interview

"EVS doit pouvoir continuer à évoluer avec ses propres forces" (Serge Van Herck)

©wim kempenaers (wkb)

Après 14 mois d’intérim assuré par Pierre De Muelenaere, EVS a enfin un nouveau CEO. Serge Van Herck possède une longue expérience dans l’industrie du broadcast et des communications par satellite. Ses défis sont nombreux: faire croître l’entreprise, innover encore et toujours dans un marché difficile, préserver son indépendance.

Quatorze mois après le départ mouvementé de Muriel De Lathouwer et le long intérim comme CEO du président du conseil d’administration Pierre De Muelenaere, EVS a enfin un nouveau un capitaine: Serge Van Herck. "On a mis le temps mais c’est le bon profil, il a un parcours entrepreneurial et managérial, notamment dans des PME, dans un business proche de celui d’EVS", se réjouit Pierre De Mulenaere.

Serge Van Herck est entré directement en fonction mais il sera encadré jusqu’à la fin de l’année par Pierre De Muelenaere – qui quittera aussi à la même échéance la présidence du CA – afin d’assurer une transition en douceur. Ce qui n’est pas du luxe car la société liégeoise active dans la production de vidéo en direct doit faire face à de nombreux défis. Passage en revue.

• S’inscrire dans la durée

EVS a besoin de stabilité. En moins de huit ans, elle a connu quatre CEO: Pierre Lhoest, Joop Janssen, Muriel De Lathouwer et donc Pierre De Muelenaere. Début 2018, l’ambiance n’était pas bonne, des gens quittaient le navire et le premier semestre allait s’avérer médiocre alors que les années paires, marquées par les grands événements sportifs, sont meilleures que les impaires. Depuis, Pierre De Muelenaere est parvenu à remobiliser les troupes. Serge Van Herck devra s’inscrire dans cette voie. "Il devra à la fois garder cet esprit entrepreneurial d’EVS et celui d’une entreprise qui occupe tout de même 500 personnes", estime Guy Sips, analyste chez KBC.

• Poursuivre le redressement initié par son prédécesseur

Sous la houlette de Pierre De Muelenaere, le business d’EVS s’est amélioré ces derniers mois. Le carnet de commandes bien rempli (22,5 millions d’euros) dopé par les événements prévus en 2020 et une commande de 8 millions de dollars pour NEP, leader international dans les services de production audiovisuelle. À Serge Van Herck de poursuivre cette dynamique.

• Renouer avec la croissance

Ces derniers mois, EVS est revenue à des performances opérationnelles plus en phase avec ses standards, mais le chiffre d’affaires peine à réellement progresser. Il s’élevait à 116 millions en 2018 (pourtant une année paire), loin des 131,4 millions de 2014 et des 130,8 millions de 2016. "Retrouver de la croissance sur le long terme sera un de ses principaux objectifs", note un bon connaisseur de l’entreprise.

"Avec la moitié de ses 500 collaborateurs affectés à la R&D, EVS a un potentiel de développement unique." Serge van herck ceo d’evs

Cependant, le marché d’EVS est en pleine transition. Il migre du monde du broadcast, la télé analogique, au monde de l’IP, la télé par l’internet. Grâce aux connexions haut débit par fibre optique, EVS a développé des technologies permettant la production à distance à des milliers de kilomètres de l’événement. Plus besoin donc de multiplier les cars de régie et les équipes à côté des stades. La société a aussi développé un nouvel outil, le X One, dédié aux productions en direct plus légères permettant à une seule personne de tout faire: enregistrement, ralentis, caméras, éléments graphiques…

"Le problème c’est que le marché tarde à adopter ces nouveaux produits", observe Guy Sips. "Mises sous pression par les géants du streaming et par l’érosion de leurs revenus publicitaires, les clients d’EVS, les chaînes de télévision, tardent à renouveler leurs équipements", note de son côté David Vagman analyste chez ING. " Faire face à un marché difficile et en pleine transformation avec des clients qui tardent à investir est sans doute mon premier défi, reconnaît Serge Van Herck. Je crois l’équipe capable d’y faire face en innovant pour répondre aux besoins des clients car on a la chance d’avoir un potentiel de développement important avec la moitié des 500 membres du personnel affecté à la R&D, ce qui est unique."

• Effectuer les bons choix stratégiques

Globalement, la stratégie ne devrait pas trop changer. "Un des précédents CEO, Joop Janssen, avait étendu les activités de l’entreprise au monde du divertissement, cela n’a pas fonctionné, EVS s’est recentré sur ce qu’il connaît le mieux, le sport, c’est cohérent", juge Guy Sips. D’autant que les outils développés par EVS, plus souples et moins coûteux, permettent de couvrir davantage de sports – y compris l’e-gaming – et moins médiatisés.

• Garder l’indépendance de la société

Techniquement, EVS est opéable, soutenait il y a un an dans ces colonnes Pierre De Muelenaere. Depuis, l’ex-CEO par intérim et son conseil d’administration ont fait leur part du boulot et stabilisé la société. Face aux velléités de son concurrent canadien Evertz de grimper dans son capital (il a dépassé le seuil des 3% des droits de vote l’automne dernier), EVS a lancé un programme de rachats d’actions et fait entrer fin 2018 deux actionnaires de choix dans son capital, Belfius et AvH, "afin de soutenir le développement des activités notamment en termes de stratégie, de plans de développement de produits et de financement." "Ma mission est en effet de faire en sorte que la société puisse continuer avec ses propres forces, même si on n’est jamais à l’abri d’une proposition extérieure qui sera, le cas échéant, à examiner", réagit l’intéressé.

Si bien que plutôt que de refroidir d’éventuels prédateurs, c’est l’inverse que le nouveau CEO pourrait être amené à faire: procéder à l’une ou l’autre acquisition. "C’est tout à fait faisable, EVS bénéficie d’une bonne situation financière et on regardera sûrement les bons projets, s’ils se présentent."

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