chronique

L’intelligence artificielle, arbitre de tous les succès ... et de tous les échecs en 2040

Entrepreneur et auteur

Le rapport prospectif de l’administration américaine sur le monde en 2040 met en évidence l’impact de l’évolution démographique et l’accélération fulgurante des progrès technologiques. L'intelligence artificielle y jouera un rôle déterminant.

Les familles nombreuses feront-elles bientôt leur retour en Chine?

Le régime de l’Enfant unique avait permis de freiner l’augmentation exponentielle de la taille de la population chinoise. Quarante ans plus tard, elle est la cause du vieillissement accéléré de la population chinoise. Pour Pékin, l’enjeu est géopolitique. Faute de renouvellement suffisant de sa population active, la dynamique de rattrapage de l’économie américaine pourrait s’enrayer. Inacceptable pour le PC chinois. 

Jean-Yves Huwart. ©doc

Ce signal d’alarme émis par la Banque centrale chinoise appartient aux scénarii déjà anticipés par le National International Council (NIC), un organisme de prospective du gouvernement américain qui vient de remettre à Joe Biden son rapport prospectif Tendances Globales 2040. 

Pour les auteurs de ce rapport, qui est un outil à disposition de la Maison-blanche, deux éléments influenceront en particulier la détermination des grands équilibres mondiaux au cours des deux prochaines décennies : les évolutions démographiques dans chaque pays du monde et l’accélération fulgurante des progrès technologiques à tous les niveaux. 

Biotechnologies, spatial et Intelligence Artificielle

Si le contrôle des ressources naturelles et énergétiques était l’un des enjeux les plus importants des relations internationales au siècle dernier, la maîtrise de l’accélération des progrès technologiques devrait devenir le déterminant le plus significatif de la puissance des États au 21e siècle. Et nul autre domaine ne devrait dessiner davantage le paysage économique mondial des années à venir que celui des biotechnologies

20%
création de valeur ajoutée
Les biotechnologies pourraient représenter 20% de la création de valeur ajoutée économique mondiale à l’horizon 2040, selon le rapport NIC.

La course aux vaccins contre le Covid-19 vient de mettre en lumière les progrès extraordinaires accomplis par la recherche biomédicale au cours des dernières années. Cet épisode annonce, semble-t-il, le début d’une nouvelle ère. Les biotechnologies pourraient représenter 20% de la création de valeur ajoutée économique mondiale à l’horizon 2040, selon le rapport NIC.

Outre le champ de la santé, les biotechnologies devraient révolutionner les domaines de l’agriculture, de la gestion écologique, de l’industrie et même des technologies de l’information (avec le développement de serveurs de stockage informatique basé sur les molécules d’ADN, par exemple). 

De même, les biotechnologies vont féconder l’apparition de nouveaux procédés de reforestation dans les zones semi-désertiques ou de captation du carbone grâce à la meilleure maîtrise de la culture des algues. Elles vont ouvrir des débouchés majeurs pour lutter contre les changements climatiques, entrevoit le rapport, qui s’attend par ailleurs à de grandes avancées dans le domaine du stockage d’énergie

Au rang de la production d’électricité, la montée en puissance de la technologie dite des “micro-réacteurs modulaires” (SMR) pourrait résoudre en partie le problème de l’acceptation du recours à l’énergie nucléaire par les populations de la planète, estime le NIC. Ces réacteurs, environ trois fois plus petits que les centrales traditionnelles, seraient plus sûrs et pourraient être déployés dans des zones habituellement difficiles d’accès, comme en Afrique. Combinés à des éoliennes ou à des panneaux solaires, les SMR seraient également un remède à la problématique de l’intermittence de la production de certaines énergies renouvelables

Que ce soit dans les biotechnologies, dans les étoiles ou d’autres disciplines, la condition du succès résidera dans la maîtrise des outils d’intelligence artificielle

Parallèlement, le NIC pronostique l’essor exceptionnel de l’industrie spatiale. L’espace devrait sans nul doute devenir le terrain de jeu de futures multinationales et lieu de conquête pour les futures puissances dominantes.

Néanmoins, que ce soit dans les biotechnologies, dans les étoiles ou d’autres disciplines, la condition du succès, souligne le rapport de l’institution américaine, résidera dans la maîtrise des outils d’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle se transformera sans doute en arbitre des succès ou des échecs dans tous les secteurs d’activité. Bien avant 2040.

Qu’en retenir en Europe ?

Il va de soi que les enjeux nombreux soulevés par le rapport prospectif de l’administration américaine concernent également l’Europe. 

La maîtrise technologique et la capacité d’investir de façon transversale dans les futurs domaines de croissance sont d’ores et déjà un incontournable pour ne pas se retrouver emporté par le duel des grandes puissances américaine et chinoise

L’enjeu est majeur pour la prospérité et les emplois futurs de l’Europe, dans un monde globalisé. 

Au final, le rapport du NIC s’attarde sur la régression du nombre de territoires où la démocratie est la norme. La tentation autoritariste gagne du terrain dans le monde. Cette tentation constitue pourtant le risque qui pèse le plus sur la capacité de la Chine ou de la Russie à maintenir un rythme d’innovation équivalent à celui des États-Unis sur la durée, estiment les auteurs du rapport du NIC. 

De ce point de vue, l’Europe reste sans doute mieux armée. Transparence, démocratie et bonne gouvernance sont toutefois des acquis fragiles, comme le rappelle la pandémie actuelle. Ils ne peuvent rester au frigo trop longtemps, sous peine de le payer cher à terme.

Jean-Yves Huwart
Entrepreneur et auteur

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