Publicité
reportage

La Grand Poste, futur hub créatif et digital de Liège

Gérôme Vanherf et Gaëtan Servais espèrent ouvrir l'espace lors du premier trimestre de l'année 2021. ©Valentin Bianchi

Dans quelques semaines, Liège retrouvera le lustre d'antan de sa Grand Poste. En pleine rénovation, le bâtiment emblématique de Liège finalise sa renaissance. Visite de la future référence digitale et média de la cité ardente.

Même pour le novice du GPS et le maladroit doté d’une bonne vieille carte papier, la bâtisse est immanquable dans le centre de Liège. Dressée fièrement en bord de Meuse, la Grand Poste est l’un des plus beaux bâtiments de la cité Ardente. De l’extérieur, avec ses formes généreuses, l’ancien quartier général des facteurs fait l’unanimité. De l’intérieur, depuis quelques années, c’était un peu moins le cas. Inaugurée en 1901, la Grand Poste était désertée depuis près de 15 ans par ses postiers. Durant des années, les événements (à la légalité parfois toute relative) se sont succédés sans réelles perspectives dignes de ce nom. Un investisseur immobilier s’est finalement fait connaitre au début du millénaire. En partenariat avec la société BPI, il aurait bien installé dans la cathédrale un beau centre commercial. Sans succès, la faute notamment à des questions de parking.

Visite virtuelle de la Grand Poste de Liège

Si vous naviguez sur mobile, cliquez ici.

Il fallait donc trouver une autre affectation à l’impressionnant immeuble. Le sauveur se nomme Noshaq. Il y a quelques mois, le bras financier liégeois est entré dans la danse, bien décidé à faire à nouveau briller l’écrin. Et comme à son habitude, Gaëtan Servais, le CEO de Noshaq, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. La Grand Poste version 2.0, ce sera pour 2021. Le projet? Un lieu qui rassemblera à la fois un coworking, des espaces pour les entreprises et des incubateurs. Et comme Noshaq a pas mal de place disponible, ils ont aussi invité leurs amis du monde médiatique. La Grand Poste sera le pôle liégeois de référence du secteur. En un même lieu se retrouveront RTC, 48Fm, la fac de journalisme de l’ULiège. D'autres acteurs sont également intéressés. Chauds boulets.

L'espace central de la Grand Poste est colossal.

Ouverture en vue

Techniquement, les startupers, étudiants et entrepreneurs en tout genre devaient déjà avoir envahi les lieux depuis plusieurs semaines. Ça sera pour plus tard. La faute à quelques soucis logistiques et ce fameux virus qui ne cesse de remplir les pages saumon de votre journal. À la place des centaines de visiteurs et travailleurs attendus chaque jour, au moment de la visite, ce sont encore les ouvriers qui occupent les lieux. Le gros du travail est fait, mais les finitions manquantes sont encore nombreuses. Les câbles dans tous les sens et les plaques de plâtre encore bien visibles confirment bien que les ouvriers sont encore là pour un moment. "On ne donne plus de date, mais on espère pouvoir ouvrir lors du premier trimestre", lance Gérôme Vanherf, en charge du projet et qui jouera les guides d’un jour.

La Grand Poste sera le pôle média liégeois de référence. En un même lieu se retrouveront RTC, 48Fm, SudPresse et la fac de journalisme de l’ULiège. Chauds boulets.

La découverte des lieux commence par le cœur du bâtiment. On n’y est pas encore tout à fait, mais l’espace impressionne déjà. Ses dimensions, sa lumière et son aménagement, encore à peaufiner, donnent presque envie de lancer sa start-up en bord de Meuse. Par rapport à la version originale, le premier gros changement se situe du côté de l’entrée. Elle se fera désormais directement face au fleuve. "Ce qui sera forcément bien plus sympa et qui permettra de donner directement sur l’espace que l’on compte installer à la place de l’actuel parking", développe Gérôme Vanherf, devant une étendue de voitures. L’ancienne entrée principale a, elle, été bouchée par une sorte de gradin, montant jusqu’au premier étage et donnant sur un écran géant, encore à installer. L’atrium est le cœur principal de la bâtisse qui s’étend sur 8.000 mètres carrés. Ça sent bon la modernité. Les architectes ont toutefois pris le soin de garder ce qui s’était fait de mieux il y a un peu moins de 120 ans. "L’extérieur est classé. On l’a donc juste nettoyé et refait la toiture. À l’intérieur, nous avons conservé et restauré les colonnes, dont certaines en avaient bien besoin", détaille le responsable du projet. Au-dessus des têtes, les verrières ont également été conservées, amenant une lumière naturelle dans l’espace principal. L’effet séduction en poche, la suite se passe au bar. "L’endroit le plus important pour les Liégeois", se marre le guide. Les tabourets, les fléchettes et le bac à 421 ne sont pas encore installés, mais on imagine déjà l’ambiance idéale pour parler business et négocier les contrats.

