Facebook s'émancipe de sa relation avec Telesign. Coup dur pour Proximus?

Désormais, les utilisateurs ne seront plus obligés d'attendre un code par sms pour accéder à leur compte. ©istock

Le réseau social américain va élargir à de nouveaux partenaires son processus de vérification en deux étapes, s’affranchissant du recours aux seuls SMS. A priori anecdotique, l’annonce cache un enjeu: ces messages font le business de l’américain TeleSign, racheté l’an passé par Bics, filiale internationale de Proximus.

Exit le monopole des SMS dans la vérification en deux étapes chez Facebook. Désormais, les utilisateurs ne seront plus obligés d’attendre un message leur renseignant un code supplémentaire à fournir juste après avoir tapé leur mot de passe lorsqu’ils souhaitent accéder à leur compte.

Le célèbre réseau social américain vient en effet d’annoncer l’arrivée de nouveaux partenaires tels que les applications Google Authenticator et Duo Mobile pour générer lesdits codes de connexion, "une des meilleures façons de protéger la confidentialité de son compte", selon l’entreprise. Largement utilisé, ce procédé permet d’ajouter une seconde ligne de défense à son espace personnel en cas de vol de mot de passe par exemple. Un point positif donc que cette nouveauté, serait-on tenté de penser.

Oui, sauf que les SMS dont il est ici question, précédemment les seuls à être employés, composaient l’essentiel de l’activité de TeleSign, entreprise américaine rachetée en 2017 par Bics, la filiale internationale de Proximus, pour quelque 230 millions de dollars.

"Pas une menace"

Dès lors, peut-on parler de mauvaise nouvelle? "Bien sûr que non", rétorque d’emblée Alexandru Filip, porte-parole de Bics. "Facebook est l’un de nos clients et nous continuerons à le soutenir dans son évolution, tout en nous en adaptant nous-mêmes en cours de route". Et puis, "nous travaillons pour les vingt plus importants acteurs du secteur", ajoute-t-il, signe qu’il ne s’agit ici que d’une tempête dans un verre d’eau. En conclusion, car limité, ce début de changement ne constituerait pas un frein majeur au bon fonctionnement de TeleSign sur le long terme.

Certes, sauf qu’il n’empêche que la décision de Facebook souligne un point plutôt technique, mais important: le SMS pourrait ne pas être la méthode la plus appropriée à un second degré de protection à la connexion, des hackers pouvant jouer d’ingénierie sociale (pratique visant à obtenir par manipulation mentale une information confidentielle) dans ce cas, chose plus complexe dans le cas d’applications tierces. Le business de la sécurisation pourrait donc en subir les conséquences…

Réponse de Bics: "TeleSign est une plateforme de communication en tant que service ("CPaaS", NDLR), ce qui veut dire que nous n’y sommes pas uniquement actifs dans la sécurité, même s’il s’agit d’une part importante de l’activité", tempère Alexandru Filip. Bref, pour lui, "cette annonce ne constitue pas une menace. Comme le marché se déplace, nous évoluerons nous aussi".

+5,1%
L’acquisition de TeleSign par Bics, filiale internationale de Proximus, lui a permis d’enregistrer un ebitda en hausse de 5,1% au premier trimestre par rapport à la même période l’an passé, alors en recul de 6,4% comparativement à 2016.

En parallèle de cet aspect de la question, reste enfin que le recours à un outil dédié comme celui du géant américain Google, Google Authenticator, pourrait prendre de l’ampleur. Après tout, certains services populaires l’utilisent déjà, avec succès.

C’est tant mieux, répond-on en substance du côté de Bics. En effet, le marché de l’authentification générait précédemment des revenus sur base de transactions; désormais, il pourra tirer parti (et profit) du trafic généré, en croissance. De même, force est de constater que "Facebook ne dispose par des infrastructures nécessaires pour transférer ses données à travers le monde, ils devront donc continuer à passer par Bics", conclut Alexandru Filip.

Côté chiffres, les résultats financiers de Proximus pour le premier trimestre de l’année donnent un éclairage intéressant sur l’enjeu qui pèse autour de TeleSign. Alors que la traditionnelle activité voix a continué à peser sur les performances de sa maison mère, Bics, les revenus non-voix ont, eux, augmenté de 32% au 1er trimestre, contre 0,6% à la même période en 2017, signe du changement qui s’opère actuellement pour la filiale internationale de l’opérateur historique depuis le rachat du spécialiste américain de l’authentification et de l’identification mobile. L’ebitda a terminé à 35 millions d’euros, en hausse de 5,1% par rapport à la même période l’an passé, alors en recul de 6,4% comparé à 2016.

Une réalité qui a amené Dominique Leroy, CEO de Proximus, à pointer du doigt début mai le "solide soutien" aux résultats de Bics de la part de TeleSign, consolidé depuis novembre, ainsi que des synergies "qui délivrent des résultats, comme attendu". La tendance à la baisse de revenus des derniers trimestres semblait donc mise au placard pour laisser place désormais à une nouvelle dynamique… jusqu’à l’annonce d’aujourd’hui?

Il convient de préciser que la décision de Facebook est celle d’un élargissement des possibles, et non une coupure pure et simple du business de la firme acquise par Bics. Un élargissement limité à un seul acteur. L’heure des conclusions est pour plus tard.

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