EVS réfléchit à des mesures anti OPA

Si la moitié du business d'EVS (le sport) est à l'arrêt, en revanche, l'autre moitié (les news) tourne à plein régime. ©BELGA

La société liégeoise active dans les technologies de l’image a vu son cours chuter depuis la crise. Sa direction se veut sereine et planche sur des mesures pour se prémunir de tentatives hostiles.

Le patron de l’Union wallonne des Entreprises, Olivier de Wasseige, s’inquiétait récemment de l’avenir des fleurons wallons, dont la capitalisation boursière est plombée par la crise (L’Echo du 18 avril). Il disait craindre une vague d’OPA les faisant passer sous contrôle étranger et plaidait pour des mesures de défense et, le cas échéant, une entrée des pouvoirs publics dans leur capital.

Parmi ces sociétés, figure EVS. Fin mars, la société liégeoise spécialisée dans les applications vidéonumériques pour la télévision annonçait que son objectif de 100 à 120 millions de chiffre d’affaires pour 2020 ne serait pas atteint, surtout en raison du report à 2021 de L’Euro de foot et des Jeux olympiques (12 millions de revenus prévus). Dans la foulée, elle annonçait l’annulation du dividende final de 0,50 euro de 2019.

100 à 120 millions d'euros
de chiffre d'affaires
EVS a récemment revu à la baisse ses prévisions de chiffre d'affaires. L'objectif de 100 à 120 millions d'euros ne pourra pas être atteint en 2020

"J’ai été agréablement surpris de lire ce message de l’UWE, nous a confié, son CEO, Serge Van Herck. Cette idée est d’ailleurs partagée par l’ISS. Cet organisme américain de défense des actionnaires, qui est normalement contre ce type de mesure de protection, estime, lui aussi, qu’il est opportun de mettre en place des mécanismes de défense contre les OPA."

Cible potentielle

Chez EVS, il n’existe plus de mécanisme de défense à proprement dit depuis l’entrée au capital d’AvH et de Belfius Insurance fin 2018. "Nous avons lancé un programme de rachat d’actions de 10 millions qui nous permet aujourd’hui de détenir 4,1% de la société, si bien qu’on a dépassé de 10% le squeeze-out", commente le CFO Yvan Absil, qui ajoute qu’en raison de la faible liquidité du titre, il faudrait plusieurs mois à un potentiel prédateur pour prendre une position significative dans EVS."

Certains jugent cependant EVS "opéable". "C’est le type de valeur qui, si elle continue à sous-performer, pourrait intéresser un acquéreur", confiait récemment à L’Echo Michel Ernst, stratégiste senior en actions chez CBC. "En raison de l'absence d'un grand actionnaire familial, vous ne pouvez pas exclure une acquisition, renchérit Guy Sips, executive director research chez KBC Securities, mais malgré les conditions de marché difficiles, EVS reste l'une des plus belles entreprises technologiques du pays."

Face à cette éventualité, EVS ne reste pas les bras croisés. "Il n’y a jamais eu de tentative d’OPA sur EVS, mais cela ne veut pas dire que cela ne pourrait pas arriver. La question est de savoir combien d’actionnaires seraient prêts à vendre à un certain cours, commente Serge Van Herck. Avec le conseil d’administration, on réfléchit à de nouvelles mesures de protection, comme l’arrivée de nouveaux actionnaires, une augmentation de capital..." Le mécanisme du double vote est également à l'étude afin de fidéliser les actionnaires à long terme.

"Il n’y a jamais eu de tentative d’OPA sur EVS, mais cela ne veut pas dire que cela ne pourrait pas arriver."
Serge Van Herck
CEO d'EVS

Serge Van Herck paraît serein: "On parle beaucoup du report des JO et de l’Euro, mais ce n’est que du chiffre d’affaires différé d’un an, rappelle-t-il. Nous pouvons aussi nous appuyer sur une trésorerie solide (60 millions, NDLR) qui sera renforcée par les 7 millions de dividendes que nous ne verserons pas cette année; et puis, nous n’avons quasiment plus de dettes."

Business as usual

Malgré tout, la moitié du business traditionnel d’EVS – le sport – est affecté puisqu’il n’y a plus de compétitions. "Nos clients qui produisent les événements sportifs, ceux qui ont des cars où sont installés nos produits sont effectivement à l’arrêt, constate le CEO d’EVS, je pense qu’il y aura un effet de rattrapage dans la 2e partie de l’année avec la reprise des compétitions."

"Dans le sport, il y aura un effet de rattrapage dans la 2e partie de l’année, avec la reprise des compétitions."
Serge Van Herck
CEO d'EVS

En revanche, la demande reste forte pour l’autre pan des activités d’EVS, les news: "Cela compense en partie la baisse dans le sport, explique le CEO, il y a une forte demande d’infos, les chaînes de télé continuent à commander des équipements et nous essayons de les aider à faire de la production à distance. C’est une opportunité pour nous, car dans le futur, les clients vont de plus nous demander que nos solutions soient compatibles avec le travail à l’extérieur."

Résultat: EVS fonctionne quasi comme d’habitude. "Plus de 95% de gens travaillent, la plupart en homeworking. Cela ne nous perturbe pas trop, car avec 22 bureaux dans le monde, on est habitué. À l’avenir, on voyagera moins et on fera plus de télétravail chez EVS." Normalement, à cette époque, les équipes d’EVS sont au NAB de Las Vegas, le plus gros salon au monde du broadcast. Celui-ci a été annulé, "mais nous avons organisé une sorte de NAB virtuel, en faisant des démos à distance de nos nouvelles technologies".

 

 

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