L’open-space prend forme autour du fameux espace central. ©Valentin Bianchi

Les discussions devraient aussi être toute autre. Car même si le digital sera l’une des priorités, la Grand Poste veut garder l’ancrage local qu’a toujours représenté le bâtiment dans le quartier. Il accueillera donc aussi le grand public. Cela se fera via le fameux bar donc, mais aussi avec une petite dizaine d’échoppes, installées juste à côté et qui accueilleront des artisans et commerçants de bouche locaux.

La suite de la visite se passe à l’étage. L’open-space prend forme au tour du fameux espace central. Les grandes tables se succèdent autour des aménagements plus intimes. La vue du premier étage rappelle encore un peu plus l’immensité de la bâtisse. L’espace est colossal et les murs se font rares. C’est parti pour le deuxième étage avec, cette fois, de généreuses salles, bien segmentées de solides murs pour l’accueil de locataires plus classiques. Mention spéciale pour la salle donnant sur une terrasse du toit qui fera envier le fan du jeudredi sur rooftop.

Bières et étudiants

Reste la visite du sous-sol, espace au moins aussi important que le reste du bâtiment. En dessous du futur bar, s’installe une dizaine d’énormes cuves à bière. Gérôme Vanherf ne mentait pas quand il parlait de produits locaux. Les porteurs du projet ont en effet décidé d’accueillir une brasserie au -1 qui se chargera de la confection d’un paquet de bières ne disposant pas de leurs propres infrastructures. Toutes finiront dans les pompes du bar au-dessus. À l’image du reste du bâtiment, l’installation du sous-sol est énorme.

"Certains étudiants nous ont dit qu’ils étaient prêts à recommencer leur année pour pouvoir en profiter."
Gérôme Vanherf
Le responsable en chagre du projet Grand Poste

Une brasserie au sous-sol se chargera de la confection d’un paquet de bières locales. ©Valentin Bianchi

Des bières à la vie étudiante, il n’y a qu’un pas. Ce sera aussi le cas dans le sous-sol liégeois. L’espace restant à côté de la brasserie sera occupé par la faculté de journalisme de l’ULiège. L’université disposera ici d’une dizaine de petites salles d’enregistrement pour les François de Brigode de demain. Les espaces de travaux pratiques s’étalent tout autour d’un véritable studio professionnel qui n’a rien à envier aux installations de la chaine d’infos en continu, récemment lancée. "Certains étudiants nous ont dit qu’ils étaient prêts à recommencer leur année pour pouvoir en profiter", rigole le responsable de la visite en nous ramenant à la surface. Fin de la découverte mais à très bientôt. Et cette fois, sans la poussière.

"L’idée est de faire un projet qui sort complètement du classique business center"

Le CEO de Noshaq, Gaëtan Servais, détaille les aspects financiers et les ambitions d’un projet qui espère rayonner bien au-delà de la cité ardente.

Quel est le coût de ce chantier pharaonique?

On parle d’un projet global de 30 millions d’euros, acquisition et rénovation comprise.

Quel est le modèle financier du lieu et du projet?

