Google injecte 1,1 milliard d'euros dans sa filiale belge

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Le géant américain vient d’augmenter de 1,1 milliard d’euros le capital de Crystal Computing, sa filiale belge exploitant ses data centers à Saint-Ghislain. L’opération vise manifestement à apurer la grosse perte à court terme de la société.

En toute discrétion, le géant américain Google vient d’injecter 1,1 milliard d’euros dans sa filiale belge Crystal Computing (alias Google Technology Belgium), qui construit et exploite les centres de données du moteur de recherche à Saint-Ghislain. L’opération s’est faite le 30 juillet dernier, en deux phases: le capital social a été augmenté de 781 millions tandis que 315 millions ont pris la direction du poste "prime d’émission".

Pourquoi un tel montant? Au siège belge du groupe, on n’a pas trop envie de s’étendre sur le sujet; tout au plus le porte-parole consent-il à reconnaître que l’opération est liée aux investissements. Le groupe a annoncé voici quelques mois pour 600 millions d’euros de nouveaux investissements sur le site wallon. La lecture des comptes annuels de la filiale belge nous en apprend plus.

Le groupe a annoncé voici quelques mois pour 600 millions d’euros de nouveaux investissements sur le site wallon.

On y apprend, d’une part, que l’investissement de 2019 avait déjà été commencé à être engagé l’an dernier et, d’autre part, que la société Crystal Computing avait surtout financé ses investissements par des dettes à court terme. L’an dernier, elle a dégagé un chiffre d’affaires de 385 millions d’euros, un cash-flow de 297 millions, un résultat d’exploitation de 30 millions et un bénéfice net de 19,8 millions. À fin 2018, elle totalisait pour 443 millions d’euros de capitaux propres et pour 1,118 milliard d’euros de dettes, dont la grosse majorité à court terme (1,111 milliard à moins d’un an). Par rapport à l’année précédente, ses dettes ont crû d’un peu moins de 600 millions, correspondant à la hauteur du nouvel investissement annoncé.

Liquidité faible

Le problème, c’est qu’avec pareil niveau d’endettement à court terme, les ratios de liquidité de la filiale se sont singulièrement détériorés. Ses fonds de roulement sont devenus négatifs à concurrence d’environ un milliard. Qu’en pense un professionnel du chiffre? "Les ratios de liquidité pour ce type de société sont faibles et inférieurs à l’unité, observe Dimitri Lhoste, senior manager au bureau BDO Réviseurs d’entreprise. On pourrait supposer que la société ne soit pas capable d’honorer ses obligations à court terme – ses actifs circulants sont bien inférieurs à ses fonds de tiers à court terme. Une liquidité faible engendre un fonds de roulement négatif: à nouveau, pour Crystal Computing, il l’a toujours été. Ces fonds sont considérés comme les ressources destinées à financer l’exploitation, et constituent une sorte de matelas de sécurité. On pourrait donc croire que la société ne dispose pas de ce matelas de sécurité."

"La société n’en est pas moins très rentable, avec un cash-flow positif de près de 300 millions. Et les fonds propres restent supérieurs au capital souscrit."

À l’opposé, deux autres constats tirés des chiffres sont rassurants: "La société n’en est pas moins très rentable, avec un cash-flow positif de près de 300 millions. Et les fonds propres restent supérieurs au capital souscrit."

Un troisième élément confirme qu’il n’y a pas péril en la demeure et renvoie à l’identité des prêteurs. Dans le paquet de dettes à court terme, quelque 806 millions sont renseignés comme "autres dettes" et désignent vraisemblablement des avances consenties par la maison-mère pour financer les investissements; le gros du solde concerne les dettes envers les fournisseurs (295 millions). Dans les annexes aux comptes, on apprend qu’au total, 1,026 milliard d’euros de dettes sont contractés auprès d’entreprises liées. Autrement dit, la plupart d’entre elles sont faites à l’intérieur du périmètre du groupe américain.

L’injection de capital frais du 30 juillet 2019 devrait donc permettre à Crystal Computing d’apurer ses dettes à due concurrence. On en trouvera confirmation dans ses comptes 2019, à publier l’an prochain.

Conclusion, circulez, rien à voir? Pas tout à fait. Il aurait sans doute été plus cartésien que Google augmente le capital de sa filiale belge par apport de créances: en convertissant ses dettes en capital-actions, autrement dit. Quant à Dimitri Lhoste, il tique aussi sur la méthode, pour une autre raison: "Un fonds de roulement négatif implique que l’entreprise finance des actifs immobilisés au moyen de crédits à court terme, ce qui n’est pas une situation saine."

Investissements soutenus

Depuis 2009 et l’annonce de l’arrivée du géant américain sur les terres wallonnes, les billets verts se sont accumulés autour des différents projets, permis et expansions des activités de Google en Belgique. Tout a commencé en 2009 par une annonce en fanfare et un investissement de 250 millions d’euros pour la construction du premier data center à Saint-Ghislain. Quatre ans plus tard, Google ressortait son chéquier avec, cette fois-ci, 300 millions d’euros pour construire un deuxième data center juste à côté du premier. Le troisième de la famille arrivant cinq ans plus tard pour 250 millions d’euros, avec en bonus 3 millions d’euros consacrés à la construction centrale à énergie solaire destinée à alimenter le site en électricité.

1,4
milliard
Jusqu'à présent, Google a investi 1,4 milliard d’euros en Belgique.

Enfin, en juin dernier, Google annonçait le dernier investissement en date: 600 millions d’euros pour la construction d’un quatrième data center. Un investissement qui porte à 1,4 milliard d’euros le total des fonds investis en Belgique.

À cela s’ajoutent 200 millions d’euros qui n’ont pas eu d’affectations précises au cours des 15 ans de présence de Google en Belgique, mais qui ont bien été annoncés comme investis en Belgique par le géant californien. Un montant total d’investissement équivalent à ce que Google a investi en Finlande, son autre point de chute favori en Europe.

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