Et si on mettait plus d'intelligence dans l'observation de la Terre?

©© JMH-Galaxy-Contact

Il pleut des données satellitaires, mais elles sont sous-exploitées. Pour Skywin, le pôle de compétitivité wallon actif dans l’aérospatial, la révolution "IA" dans ce secteur ouvre de nouvelles perspectives.

Le traitement automatique des images dans le domaine de l’observation de la Terre est à la traîne. Pour les opérateurs spatiaux wallons, il y a là un potentiel économique important à saisir. Skywin et ses invités le disaient haut et fort mardi à Namur, lors du colloque AI4Copernicus. Copernicus étant le programme de satellites d’observation de la Terre de l’Union européenne.

Pourquoi les applications liées aux données de l’observation de la Terre ne décollent-elles pas? "À cause de la complexité et de l’hétérogénéité des images à traiter, indique Michel Stassart, directeur adjoint de Skywin. Comparer deux images d’une même zone prises à quelques jours ou quelques mois de distance est un défi. L’angle de prise de vue peut être différent selon les satellites mobilisés. L’éclairage au sol peut varier, la résolution des capteurs également."

"Au cours de ces derniers mois, Skywin a accueilli trois start-ups wallonnes actives dans ce domaine." Michel Stassart directeur adjoint de Skywin

"L’utilisation des données satellitaires ouvre cependant de multiples perspectives", dit encore Michel Stassart. Et il ne parle pas nécessairement d’applications bien classiques comme le suivi des cultures dans les champs ou l’évolution de la déforestation. Dans des secteurs comme l’aménagement du territoire, les assurances ou la défense, ces données sont également précieuses. "Même les brokers s’y intéressent, relate-t-il. Aux Etats-Unis, la surveillance des parkings de certains centres commerciaux et de grandes surfaces se fait par satellites. Le suivi périodique du nombre de voitures qui y stationnent donne une idée du nombre de clients, de la taille de leur caddy et donc du chiffre d’affaires de ces commerces. De quoi permettre d’anticiper les bénéfices de l’entreprise à la fin de l’exercice…"

Pour digérer rapidement les données satellitaires et les rendre plus accessibles, il faut miser sur l’intelligence artificielle (IA), le deep learning. "Il faut concevoir des machines et des algorithmes capables d’apprendre par eux-mêmes, de gérer de grandes bases de données, de reconnaître des données caractéristiques, estime Pierre-Philippe Mathieu, de l’Agence spatiale européenne. Et ce à toutes les étapes du système afin de pouvoir extraire les informations pertinentes et les envoyer directement à l’utilisateur final."

Avec le New Space, à savoir l’exploitation commerciale et low cost de l’espace, qui est plus que jamais dans l’air du temps, la révolution IA en observation de la Terre constitue donc une réelle opportunité. "Nous sommes à un tournant dans ce domaine, estime le Pr Pierre Defourny (Earth & Life Institute à l’UClouvain. L’intelligence artificielle est une technologie disruptive."

Aman Pannu, vice-président Aerospace chez le consultant Frost & Sullivan (Inde), abonde. "Ce qui est disruptif dans ce domaine, c’est aussi le fait que la constellation de fournisseurs de services actuels qui utilisent les images satellitaires (comme Yelp, Uber, Google et bien d’autres), font désormais de l’argent et créent de la valeur au départ de données provenant de satellites dans lesquels ils n’ont pas investi un centime." De quoi donner des idées aux entrepreneurs wallons? C’est le but de ce colloque: susciter la prise de conscience.

Déjà des acteurs wallons

Et celle-ci semble frémir. "Au cours de ces derniers mois, Skywin a accueilli trois nouveaux membres, trois start-ups", souligne Michel Stassart, directeur adjoint de Skywin.Parmi les entreprises actives dans ce domaine: Aerospacelab, de Mont-St-Guibert. Cette jeune société créée il y a deux ans, et qui engage actuellement son cinquantième salarié, se propose de développer et de mettre en orbite une dizaine de petits satellites d’observation de la Terre conçus très en amont, avec ses clients potentiels. De quoi leur proposer ensuite des services taillés sur mesure. Son patron, Benoît Deper, est persuadé que l’Intelligence artificielle lui sera utile. Mais surtout, il ne compte pas faire l’économie d’analystes. "Ils resteront indispensables dans toute la chaîne de production", confie-t-il.

Autre jeune société à avoir rejoint Skywin: CHP Consult, de Jalhay. Elle propose de la consultance pour des prototypes et le développement de systèmes spatiaux réalisés en matériaux à mémoire de forme.

Enfin, de son côté, Nolysis, très proche de l’Université de Liège, propose à ses clients des services de conseil et des solutions logicielles pour des analyses vibratoires avancées et non linéaires. Toujours dans le domaine du spatial, mais également dans les secteurs de l’automobile et de l’ingénierie mécanique.

"Ces entreprises savent qu’elles peuvent compter sur le soutien du nouveau gouvernement wallon pour lancer leurs activités. Y compris en matière de financement", souligne Michel Stassart. Dans sa déclaration politique, le nouveau gouvernement wallon s’engage en effet dans cette voie. Notamment "en soutenant l’ambition entrepreneuriale et industrielle dans ce domaine via un soutien financier ambitieux". "Il y a quelques mois, un fonds spatial doté d’une vingtaine de millions d’euros a été créé en Wallonie", rappelle le responsable de Skywin. De quoi donner des envies d’entreprendre?

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect