les utilisateurs?

"Pour les utilisateurs de nos services, Google Play et les protections de sécurité de Google Play Protect continueront de fonctionner sur les appareils Huawei existants."
Mark Jansen
Porte-parole de Google

Il sera évidemment toujours possible d’utiliser les smartphones de la marque. Huawei assure également que le fonctionnement des téléphones déjà en circulation ne sera pas du tout affecté par la fin de ce partenariat. Celle-ci ne portera que sur les prochains appareils. "Nous allons assurer le service pour tous les gens qui ont acheté un de nos téléphones. Il n’y aura donc pas de conséquence pour nos utilisateurs. Les mises à jour seront toujours disponibles et la sécurité reste assurée, explique l’un des porte-parole belges du groupe. Cela concerne aussi le stock dans les magasins et même les prochaines sorties qui étaient déjà prévues depuis longtemps."

L’information a d’ailleurs été confirmée également du côté de Google. "Nous nous conformons à l’ordre et en examinons les conséquences. Pour les utilisateurs de nos services, Google Play et les protections de sécurité de Google Play Protect continueront de fonctionner sur les appareils Huawei existants", explique Mark Jansen, un porte-parole de Google.

2. Quel impact sur les ventes?

©Filip Ysenbaert

Au fil des années, le géant chinois a pris de plus en plus de place sur le marché du smartphone. Sur les derniers trimestres, Huawei a même pris la deuxième position, devant Apple, dans la course au plus grand vendeur mondial de téléphones. Sur le premier trimestre, les ventes du géant s’établissaient à 59 millions de smartphones selon le cabinet spécialisé IDC. Sur 2018, les ventes ont, elles, dépassé les 200 millions d’exemplaires. Si le développement est mondial, l’essentiel des ventes se fait encore sur son marché d’origine, la Chine. De ce côté, l’annonce de Google n’aura qu’un impact limité. La plupart des fonctionnalités comme Gmail ou Google sont déjà censurées dans le pays, quand l’écosytème développé par l’empire du Milieu n’a d’ailleurs désormais plus à pâlir de son homologue américain.

Les conséquences pourraient en revanche être bien plus importantes en Europe où la marque avait des ambitions de croissance sur le marché du smartphone. Le marché américain pourrait également être touché, même si le pays de l’Oncle Sam n’a jamais été la priorité pour le groupe. Il y a un mois, David Harmon, vice-president global public affairs, confiait à L’Echo que l’activité sur le marché américain ne dépassait pas les 6% des revenus totaux du groupe.

3. Que peut faire Huawei?

"Vous vous doutez bien qu’il y a toujours un plan B pour ce genre de situation."

Interrogés, les porte-parole belges de Huawei préfèrent pour le moment éviter la question renvoyant simplement à la communication officielle concernant l’absence de conséquences pour les utilisateurs actuels de smartphones et tablettes Huawei. "Vous vous doutez bien qu’il y a toujours un plan B pour ce genre de situation", souffle-t-on néanmoins chez le géant chinois. Le producteur de smartphones ne peut pas se limiter à la version "libre accès" d’Android. Sans les applis les plus utilisées comme Gmail ou encore YouTube, le service offert ne serait plus à la hauteur de consommateurs habitués à ces incontournables du digital.

Lancer son propre système d’exploitation, cela permettrait à Huawei de ne plus dépendre d’un fournisseur. En mars dernier, un de ses dirigeants dévoilait au journal allemand Die Welt que son entreprise travaillait depuis déjà un certain temps au développement de son propre écosystème et qu’il serait déployable rapidement. Huawei se penche sur la question depuis 2012 déjà.

Huawei
  • Fondée en 1987, l’entreprise compte aujourd’hui plus de 180.000 employés dans le monde.
  • Huawei a enregistré l’an dernier un chiffre d’affaires de 105 milliards de dollars, en hausse de 19% par rapport à 2017.
  • La Chine reste largement son premier marché. Huawei y tire 51% de ses revenus. Les Etats-Unis plafonnent à 6,6% de l’activité totale.
  • L’entreprise répartit principalement son activité entre son offre consommateur (48%) et équipements/opérateurs (40%).

 

À l’époque, un rapport de la Chambre des représentants évoquait déjà des risques d’espionnage. Si Google et Apple sont arrivés avec succès à développer leur système d’exploitation, d’autres se sont déjà cassé les dents sur pareil exercice. À l’image de Windows qui avait développé ses Windows Phone avec leur propre système d’exploitation. La firme a finalement abandonné l’aventure en 2017 suite au manque de succès de ses smartphones. Tout comme Mozilla avec son Firefox pour mobile, abandonné depuis septembre 2016.

Une autre solution serait de mettre en place un partenariat avec un autre développeur. Les solutions existent. L’on pense à des systèmes d’exploitation comme Ubuntu Touch notamment, supervisé par l’entreprise britannique Canonical, fondée (et financée) par l’entrepreneur sud-africain Mark Shuttleworth.

De quoi s’affranchir de la prise américaine. Dans cette optique, Huawei pourrait aussi se tourner vers son marché intérieur où diverses alternatives ont émergé au fil du temps. Si la qualité a longtemps laissé à désirer, il est raisonnable de penser que des alternatives crédibles sont possibles. En effet, pour ne prendre que le cas du géant chinois dont il est ici question, l’entreprise est parvenue à se hisser au rang de fleuron dans les smartphones là où elle n’a longtemps fait que dans l’infrastructure télécoms. Même chose pour des acteurs comme One Plus ou Xiaomi.

4. Et dans le marché des semi-conducteurs?

Comme pour la partie logicielle, là aussi, Huawei s’est préparé. Son bras armé dans le créneau, HiSilicon, a développé dans le secret des produits de secours pendant des années en vue du scénario, alors peu probable, où le groupe chinois se serait vu coupé de son approvisionnement en semi-conducteurs de la part des géants américains, déclarait son président He Tingbo dans une lettre adressée à ses équipes en date du 17 mai.

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