On est sur un concept immobilier novateur. Nous avons créé chez Noshaq une structure spécifique de gestion immobilière (Noshaq Immo, NDLR) dans laquelle nous avons pas mal investi ces derniers temps. L’idée ici, c’est de faire un projet qui sort complètement du classique business center avec de la location d’espaces au mètre carré. Nous avons un modèle qui est totalement hybride et qui est évidemment risqué par rapport au coût de rénovation d’un bâtiment comme celui-ci. Il était impossible de concevoir un projet de rentabilisation au mètre carré. 30 millions pour 8.000 m2, il ne faut pas être grand financier pour se rendre compte que ce n’est pas possible. Nous fonctionnons, par exemple, pour toute la partie brasserie et foodcourt, sur un pourcentage du chiffre d’affaires, ce qui veut dire que nous prenons le risque avec les porteurs de projet et surtout ça permet de sortir complètement de la notion du mètre carré. C’est la rentabilité du projet qui compte.

Ce sont donc des paris. C’est un projet très risqué en termes de rentabilité pour le Noshaq?

Effectivement, pour nous c’est un projet risqué. On vise l’équilibre sur l’exploitation du lieu à l'horizon de deux à trois ans pour le projet dans sa globalité. C’est aussi un laboratoire immobilier avec un modèle plus adapté aux besoins de demain. Pour la partie service du bâtiment (coworking et bureaux) on loue littéralement des services, pas des mètres carrés. Dans ses services, on retrouve tout ce qui concerne la gestion applicative comme la réservation de salles, etc. Les entreprises signent des contrats de service à l’utilisation et nous espérons que les futurs utilisateurs du lieu utiliseront un maximum de ces services. Cela correspond aux nouveaux modes de fonctionnement des entreprises qui veulent de la plus-value, des services adaptés, à la demande et plus simplement de l’espace en ville.

Au-delà du projet immobilier et du bâtiment, quelle est l’ambition au niveau de l’impact?

L’intérêt est qu’on crée une dynamique de quartier, d’écosystème dans le domaine qui est le nôtre et le but n’est pas de faire de la rentabilité sur le bâtiment directement. On veut amener quelque chose de nouveau à la communauté économique locale, dans l’écosystème des start-ups numériques et dans l’industrie culturelle et créative. Ce qui compte ce n’est pas la rentabilité du bâtiment, mais plutôt ce qu’on va générer comme valeur ajoutée par l’activité qui va être créée ici.

Comment ce projet s’inscrit-il dans la stratégie globale du groupe Noshaq?

Cela fait maintenant 20 ans que nous investissons dans des écosystèmes et nous nous sommes rendu compte qu’à chaque fois que nous investissons dans des éléments structurels d’une chaine de valeur, un incubateur de start-up pour le numérique par exemple, la profitabilité vient naturellement ensuite. On attire de meilleures start-ups dans notre portefeuille et c’est le fonds de Noshaq qui en bénéficie au final. L’objectif final reste d’améliorer la qualité du portefeuille de Noshaq. Ici, par exemple, on espère que sortiront de l’incubateur des boites très performantes dans lesquelles nous aurons investi.

Vous espérez découvrir et investir dans la future pépite du secteur média et créatif avant tout le monde?

Via ce type de projet, on fédère, on structure un secteur et on génère une attractivité qui nous permet d’avoir de meilleures start-ups. Le meilleur exemple de ce que l’ont fait est notre prise de participation, il y a un an, dans Odoo. Si on n’avait pas créé Leansquare et effectué tout ce travail spécifique dans ce secteur d’activité, on ne serait jamais intervenu dans Odoo. Une fois que vous avez une participation dans ce type d’entreprise, vous attirez toutes les autres. C’est ça la logique. Mais pour pouvoir le faire, il faut une légitimité au sein de l’écosystème.

Est-ce qu’il n’y a pas un risque de concurrence trop importante avec beaucoup d’acteurs sur un si petit territoire?

Je pense que toute bonne dynamique de développement économique fonctionne sur une saine concurrence. Le problème n’est pas d’avoir un foisonnement d’acteurs, le problème c’est d’avoir des acteurs qui n’ont pas de valeur ajoutée, qu’on n'évalue pas et qui sont soutenus alors qu’il y a clairement une redondance. On ne veut pas concurrencer d’autres villes, on veut rendre la nôtre plus attractive et que chacun tire son épingle du jeu. La clef, c’est la spécialisation. Pour cela, il faut sentir son terreau économique et faire des choix de développement qui ont du sens. Cela rend une ville attractive et c’est important, car venir travailler à Liège, ce ne sera jamais sexy!

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés