reportage

"L'entrepreneuriat social est la seule voie possible"

Le premier prix de la TNW Conference s'appelle Change Please. Développé par Cemal Ezel, ce projet propose des formations de barista aux sans-abris. ©AFP

À Amsterdam, on a tenté de changer le monde durant la TNW Conference. Eaux usagées qui s’évaporent, lunettes ajustables, e-reader pour personnes malvoyantes… Et cette question en toile de fond: peut-on concilier profit et réel impact sur la société, voire le monde?

Diana Yousef est une jeune femme brune dynamique. Elle vit aux Etats-Unis. Avec son projet "Water Labs", qu’elle surnomme elle-même the "iThrone", elle et son équipe de dix personnes ont développé une toilette portable qui utilise une simple membrane, semblable à une feuille de papier extrêmement fine, pour évaporer rapidement 95% des eaux usées sans utiliser d’énergie.

Autrement dit, plus de gaspillage d’eau, moins de maladies, et surtout davantage de sécurité pour les femmes dans les pays qui ne disposent de systèmes d’égouts. "Une fois installée, plus aucune autre infrastructure n’est nécessaire. C’est là notre proposition de valeur: les systèmes sanitaires nécessitent généralement de l’entretien et supposent des coûts supplémentaires que notre solution permet de diminuer fortement. Et simultanément, nous augmentons drastiquement la scalabilité du produit", nous explique-t-elle.

Will.i.am, membre du jury de la quatrième édition de Chivas Ventures. ©BELGAIMAGE

Eric Sicart, un peu plus loin, est Espagnol. Il a créé "Braibook", un outil "presque" magique qui permet littéralement de transformer en braille n’importe quel texte numérique. Pour les pays en voie de développement, l’appareil est gratuit.

Pour les autres, il faut débourser 150 dollars, soit presque rien en comparaison des prix exorbitants des livres en braille. "Le prix équivaut à deux/trois livres en braille. C’est à peu près le prix du Tome 6 d’Harry Potter", sourit Eric Sicart. L’appareil est déjà sur le marché et la société travaille avec un certain nombre de distributeurs et de partenaires comme des écoles ou des ONG spécialisées.

"Un entrepreneur social est capable de monter un projet qui allie à la fois rentabilité et objectif social."
Sheila Herrling
Entrepreneur et membre du jury Chivas Ventures

Diana et Eric font partie des cinq grands finalistes parmi les 24 entrepreneurs issus des quatre coins du monde qui ont tenté de remporter une partie du fonds international d’un million de dollars mis en place par Chivas Ventures depuis quatre ans. La compétition finale a eu lieu lors de la TNW Conference. Cette année, le premier prix a été attribué à Cemal Ezel, fondateur de Change Please, un projet qui réhabilite la communauté des sans-abri en leur offrant des formations pour devenir barista. Pour développer son projet, il a reçu un petit coup de pouce financier de 350.000 dollars. Braibook a reçu 150.000 dollars et Water Labs 50.000 dollars.

Un impact mesurable

Comme pour toute start-up qui cherche à passer à la vitesse supérieure, cet apport en capital frais devient rapidement une nécessité. Reste à trouver et convaincre des investisseurs. Or, il y a une sorte de défiance naturelle envers les entrepreneurs sociaux. Ces types de projets peuvent-ils être à la fois rentables et avoir un réel impact sur la société? Sheila Herrling, membre du jury et senior Fellow au The Beeck Center for Social Impact, en est convaincue. "Un entrepreneur social est quelqu’un qui est capable de construire un business qui allie profit et objectif. Ce ne sont pas que des mots: il y a une réelle intention d’avoir un impact et d’être transparent par rapport à ça", insiste-t-elle.

Pour cette dernière, il ne fait aucun doute que nous sommes à un tournant. "Il y a de plus en plus d’entrepreneurs sociaux qui prouvent que c’est possible et que c’est ce dont le monde a besoin. Prenez, par exemple, le Braibook. À première vue, on peut se dire que c’est du déjà-vu mais en réalité, cet appareil permet non seulement de lire le braille mais de l’apprendre. Ça, c’est un réel acteur de changement", ajoute-t-elle. Parmi les critères qui ont été utilisés pour la sélection des projets, on retrouve les classiques: la proposition d’investissement, la durabilité financière, la force de management, la "scalabilité" de l’entreprise…

Mais le facteur clé est l’impact social et la manière de le mesurer. Et c’est là toute la difficulté. Pour certains, l’exercice est simplifié. Par exemple, Braibook mesure le nombre de livres qui sont traduits en braille ou le nombre de personnes qui ont appris le braille grâce à son appareil. Pour d’autres, cela s’avère plus compliqué mais d’autant plus important qu’il faut à la fois convaincre les investisseurs et le marché.

"Je pense que le capital est clairement disponible et qu’il va se diriger de plus en plus vers les projets avec un réel impact social. Il y a de plus en plus de preuves qu’il est possible pour les investisseurs d’avoir un retour financier sur ce type de projets. Il y a sans doute un ‘trou’ que la technologie pourrait combler en termes de visibilité pour mettre en lumière ces nouveaux entrepreneurs mais aussi une prise de conscience que c’est cette voie-là qu’il faut suivre pour faire du bon business", conclut Sheila Herrling.

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