portrait

Kevin Mayer, l’homme qui doit sauver TikTok du bannissement

Habitué des histoires efficaces et des fins heureuses, Kevin Mayer tente d'éviter le scénario de plus en plus réaliste d’une interdiction de TikTok sur le territoire américain.

Ancien patron du service de streaming de Disney, Disney+, Kevin Mayer se retrouve dans une situation délicate en tant que CEO de TikTok. Alors qu'il était il y a quelques mois responsable du lancement d’une des plateformes de streaming les plus attendues, il se bat aujourd’hui pour la survie de TikTok aux États-Unis depuis qu’il en a été nommé CEO en mai dernier. Son départ de l’un des postes en vue à Hollywood en avait surpris plus d’un à l’époque, mais la popularité grandissante de l’application de tous les records (utilisateurs, viralité, impact) avait convaincu les sceptiques qu’il s’agissait d’un choix judicieux.

TikTok pour les jeunes, Facebook pour les vieux

Aux États-Unis, TikTok compte plus de 100 millions d’utilisateurs. Pandémie mondiale aidant, la renommée du réseau social a explosé durant les semaines de confinement. Les adolescents ennuyés et enfermés ont été conquis par les courtes vidéos musicales, les chorégraphies complexes et les "challenges" de la plateforme, au point que TikTok rivalise désormais avec Facebook. Le réseau social de Mark Zuckerberg est devenu un réseau d’information, un gigantesque fil d’actualité qui n’amuse plus les jeunes. TikTok, c’est le fun, l’exutoire.

Il n’empêche que cet exutoire coloré et musical voit ses jours comptés sur le sol américain. TikTok est menacé d’interdiction par Donald Trump car accusé d’espionner pour le compte de la Chine. TikTok a un CEO américain mais est bien chinois, la plateforme appartient à ByteDance, entreprise technologique en vue à l’est.

Stratégie offensive

Kevin Mayer ne compte pas se laisser faire. Il veut même profiter de l’occasion pour faire un croque-en-jambe aux géants de la tech américaine. TikTok est accusé d'espionner ses utilisateurs américains au profit de la Chine? L'ancien ponte de Disney répond: "Nous croyons que toutes ces entreprises devraient dévoiler aux régulateurs leurs algorithmes, leur politique de modération des contenus ainsi que leurs flux de données", explique-t-il, endossant le rôle du chevalier blanc face aux Gafa.

Une nomination stratégique

Le choix de Kevin Mayer pour en devenir CEO n’était évidemment pas anodin. Donald Trump avait à l’époque dans le viseur Huawei mais les autres entreprises technologiques chinoises savaient que leur tour viendrait. TikTok avait donc anticipé pour commencer à montrer patte blanche aux États-Unis. Avec son look de gendre idéal, son patriotisme affiché et son CV impressionnant, Kevin Mayer était le candidat idéal pour poursuivre l’ascension de TikTok tout en s’assurant les faveurs de la Maison-Blanche.

Trois mois plus tard, on n’a jamais été aussi proche de voir TikTok disparaitre des centaines de millions de smartphones américains. Kevin Mayer a encore quelques cartes en main, mais la partie est serrée. Il a déjà tenté la fibre patriotique dans une lettre ouverte accusant Facebook de vouloir faire de TikTok le vilain petit canard pour des questions de concurrence. Il s’évertue à rappeler qu’une entreprise chinoise qui intronise un CEO américain est une preuve de bon vouloir. Un peu maigre aux yeux du gouvernement américain.

Contrer l’hégémonie de Facebook

Kevin Mayer veut convaincre Donald Trump que Facebook est le vrai méchant des réseaux sociaux. TikTok est le premier réseau social chinois à percer à l'international et est, selon lui,  en train de sauver le secteur de la toute-puissance de Facebook. "Il est malheureux pour les créateurs, les marques et la communauté au sens large, que, depuis des années, aucune entreprise n'ait émergé en réinventant ce qu'une plateforme sociale de divertissement peut être", poursuit Kevin Mayer.  L'argument peut peser lourd, alors que les élus du Congrès américain s’interrogent en ce moment sur d'éventuels abus de position dominante de la part de Facebook.

Microsoft à la rescousse

La piste la plus sérieuse est pour le moment Microsoft, qui pourrait réaliser un joli coup de poker et par la même occasion sauver la tête de Kevin Mayer en rachetant la branche américaine de TikTok. Microsoft serait prête à s’engager à accéder aux demandes américaines en matière de sécurité et de protection des données.

Le vieux dinosaure de la tech pourrait ainsi s’offrir un coup de jeune après avoir dû abandonner la bataille du streaming de jeux vidéos il y a quelques semaines face à Twitch. Un lifting à plusieurs centaines de millions de dollars et sous la contrainte de règles très strictes. D’autres prétendants pourraient se déclarer, mais quoi de mieux qu’une entreprise qui travaille déjà avec le gouvernement américain pour le contenter. Ce dernier a donné au géant technologique 45 jours pour négocier. 45 jours, c’est donc le délai qui reste à Kevin Mayer pour sauver TikTok aux USA et probablement sa place. Il avait surement espéré un autre scénario que celui-ci qui ressemble pour le moment à un mauvais remake de la guerre froide.

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