Huawei sonne la riposte avec ses produits et sa com'

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Tancé par les USA sur le volet de la sécurité, le géant chinois se trouve des alliés. Et attaque, lors de la grand-messe des télécoms.

Difficile de passer à côté du géant chinois pour les quelque 107.000 visiteurs qui se pressent dans les allées de la grand-messe des télécoms, le Mobile World Congress, qui se tient actuellement à Barcelone. Huawei a mis les petits plats dans les grands pour se refaire une image auprès du grand public.

"La 5G est un défi technologique, pas politique."
Vincent Pang
Président d’Huawei pour l’Europe occidentale

D’un stand gigantesque, dessiné par son centre de design parisien, à la myriade d’employés venus occuper le terrain, en passant par les tenues multicolores typiques de différents pays du globe de ses hôtesses – symbolisant son ambition de connecter le monde dans son ensemble –, le géant chinois, qui fabrique tout, de l’antenne au routeur en passant par le smartphone, n’a pas lésiné sur les moyens, ne cachant en rien l’importance de ce qui se joue ici, en Europe. À savoir, la nécessaire reconquête.

Les USA, après avoir lancé les hostilités en qualifiant les équipements 5G du chinois comme à risque en matière de sécurité nationale, œuvrent en coulisses pour contrecarrer ces plans de regain de popularité. Forts d’une délégation composée de profils expérimentés issus d’agences de sécurité, économiques et diplomatique, Huawei a décidé de mener la bataille sur-le-champ des produits plutôt que de la politique. "Parce que la 5G est un défi technologique", taclait ce lundi Vincent Pang, président d’Huawei pour l’Europe occidentale. Du moins, c’est là la position affichée à l’égard du public par le géant. Bien que les rencontres se succèdent dans l’aile dédiée aux représentants gouvernementaux venus des quatre coins du globe.

Volte-face européenne?

Sauf que sur ce plan, le soufflé est quelque peu retombé ces derniers jours après les quasi-volte-face anglaise et allemande à l’égard d’Huawei. Après avoir un temps laissé planer le doute quant à une interdiction pure et simple du constructeur asiatique, tous deux sont récemment revenus sur leurs positions respectives, arguant désormais, pour le premier, qu’il est possible de limiter les risques liés à l’utilisation dans la 5G d’équipements conçus par Huawei, quand le second réfléchirait de son côté à comment éviter de devoir s’en passer, entend-on de source politique.

L’industrie est entre-temps, elle aussi, montée au créneau pour défendre son champion, à défaut de rivaux de taille au niveau européen.

De plus, aide non négligeable, l’industrie est entre-temps, elle aussi, montée au créneau pour défendre son champion, à défaut de rivaux de taille au niveau européen – Nokia et Ericsson étant jugés par beaucoup comme à la traîne par rapport à leur concurrent chinois. Nick Read en tête. CEO de Vodafone, deuxième plus gros opérateur mobile au monde, l’homme a enjoint ce lundi les Etats-Unis à partager quelques preuves qu’ils détiendraient au sujet de Huawei avec les autorités européennes. Et pour cause, il ne faudrait pas ajouter un épouvantail sans raison. Une interdiction du recours à la technologie d’Huawei pour les réseaux de téléphonie mobile pourrait retarder de deux ans le déploiement de la 5G en Europe, selon lui. Excusez du peu.

S’il ne s’agit pas d’un direct, le message qui se dessine entre les lignes fait, lui, l’effet d’un coup-de-poing. De son côté, Stéphane Richard, patron du géant mondial des télécoms Orange, a abondé en ce sens, parlant d’un "risque sur la chaîne d’approvisionnement en équipement, vrai souci que l’on voit pour la première fois dans notre industrie", lui qui disait jeudi dernier déjà, lors de la présentation des résultats du groupe, que "des mesures de bannissement ou de restriction sur un des grands acteurs des télécoms pourraient se traduire par des délais ou des coûts supplémentaires" pour les opérateurs. En ce compris en Belgique, où Proximus et Orange travaillent avec Huawei pour leurs tests en matière de 5G, quand Telenet et VOO ont eux opté pour le compatriote ZTE.

Crochets et uppercuts

Bref, l’équipementier n’est donc désormais plus si seul dans les cordes, après plusieurs mois de coups durs à encaisser. L’entreprise a d’ailleurs profité pour reprendre ses esprits… et contre-attaquer dans le match intense qui se joue aux yeux de tous.

Premier crochet, adressé en grande pompe: un smartphone ultra-haut de gamme, compatible 5G, pliable pour cacher un second écran qui peut venir doubler la taille du premier sur demande, qui se recharge bien plus vite que par le passé, – revers de la médaille, compter 2.299 euros. De quoi rivaliser avec le dernier joujou de son rival coréen, Samsung.

Puis, un uppercut, avec une borne 5G qui permettra de profiter, à la maison, de débits supérieurs à ce dont de nombreux Belges bénéficient encore via l’internet fixe. Bienvenue dans la "gigabit era".

Mais voilà, reste une question, derrière les gestes: est-ce que le sportif est en bonne santé pour tenter de remporter le match? "Heureusement, nous ne ressentons jusqu’ici pas beaucoup [ces tensions politiques] dans nos chiffres", indique Vincent Pang. Après tout, l’Europe ne pèse qu’entre 10 et 15% – l’Amérique 6,5% –  des 75,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires 2017 du mastodonte. La Chine, à elle seule, y représente par contre toujours 50,5%, en croissance annuelle… de 29%.

Si l’on ajoute quelques autres locomotives asiatiques, et différents pays d’Afrique où tout est à faire, le challenger Huawei peut voir venir. Sans devoir plier l’échine face à l’Occident. Alors, pour autant, il ne faudrait pas que la situation se mue en virus qui se répandrait au-delà du Vieux continent, risquant d’affaiblir le groupe. Et pour ce faire, il faudra se prémunir. Ou lutter. Ce qu’Huawei semble avoir bien compris. Suffisant?

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