tribune

L’Europe ne doit pas devenir le tiers monde digital

CEO d’I-care

Pourquoi l’Europe et la Belgique, qui forment de brillants ingénieurs chaque année, ne comptent-elles pas sur leur territoire plus de grandes sociétés tech? La faute à qui, à quoi?

C’est l’histoire d’une poule qui voulait s’envoler. Devant elle se dresse cependant un obstacle de taille : les extrémités de ses ailes sont coupées pour qu’elle ne s’envole pas au-delà du grillage. Comment alors prendre de la hauteur, en Europe et au Royaume de Belgique?

Fabrice Brion. ©Tim Dirven

Explication de la métaphore animale : la poule symbolise le dirigeant d’une start-up ou d’une scale-up technologique qui ne trouve pas toujours un écosystème capable de le soutenir dans sa légitime ambition de développement.

Les chiffres, implacables, le montrent : l’Europe digitale est plus proche de l’Afrique que des Amériques ou de l’Asie-Pacifique. Sur les 100 plateformes tech les plus importantes du monde, 45% sont basées en Asie, 41% en Amérique, 12% en Europe et 2% en Afrique. En termes de valorisation, les chiffres sont encore pires : 66% des sociétés technologiques sont américaines, 29% asiatiques, 3% européennes et 2% africaines (1).

Pourquoi sommes-nous à la traîne?

Pourquoi l’Europe et la Belgique, qui forment de brillants ingénieurs chaque année, ne comptent-elles pas sur leur territoire plus de grandes sociétés tech? La faute à qui, à quoi? Chez nous, on ne peut blâmer la qualité de notre enseignement, qui est accessible au plus grand nombre et joue un rôle déterminant d'ascenseur social. Et nous comptons de nombreux entrepreneurs qui ont une vision, une créativité et un talent impressionnants.

Il est fondamental que notre écosystème wallon comprenne mieux la révolution numérique que nous sommes en train de vivre. En effet, il y a encore beaucoup trop de décideurs, trop de banques et trop d’investisseurs qui ne croient et valorisent que ce qu’ils voient.

Quoi alors? Sans être exhaustif, on peut avancer plusieurs explications, dont la petitesse de notre pays qui produit forcément moins de candidats licornes ainsi que la moindre surface financière des investisseurs. Certains invoquent aussi la fiscalité trop lourde et le coût du travail trop élevé, mais ce n’est pas à mon avis l’essentiel du débat. 

Par contre, il y a un écueil majeur qui m’interpelle et dont on ne parle pas assez : notre écosystème, qui n’a toujours pas totalement compris et intégré la révolution digitale, et qui ne soutient pas suffisamment les entreprises tech dans leur course au leadership mondial. 

Mieux soutenir nos entreprises face à la concurrence mondiale

Il est fondamental que notre écosystème wallon — et a fortiori belge et européen — comprenne mieux la révolution numérique que nous sommes en train de vivre. En effet, il y a encore beaucoup trop de décideurs, trop de banques et trop d’investisseurs qui ne croient et valorisent que ce qu’ils voient, à savoir les actifs tangibles, comme les bâtiments ou les lignes de production.

Et qui, par conséquent, n’intègrent pas l’énorme potentiel des pépites technologiques et de leurs données. L’entreprise que je dirige rassemble, grâce à notre technologie, des milliards de données dans un cloud et évite ainsi les pannes des machines dans des milliers d’usines dans le monde. Avec, avec la clé, moins d’accidents, une meilleure protection de l’environnement ou encore une production industrielle plus efficace - on en mesure toute l’importance avec la fabrication des vaccins, par exemple.

Nous pouvons et devons aller plus vite et plus fort pour ne pas laisser un tiers monde digital à nos enfants.

Que cela concerne I-care ou des milliers d’autres entreprises technologiques, en Belgique et en Europe, il est grand temps pour l’ensemble des acteurs de notre société de changer de paradigme. Oui, la révolution digitale est plus que jamais en marche dans tous les secteurs et, oui, les actifs digitaux et les données doivent être mieux valorisés, dans tous les sens du terme.

Bien sûr, les mentalités changent rapidement et la Belgique a accompli d’énormes progrès ces dernières années. Mais ce n’est pas suffisant. Je rencontre des entrepreneurs de plus en plus ambitieux, qui n’ont pas peur de prendre des risques. C’est aussi à l’écosystème qui les entoure de mieux les soutenir pour leur permettre de devenir des leaders mondiaux dans leur secteur. Nous pouvons et devons aller plus vite et plus fort pour ne pas laisser un tiers monde digital à nos enfants. Même en retard, avec de la volonté et un écosystème qui ne lui coupe pas les ailes, la Belgique peut encore monter dans le train de la révolution digitale et y briller. The sky is the limit.

Fabrice Brion
CEO d’I-care

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